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29.01.2008

INCORRIGIBLES

Les candidats au Bac ont du talent, voire du génie. Malgré le stress, l’anxiété, l’émotion du moment, ils sont capables d’improviser des à-peu-près, des calembours, des raccourcis dignes des plus grands humoristes. Piètres en tout peut-être mais grands farceurs sûrement.

Leur délire, étiqueté « Perles du Bac 2007 » circule sur le net. Au cas où ils vous aurait échappé, le voici :

1.  Comme Bonaparte, Jules César pouvait dicter plusieurs lettres à la fois, c'était un dictateur

2.  Les dolmens étaient des espèces d'abribus postés tous les  100 mètres

3.  L'histoire de Rome commence en 753 avenue  Jésus Christophe.

4.  Les Amazones étaient comme les  femmes, mais encore plus méchantes

5.  Jeanne d'Arc voyait des apparitions invisibles.

6.  Au Moyen Age, la bonne santé n'avait pas encore  été inventée.

7.  François 1er était le fils de François 0.

8.  C'est Richelieu qui fonda la Star  Académie française

9.  La drôle de guerre, cependant, n'a  fait rire personne.

10. Le pôle est recouvert de  glace: c'est la capote glaciaire.

11. Dans le monde, il n'y a que  la France qui n'est pas un pays étranger.

12. Le  Mexique était autrefois, le pays des pastèques.

13. La Suisse est une fée des rations.

14. La mer des caraïbes baigne les lentilles française

15. L'eau de mer sert, en particulier, à remplir les océans.

16. On peut suivre une rivière dans un sens en amont et dans  l'autre sens en l'avalant.

17. Les quatre points cardinaux sont le haut, le bas, l'est et l'ouest.

18. La  Terre tourne en rond dans un sens et en travers dans l'autre sens.

19. Socrate parlait beaucoup car il avait la langue bien  pendante.

20. Au pluriel, on dit des "cristaux" car il y a plusieurs cristals.

21. Louis XV était l'arrière petit fils de son  oncle Louis XIV.

22. Victor Hugo est né à l'âge de 2 ans.

23. Un sonnet  est formé de deux quatrains et de deux tiercés

24. Toute sa vie, Montaigne a voulu écrire mais il n'a fait que  des essais.

25. A la fin de sa vie, l'écrivain Hemingway s'est suicidé pour mettre fin à ses jours.

26. Un  polygone est une figure qui a des côtés un peu partout.

27. Les devoirs où il y a des conjugaisons s'appellent les devoirs conjugaux

28. On dit qu'une ligne droite est perpendiculaire quand elle se met à tourner d'un coup.

29. L'ovale est un cercle presque rond, mais quand même pas.

30. Le losange est un carré tordu en biais.

31. Le  "0" est très utile, surtout si on le met derrière les autres nombres.

32. Un nombre réel est un nombre qu'on peut toucher du doigt.

33. La loi des probabilités s'appelle ainsi car on n'est pas sûr qu'elle existe.

34. L'ordinateur peut faire plus de calculs que le cerveau de l'homme car il n'a que ça à faire.

35. Une bouteille d'eau explose s'il gèle car, sous l'effet du  froid, l'eau devient un explosif.

36. En cas de grossesse, on fait une chorégraphie.

37. Plus le train ralentit, moins sa vitesse est plus grande.

38. Un corps lâché d'une certaine hauteur choisit toujours de tomber.

39. C'est le cerveau qui donne les ordres et les autres  parties sont obligées d'obéir.

DÉBAT DE BLOG À BLOG

Olivier fait vivre un blog très intéressant depuis les États-Unis où il est installé (http://oliverbe.blogspirit.com). Il y commente l’actualité politique américaine, fait des analyses des livres qu’il voit, des livres qu’il lit, etc. Dans une note du 17 janvier, il rend compte, comme il l’avait fait du livre de prospective d’ATTALI (Brève histoire de l’avenir), d’un ouvrage « Les nouvelles élites. Portrait d’une génération qui s’ignore ». Dans un paragraphe il saluait l’audace de SARKOZY d’amener au gouvernement de nouvelles têtes dont on peut espérer qu’elles allaient transformer la pratique du pouvoir. Je suis moins optimiste : 

« Moi aussi, Olivier, j’aimerais bien que Sarkozy tienne ses promesses et obtienne des résultats. Mais l’autre vendredi matin (le 17 janvier) sur France-Culture, Alain-Gérard SLAMA a consacré sa chronique – malicieuse – à donner des exemples de ce qu’il attribuait à un début de chiraquisation du nouveau président.

