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18.12.2007

UN NOUVEAU JOURNAL PAR UN NOUVEAU JOURNALISTE ?

Edwy PLENEL, ancien rédacteur en chef du Monde a lancé le 2 décembre sur Internet un nouveau journal. Il en présentait la philosophie sur France-culture il y a quelques jours. Son discours est, comme toujours, intéressant, avec une dialectique péremptoire mais convaincante. Il dénonce avec force et exemples à l’appui les compromissions journalistiques liées à la collusion des médias écrits, parlés, télévisuels avec le grand capital (DASSAULT et le Figaro, LAGARDÈRE et Europe1, Paris-Match, BOUYGUES et TF1. Il oublia Libération et un ROTHSCHILD). Lui, se voit comme un journaliste sans peur ni reproche. Il concède avoir pu faire preuve d’un certain autoritarisme dans le passé mais qui ne pourra s’exprimer dans cette nouvelle expérience car ce sera un journalisme horizontal où chacun gardera sa liberté. Promis, juré. Cette profession de foi sonne vrai. On sent derrière les mots un esprit affûté, maître de sa parole et disant les mots que l’interlocuteur s’attend à entendre de la bouche d’un journaliste honnête, courageux, désintéressé, étranger à toute idéologie, à tout sectarisme, à tout mensonge, à toute pression.

Le problème avec Edwy PLENEL est que son passé augure mal de l’avenir. Son discours dénonciateur rempli de promesses, de prouesses me rappelle étrangement celui de tous les hommes politiques en campagne électorale ou dans l’opposition. Le ton, la conviction, l’enthousiasme sont les mêmes. Ils promettent tout ce qui peut séduire : plus de travail, de sécurité, d’éducation, la fin des déficits, la hausse des salaires, la fin des inégalités, de la précarité. Le programme est, certes, grandiose mais ils en ont la volonté, le devoir, etc.

Malheureusement, comme pour Edwy PLENEL, leur capacité a déjà été expertisée. Ils sont déjà en situation de faire ce qu’ils promettent et ils ne l’ont pas fait. Comment croire des menteurs ?

Edwy PLENEL a été le patron de la rédaction du Monde pendant longtemps. Il  a voulu en faire un journal d’investigation capable de dénoncer les scandales politiques, financiers, policiers. Le moyen a été une collaboration avec des services de police dont il s’était fait le héraut et en étant le porte-voix de juges d’instruction en mal de publicité. Peu regardant sur la fiabilité de ses sources d’information, le Monde d’ Edwy PLENEL s’est fourvoyé à plusieurs reprises dans des scoop fabriqués et a attisé des feux de paille où des innocents se sont brûlés. La méthode de PLENEL et de COLOMBANI fournit à PÉAN et COHEN la matière d’un livre réquisitoire qui fut un coup de tonnerre dans le monde médiatique car il attaquait l’icône de la presse et ses deux grands prêtres. Ces derniers crièrent à l’attentant, à la cabale, au règlement de comptes et saisirent la justice. Après quelques semaines de réflexion, leur fureur devint raisonnable et ils retirèrent leur plainte. Ils renoncèrent à prouver que PÉAN et COHEN avaient menti. Un pacte de silence fut signé et la discorde enterrée. Le coup avait porté et le journal ne retrouva pas son lustre d’antan. Il ne reste de référence que pour quelques journalistes de France-inter et de France 2. PLENEL lui n’arrive pas à se débarrasser de ce souvenir encombrant et conserve toute son ire pour ces infâmes qui ne croient pas à sa vertu.

Cela montre, pour moi, qu’ Edwy PLENEL  n’est qu’un politicien comme un autre et qu’il alterne, comme eux, profession de foi avec main sur le cœur et Real Politik. Il le fait avec le même aplomb cynique qui désarme la critique et réussit à faire croire que ce sont les circonstances qui dictent la couleur de la vérité.