Vous aviez bien vu en insistant sur l’arrivée d’une nouvelle génération mais je me demande si ce renouvellement signifie une renaissance.

Les soixante-huitards, une fois dans les fauteuils des pouvoirs, ont abandonné leurs idées libertaires. Ils ont fait des PDG très convenables, très classiques, très difficiles à déloger et on leur doit d’être où l’on est.

SARKOZY a fait un bon casting en mélangeant à des figures encore présentables quelques cavales et chevaux légers. Ils seraient donc par définition, pleins d’audace, d’idées, de projets, seraient sans souci de carrière, de durée, de frontières, adaptatifs, créatifs, réactifs… Espérons aussi qu’ils échapperont à la fatalité qui fait que, dès le pouvoir acquis, l’obsession est de le conserver, d’oublier les promesses, de slalomer entre les difficultés.

Chez nous, les réformateurs se réforment très vite. Mon espoir est que le grain de folie qui inquiète tant certains soit assez fort pour lui faire oublier cette loi sacro-sainte et assez maîtrisé pour qu’il en garde le contrôle.

Être mobile n’empêche pas l’immobilisme. Voyez CHIRAC : il allait plus facilement et souvent au Japon, pays de la modernité que dans son château en Corrèze et pourtant…

La méthode utilisée pour faire des réformes reprend l’habitude de toujours : réunion d’experts, cogitations intenses, conclusions et projet de lois. Les trois étapes canadiennes ne sont pas au rendez-vous (Consensus – Concertation – Adaptation). Le paquet fiscal, les régimes spéciaux, l’université, tous des sujets d’importance n’ont fait l’objet d’aucun véritable débat puisqu’ils étaient prêts avant même que le gouvernement soit formé. La précipitation est peut-être un signe de jeunesse mais pas de sagesse. Les propositions d’ATTALI, malgré leur intérêt, risquent d’en pâtir. La verticalité jacobine a montré ses limites. La réforme des banlieues obéit à la même habitude. Quand leurs habitants ont-ils été réunis, écoutés ? Quand a-t-on, avec eux, fait le tour de tout ce qui ne va pas, de ce qui doit être changé ?

Est-ce manifester le respect qu’ils réclament que de décider sans leur demander de s’exprimer ? Le travail en profondeur aurait demandé du temps. Il n’a pas été pris. La bonne volonté de Mme AMARA n’est pas en cause mais il y a une fatalité liée à une culture de gouvernement qui ne sait qu’imposer. Ces nouveaux ministres dont on aurait pu espérer qu’ils se démarqueraient de leurs prédécesseurs font les mêmes erreurs. Ils auront les mêmes résultats. »

22.01.2008

A MÉDITER

Le chiropracteur que je consulte avec grand profit à Angers a épinglé un texte dans sa salle d’attente. Quoique signé « anonyme », je le soupçonne d’en être l’auteur car c’est aussi un sage et un artiste. Il m’a autorisé à le reproduire pour que vous en bénéficiiez :

 « Je suis votre compagnon constant. Votre meilleur assistant et votre plus lourd fardeau. Je vous aiguillonne pour vous faire avancer ou vous tire vers l’échec. Je suis à votre entière disposition. Vous pouvez me confier sans hésiter, la moitié de tout ce que vous faites, et je le ferai correctement, rapidement. Je suis facile à manager – vous devez simplement être ferme avec moi. Montrez-moi exactement comment vous voulez que je fasse quelque chose, et après quelques leçons je le ferai automatiquement. Je suis le serviteur de tous les grands, et hélas, de tous les ratés. Ceux qui sont des ratés, c’est moi qui en ai fait des ratés. Je ne suis pas une machine, bien que je puisse travailler avec la précision d’une machine dotée de l’intelligence d’un être humain. Vous pouvez me faire marcher pour votre fortune ou votre ruine - cela m’est indifférent. Prenez-moi, formez-moi, soyez ferme avec moi, et je mettrai le monde à vos pieds. Soyez laxiste envers moi et je vous détruirai.