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13.12.2007

DÉCADENCE

Les dernières décennies ont été cruelles pour l’orgueil national. Il y a peu de domaines où le déclin français ne se manifeste pas. Évident, il ne suscite aucune réaction, à la façon d’un corps malade qui, à un certain stade, ne lutte plus. Feuilletons le catalogue des preuves :

- La culture

Nos peintres, sculpteurs, musiciens, philosophes, écrivains étaient reconnus, célébrés, admirés. Leur prestige rejaillissait sur la France et le monde artistique, intellectuel lui reconnaissait une présence, une excellence qui ne devaient rien au PIB, au pouvoir politique et militaire. C’était même souvent l’étranger qui reconnaissait en premier leur génie. Ils attiraient en France les meilleurs qui, à leur tour, se nourrissaient, s’enrichissaient de l’atmosphère inspirée, exaltante de cette belle époque. Ce souvenir n’inspire plus la nôtre. D’autres ne l’ont pas oubliée et prennent une revanche narquoise, à la mesure du complexe de supériorité qui, malgré notre état actuel, continue d’animer le discours officiel et la revendication d’une exception culturelle. La une de Time est éclairante. Elle annonce la mort de la culture française avec en sous-titre : « Essayez donc de citer un artiste ou un écrivain français d’envergure mondiale ». On y renonce vite en effet. Le déficit est évident. L’Académie française n’arrive même plus à trouver des écrivains de quelque talent pour compléter son effectif. Elle doit se résigner à recueillir des plumitifs inconnus. La peinture, la sculpture sont dans le même état de déliquescence. Aucun n’accède à la reconnaissance internationale car ils n’ont pas les qualités qui rendent un artiste exceptionnel. Existerait-il qu’il lui faudrait aller chercher ailleurs la reconnaissance, tant notre culture est sous perfusion administrative, avec des fonctionnaires aux commandes voués aux commémorations. Fréquentez un C.C.C. (Centre de création contemporaine). Difficile d’être ému, enchanté avec des constructions laborieuses, des technologies appliquées, commentées par une phraséologie absconse et prétentieuse mais qui reprend tous les thèmes du politiquement correct à la mode, seule façon d’être accepté et subventionné.

- Le cinéma est un autre exemple de l’abaissement de notre création artistique.

Officiellement le cinéma français se porte bien puisque la production est pléthorique. Chaque semaine des nouveaux réalisateurs sortent un premier film. Il y en a même tellement que beaucoup ne trouvent pas de distributeur. Mais cela importe peu. Sa fonction principale est de satisfaire l’ego de celui qui le fait. L’envie est facile à satisfaire. Il suffit d’avoir acquis une quelconque notoriété. Écrivains, philosophes, animateur télé, clowns, comédiens, comiques, ces cinéastes d’occasion délayent une petite idée sur 1 h 30 et en sont contents. Ils n’ont rien à raconter mais certains arrivent à vendre leur produit car, appartenant au bon réseau, ils bénéficient de connivences qui les propulsent dans tous les médias. S’ils ont eu le cynisme d’accommoder un des poncifs à la mode, ils bénéficieront de l’appui politique d’une critique sectaire. Tout cela ne suffit pas à remplacer un scénario solide, les dialogues d’un vrai dialoguiste et une équipe technique de qualité. Ces exigences ne sont pas celles de ceux qui président à la délivrance de l’argent car notre système d’aide est autogéré, fonctionnarisé et bien pensant. Des petites comédies avec des trios interchangeables, des policiers, clones de ce qui se fait ailleurs en mieux, quelques docu-fictions à tendance sociale font l’essentiel de la production. Les quelques films de qualité qui surnagent ne sauvent pas cette marée de médiocrité.

Le film français, malgré son volume, n’est qu’une baudruche qui ne fait pas illusion à Cannes ou ailleurs. Il ne pèse pas lourd en qualité face à des concurrents qui n’ont pas de mal à coloniser nos écrans.