Qui suis-je? Je suis l’habitude.

Anonyme »

19.01.2008

BRÈVE DE COMPTOIR

Depuis le temps que les mots ont été inventés, je me demande si toutes les paroles n’ont pas été dites, toutes les phrases n’ont pas été écrites.

 

17.01.2008

LES BARBARADATESQUES

Ailleurs, dans une autre vie, j’ai vécu un conte drolatique. Pour l’édification des petits, les souvenirs des grands, j’y reviens. De son Olympe, le grand Satrape décida. Cela ne pouvait pas durer. Le trou se creusait plus vite qu’il ne le comblait. Son grand Vizir ordonna. La réforme révolutionnaire s’ébranla dans un bruit de fin du monde. La machinerie se mit en marche. L’usine à gaz ministérielle finit par nous atteindre, nous les petits, les sans grade. Mais, comme c’est la piétaille qui depuis toujours fait les grandes victoires, il fallut nous préparer à la bataille. Des troupes de choc devaient donner l’assaut ; travailler le méchant au corps à corps, à l’arme blanche. Un Groupe d’Intervention du Génie National (GIGN) fut constitué. Volontaire désigné d’office comme tous les sacrifiés, je faisais partie de ces troupes héroïques. La préparation fut longue. Jusqu’alors spécialistes du dialogue singulier, plus aptes au silence qui écoute qu’au discours, il fallut nous convaincre afin d’être convaincants, d’introduire le débat, de le nourrir, de contrer les défenses, de réduire l’opposition et de placer nos recommandations (mieux soigner au meilleur prix) comme un cadeau qui pouvait rapporter gros.

Notre prise en main et notre mise en condition pour ces missions suicides furent à la hauteur du challenge. Notre chef voulait des performances, des résultats. Convoqués à la Région, nous fûmes pris en main par une équipe de spécialistes qui, on le comprit très  vite, avait été sur tous les fronts, connaissait tout de l’art du changement, du contre-pied, du camouflage, du management. On les sentait gonflés à bloc ces spécialistes du brain storming capables de réanimer un mort, faire parler un muet et abjurer le pape.

Cette mise au pas de charge fut une révélation, une transformation, une révolution.  Gonflés de certitudes, missionnaires ad hoc et de choc, croisés modernes, nous étions prêts aux heurts frontaux, à la communication totale et à la communion finale.

Au terme de ce coaching avant-gardiste qui apparaît aujourd’hui comme bien expérimental, avec des principes appliqués façon Coué, des jeux de rôles façon patronage, une gestion des situations extrêmes façon Armée du Salut nous nous dispersâmes dans les villes et les champs, tels ces gentils mormons propres et candides qui débarquent d’un autre monde, tirent les sonnettes pour nous sauver de l’enfer.

La bataille fut livrée. Les stratèges s’interrogent encore sur son issue. Pour les uns le succès fut foudroyant. Depuis Austerlitz jamais victoire n’aurait autant brillé. D’autres - plus nombreux - s’interrogent, doutent et même accusent. Les pratiques seraient toujours aussi mauvaises, la surconsommation médicale et médicamenteuse progresserait aussi vite que le surpoids, le déficit de la Sécu un trou noir où rien ne serait clair.

Je me remémore avec une pointe de nostalgie ces temps héroïques où fringant comme un écuyer du Cadre Noir j’entrais plein de feu et de flamme dans la carrière de VRP de la Grande Parole Juppétérienne.

Survivant de cette guerre ignorée, je l’avais été de la dernière épreuve. Elle avait séparé les mauvais des bons de façon élégante et définitive. Je revois avec émotion le responsable si sympathique de l’équipe de marketing socio-politico-managérial innovant et citoyen, sur le tarmac, nous tenir ce langage simple et martial :

«Vous allez partir pour votre stage pratique. Il complète la formation théorique que vous venez de suivre. Je l’ai appelé le « test d’Okinawa ». Il s’attaque au complexe dit de Pearl Harbour qui paralyse l’action face à l’adversité. J’ai proposé ce stage à votre hiérarchie pour achever votre préparation aux ENTRETIENS CONFRATERNELS.

Le principe est simple : il s’agit de convaincre les habitants de l’île, les BARBARADATESQUES, dernière tribu anthropophage du Pacifique Sud de renoncer à leurs déplorables habitudes culinaires – hautement hypercholestérolémiantes – et de devenir végétariens.

Je dois vous avertir que, jusqu’à présent, toutes les tentatives ont malheureusement échoué.

Je vous rassure : les accidents sont pris en charge au titre des accidents de travail.

Nous avons passé un accord avec le chef de ces cannibales – au demeurant très sympathiques - . Il vous autorise à séjourner dans son village 48 heures, à tour de rôle. Vous disposerez de ce temps pour convaincre au moins un villageois de devenir végétarien en utilisant les techniques que vous avez apprises au cours de nos rencontres et que vous maîtrisez parfaitement. Votre réussite vous donnera le droit de poursuivre sain et sauf votre chemin jusqu’aux sauveteurs qui vous attendent de l’autre coté de l’île.

On peut être certains que ceux qui auront survécu seront parfaitement aptes à assurer les ENTRETIENS CONFRATERNELS avec le maximum d’efficacité.

Bonne chance. Je suis sûr de vous retrouver aussi nombreux pour la séance d‘évaluation. » 

14.01.2008

LE PATRONYME UN PATRIMOINE QUI EN DIT LONG

Le patronyme traduit, sur l’état civil, une hérédité plus ou moins glorieuse, étale au grand jour le patrimoine génétique et trahit les secrets de famille du premier nommé. Le mien est de ceux qui sont durs à porter. Pendant une vie je suis pourtant condamné à l’illustrer.

Par la grâce d’un muscle mou, accroché à un tendon trop mince, j’ai échappé à l’une des deux fatalités qui plombent notre destin familial. Je ne pouvais dignement continuer la tradition des durs à cuire et à la peine, des fiers à bras qui au moyen âge charriaient en se jouant les blocs de tuffeau de Saumur à Angers. Il ne me restait plus que la raillerie, la moquerie, la taquinerie, le persiflage, l’ironie, le sarcasme.

Pendant des décennies, avec plus ou moins de bonheur et d’honneur, au prix de quelques fâcheries, d’inimités, de reproches, en me retenant souvent j’ai été fidèle à notre devise. Sur le tard, le besoin est toujours là, plus urgent même et toutes les occasions sont bonnes. Ma femme est surprise que j’avoue sans honte et sans remords ce trait de caractère qu’elle voudrait parfois plus dissimulé. Qu’y puis-je, c’est l’infâme chromosome 51 alinéa oméga qui est le coupable, le responsable.

Un nom si connoté attire l’attention, frôle pour certains milieux le ridicule. Il fut relevé heureusement, il y a des années, par un grand artiste, beau comme un dieu, plein de talents, marié pour un temps à la beauté. Même les bébés ne pouvaient s’en passer dans leur biberon. Ce fut une heure de gloire pour tous les Charrier du monde.

Quoique notre trop lointain cousinage ait effacé dans notre lignée ses mérites, je tirais un certain profit de notre familiarité supposée – même si parfois j’y perdais mon prénom -. Mais la star fut filante, les amours durèrent le temps d’une campagne de publicité. Elle eut une curieuse conséquence dont je ne m’aperçus pas sur le moment. Elle fut en réalité une coïncidence. Mes amitiés, mes relations, mes dîners en ville se mirent à obéir à une sélection étrange. Alors qu’avant, mes connaissances étaient raisonnablement réparties dans tous les chapitres du bottin, il y avait une prédominance de L. Je continuais certes de fréquenter des Ledoux, Lesage, Lheureux, Lhuilier, Lepin, Lesobre, Larue mais la place d’honneur revenait à des Lenoble, Leroi, Leroy, Leduc, Lecomte, Leconte, Lecompte, Le Conte, Legrand, Lemarquis, Lemaire, Lelion. Il y avait même plusieurs Leriche et des Bourgeois. Je frayais donc avec une aristocratie de noms. Cette sélection ne pouvait être que la compensation inconsciente d’un refoulement enfin libéré par la renommée échue à un nom si longtemps obscurci par sa pesanteur si signifiante (Ouf !).