Le déclin français a beaucoup d’autres expressions. Écoutez France-Inter, vous y entendrez des chansons en anglais. Les quelques chanteurs français qui s’y glissent sont sans éclat, sans voix, sans mélodies, sans poésie et on comprend leur absence. Les Brel, Bécaud, Barbara, Brassens, Ferré et quelques autres n’ont pas eu d’héritiers et il n’y a qu’à leurs anniversaires qu’ils sont parfois ressuscités pour quelques jours. Cela ne va pas durer car les nouveaux programmateurs, élevés dans la religion du bruit ne les connaîtront pas.

La langue

Le déclin de la France suit celui du français. Écoutez Cioran, le roumain. Il se lamentait déjà de son recul dans « de l’Inconvénient d’être né » : « Le français est devenue une langue provinciale. Les indigènes s’en accommodent. Le métèque seul en est inconsolable. Lui seul prend le deuil de la Nuance ».

Aujourd’hui les français abandonnent le français pour l’anglais. L’exemple vient de haut. Le ministre des finances, Madame Lagarde, s’adresse à ses services en anglais. Ce mauvais coup sera sans doute le seul souvenir qu’elle laissera à Bercy. L’éducation nationale participe avec enthousiasme à ce naufrage en supprimant l’orthographe et la grammaire de ses préoccupations. Elle trouve normal de fabriquer des analphabètes. Lire, écrire sont des disciplines archaïques, un esclavage hérité des bien-pensants que sont les bien-lisants et les bien-disants. Le monde actuel et de demain est et sera celui de l’image. On peut donc se passer de l’écrit, cette contrainte insupportable  qui oblige à mémoriser, à raisonner.

Les pédagogistes qui gouvernent l’éducation nationale sont animés, depuis des décennies, de cette volonté-là et ils sont arrivés à leur fin. Les enseignants d’aujourd’hui ont été éduqués selon leurs principes et leurs élèves ne font que les imiter. Le processus est sans espoir.

La faillite de l’éducation ne se limite pas à son incapacité à transmettre le français. En renonçant à exiger des élèves discipline, travail, elle a supprimé toute contrainte et a livre les lieux aux désordres et aux indisciplines en tous genres. Livrés à eux-mêmes, les élèves sortent de l’école sans habitudes de travail, s’engouffrent dans des universités sans en avoir les capacités et se retrouvent au chômage, sans métier, sans qualification, prêts pour une vie d’assistés et d’amertume.

Cette décadence est-elle passagère, un soubresaut de l’histoire comme nous en avons connus par le passé à la fin d’un règne, d’une République ? N’est-elle pas plutôt la conséquence du vieillissement, de l’épuisement, d’une évolution logique, inéluctable et qui n’épargne pas plus les nations que les hommes ?

Le phénomène est devenu perceptible et les exemples pourraient être multipliés. Il subit une accélération par l’exacerbation de toutes les forces centripètes qui y participent et par la déliquescence de la force principale qui devrait s’y opposer. Je veux parler de la force politique.

Le pouvoir politique en France est devenu virtuel. C’est l’autorité administrative qui exerce le pouvoir et règle les affaires courantes en appliquant le règlement. Un théâtre d’ombres, de faux-semblants, d’ectoplasmes tient lieu de scène publique. On s’y raconte, on s’y invective, on fait semblant de gouverner ou de s’opposer à grand renfort de déclarations, de proclamations, d’admonestations, de protestation.

L’agitation est immobile, verbale. Sa seule fonction est de faire peur pour conjurer le changement et apaiser l’avenir.

Ce jeu de dupes, de copains, de coquins réunit une classe politique qui fait horreur. C’est une oligarchie privilégiée qui se coopte sans vergogne au sein de l’énarchie, cette mafia de hauts fonctionnaires qui s’est emparée des rouages de l’État.

Parce que le pouvoir est quand même plus séduisant que le devoir, ces hommes, ces femmes ont préféré, pour beaucoup, à la mission d’administrer, les pompes des cabinets ministériels et des palais nationaux. Formatés à parler pour ne rien dire, à mémoriser par défaut d’imagination, à faire des analyses et des synthèses plutôt que penser et créer, ils accaparent les postes, les fonctions mais ne savent pas  ce qu’ils doivent en faire. Fonctionnaires par essence, ils le restent quand ils gouvernent, incapables de décider eux qui ont été formés pour obéir, de réformer car le changement est incompatible avec le règlement.

En fait la France est gouvernée depuis longtemps par des politiciens qui sont à la politique ce que la StarAc est à la chanson. Durant quelques mois, des professeurs apprennent aux jeunes qui aspirent au vedettariat de la chanson à bouger, à danser, à chanter, à répondre aux interviews, à rassembler à leurs idoles. Nos politiciens ont subi la même préparation à l’ENA et, parce qu’ils ont appris à parler, à paraître compétents, à être à l’aise devant les caméras, les médias, ils se font embaucher par les partis politiques, noyautés par leurs anciens et ils y prospèrent, s’appropriant leurs idées, feignant d’y croire, variant au gré des courants, des opportunités. Aux élections ils affirment vouloir réformer la France, eux qui sont incapables de se réformer.

La France est devenue un pays qui a honte d’avoir été conquérant, un pays qui ne respecte pas sa langue, un pays sous anxiolytiques et antidépresseurs, un pays qui ne sait plus créer le beau, un pays qui ne brille plus que par ses dettes, ses grèves, ses RTT, son RMI, ses SDF, sa CMU, un pays où l’on accepte d’être payé pour ne rien faire alors qu’autour de lui des milliards de travailleurs travaillent deux fois plus pour 10 fois moins.

Combien de temps un tel pays peut-il durer ? Que va-t-il devenir ? Un État musée pour touristes, un État gastronomique où les gourmands du monde entier viendront boire et manger, un État LVMH où les riches feront leur shopping ? L’Italie, après l’Empire Romain, la Turquie après l’Empire Ottoman, le Portugal, l’Espagne  après leur Âge d’or ?

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08.12.2007

Nouvelles du journal Le Monde

Le Nouvel Observateur et Challenges donnent des nouvelles du journal Le Monde. Elles ne sont pas bonnes. Les déficits se creusent et il n’y a aucune perspective de retournement de la situation : 

·         les recettes publicitaires continuent de décliner car les annonceurs se détournent de la presse écrite pour l’Internet ;

·         la dette de 140 millions d’euros sera réduite de moitié par la vente du Midi Libre mais les seuls frais financiers sont supérieurs au résultat opérationnel ;

·         le Monde Diplomatique, la presse pour enfants sont déficitaires ;

·         la seule location de l’immeuble du siège, Boulevard Blanqui dans le 13è, coûte 7 millions d’euros par an et plombe la trésorerie ;

Cette situation est intenable et conduit à la faillite si rien n’est fait. Les mesures sont prévisibles et il suffit de se rappeler ce qui s’est passé à Libération :

-         licenciements massifs. Les salariés savent ce qui les attend et ont débrayé le 3 décembre ;

-         la nouvelle charrette devra être encore plus importante que celle de 2005/2006 (130 départs) ;

-         vente probable des pépites qui rapportent de l’argent. Télérama après le Midi Libre devrait apporter un ballon d’oxygène ;

-         arrivée de nouveaux capitaux avec de nouveaux capitalistes mais, que restera-t-il de l’indépendance éditoriale du journal ?

L’avenir du Monde est sombre. La direction dit le contraire et veut rassurer le personnel en ne prévoyant aucun licenciement. Provocatrice, inconsciente, irresponsable au moment même où les nuages noirs arrivent,elle s’octroie quelques avantages : revalorisation de la prime de logement du président du directoire, un mal-logé sans doute, et augmentation de 55% du salaire du  directeur, Eric  FOTTORINO, cette conscience éclairée, ce romancier à succès.

Tout va très bien Madame la Marquise, tout va très bien…

 

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