Dès que la fatuité de cette complaisance à se hausser du col à si mauvais compte me devint évidente, je changeai de carnet d’adresse et revins aux Martin, Dupont, Durand, Lepage, Lebas, Lumble, Lefort, Lepetit renouant avec une tradition de simplicité plébéienne.

13.01.2008

EN AVOIR OU PAS

Au hasard d’un étalage chez Gibert, j’ai trouvé Les Braban, un livre de Patrick Besson (Albin Michel). Je connaissais ses chroniques assassines, ses éreintages littéraires. Les Braban a été une bonne surprise. Besson a un style qui ne doit rien aux ateliers d’écriture. Concis, vif, rapide, sans complaisance pour ses personnages, il en fait des héros pitoyables et impitoyables qui ont des vies à raconter, improbables mais crédibles et qui nous parlent d’un temps et de lieux familiers.
Son livre est plein d’humour, d’humeur, d’amour, de verve, de cruauté. Ses égarements sont réfléchis et opportuns. Une promenade dans Londres devient un trip dont on se remet difficilement et qui donne envie de refaire l’itinéraire avec Besson comme guide.
Les héros sont aux prises avec leurs souvenirs. C’est l’occasion pour Besson de reprendre la métaphore de la valise qui s’alourdit avec le temps. Il le fait joliment : « Le passé d’un homme est une grosse valise dans laquelle s’accumulent chaque année des objets d’inégale valeur. Au bout de quatre-vingt-deux ans, disait mon père, cette valise est tellement lourde qu’on ne peut plus la soulever. On passe ses journées à la regarder, à tourner autour, à l’ouvrir, à sortir les objets, à les examiner, à les tripoter, à s’attendrir dessus. Notre passé nous fascine au point qu’on finit par entrer dedans – et la mort, disait papa, c’est quand il se referme sur nous car – c’était une de ses formules préférées – « la valise du passé ne s’ouvre pas de l’intérieur ». Là encore, le mourant se sentira coupable. Juste avant de rendre l’âme, il se dit qu’il ne fallait pas penser tout le temps à cette valise, ne pas la regarder, ne pas l’ouvrir, faire comme si elle n’existait pas, faire comme avant, quand nous étions jeunes, et qu’elle était petite, légère, posée avec négligence à côté de nous sur la banquette d’une brasserie, abandonnée dans le couloir de l’appartement des parents de notre petite amie, une valise dont on ne sentait pas le poids, dont on ne distinguait ni la forme ni la couleur, tant elle état anodine et immatérielle. On avait presque plaisir, de temps en temps à jeter un regard épanoui sur cette modeste chose qui, dans son insignifiance, semblait sourire. On était content de notre court passé, qui comportait un ou deux chagrins d’amour, des examens réussis, des voyages en Hollande et au Luxembourg, une voiture d’occasion et ce premier argent qui nous fait croire que nous sommes riches puisque nous pouvons enfin acheter des disques et des livres. Que s’est-il passé – se demandaient chaque jour, selon papa, tous les vieux de la terre – pour qu’un bagage à main élégant et pratique soit devenu en quelques années une vieille malle noire intransportable qui s’apprête à nous avaler ? Après un certain âge, concluait mon père, il faut se creuser la cervelle pour se souvenir d’un moment où, dans notre vie, le temps nous a paru long, tant son essence nous semble désormais celle d’un courant d’air ou d’un battement de cils. ».
La mémoire en chacun est donc un fardeau. Seul l’amnésique en est débarrassé. Ne pas savoir qui l’on est, d’où l’on vient n’est pas confortable, paraît-il. De toute façon le choix n’est pas donné. Le rendre plus léger est la seule option et charger la mémoire de bonheur, de plaisir, de réussite, le seul moyen. La vie rêvée des anges. Le paradis étant pour plus tard, il faut attendre et se contenter d’un tout venant qui ne brille pas par l’allégresse –habituellement. Ne pas ruminer, ressasser, ne pas être prisonnier des désavantages acquis n’est possible que si le besoin irrésistible de se battre, de créer, d’être responsable est présent. Cette pulsion de vie existe ou pas. Certains ne l’auront jamais, chez d’autres elle déborde, les anime, les propulse, les enflamme. Ils sont les seuls moteurs d’une société. Il faut seulement qu’ils soient assez nombreux et leur énergie assez puissante pour entraîner toutes les autres, les démunis, les dépressifs, les pessimistes, les paresseux, les passifs, les fonctionnaires.
Le malheur pour la France est que la mémoire est un bien national, une icône, une idole. C’est le pays des commémorations, des fêtes nationales, des musées, des monuments aux morts, des panthéons, des généalogistes, des stèles, des plaques. L’Histoire nous rattrape à tout bout de champ ou de rue. Ce rappel obsessionnel du passé officiel fait que nous avons autant de mal d’échapper à la grande qu’à notre petite histoire et que les deux finissent par se confondre.
Ce culte de la mémoire des souvenirs en a fait une maladie. Il faudrait pour la combattre la déclarer grande cause nationale, comme la lutte contre le cancer. Le vœu est pieux, utopique car personne ne la met en accusation. Elle continue d’être glorifiée, fêtée, adulée et surtout récompensée. Il ne viendra donc à l’idée de personne de lui reprocher l’état où elle nous a mis.
Son péché capital est de condamner à regarder le passé plutôt que d’imaginer et préparer l’avenir. Le devoir de mémoire entraîne la contrition permanente des crimes du passé et empêche de rivaliser avec ceux qui, se sachant innocents des horreurs commises par leurs pères travaillent à leur futur, l’esprit libre.
L’éducation a, chez nous, déifié la mémoire. Elle seule permet l’accumulation de connaissances et les bêtes à concours capables de régurgiter les références, les citations, les leçons apprises par coeur sont les maîtres de notre société. Ils cooptent leurs semblables et barrent la route aux autres : les sans mémoire, les imaginatifs, les intuitifs, les poètes, les illettrés, les lettrés, les créatifs. Ils ne feront toute leur vie que recycler ce qu’ils ont appris. Leur cerveau est si encombré qu’il n’est plus disponible.
Bloquant les issues, ils réduisent ceux qui veulent construire à fuir pour aller vendre ailleurs leur talent.

12.01.2008

DROIT DE RÉPONSE À NOUVELLES DE NOUS AU NEVEU (ET À O)

Je n’en peux plus, je m’étrangle, j’étouffe, j’éructe, je transpire, je pleure, je ris, je trépigne. Il a osé, le traître, le blagueur, le blogueur, le poseur, faire de moi - si polie, si correcte, si active - une passive, une alanguie, une feignasse, une flemmarde, une vautrée, une avinée, un rouge de rouge à la main, une contemplative scrutant l’horizon bouché, une immobile, une rassasiée, une revenue. Moi la silencieuse, je bavasserais sur tout et rien… Je m’excuse de cette avalanche, mais je n’habite pas très loin de Sévigné-sur-Lathan et quand une taiseuse se lâche, difficile de l’arrêter.

Vous le roi du sarcasme, le matamore de l’ironie facile, le chantre calomnieux, le ricaneur en chef, vous n’auriez pas dû m’inviter dans votre délire. J’use de mon droit de réponse (article 13 de la loi du 29 juillet 1881), je sors de ma réserve, je hausse le ton, je m’autorise, je m’insurge, je proteste, je me défends, j’attaque – pas de pitié – j’écrase, j’assassine, je malaxe, je compacte, je piétine, je ratatine, j’écrabouille, je gratine, je composte. Pas besoin d’urne au final, un dé à coudre suffira. Pour la défense la vérité suffira. Moi, Môssieu, je ne suis pas la mer d’Aral à marée basse mais un torrent impétueux, plein de truites joyeuses et bondissantes, de turbines qui turbinent, de pépites qui roulent, même les pierres sont précieuses.

Je ne fais pas suivre une grasse matinée d’une sieste prolongée et d’un coucher précoce.

Moi, Môssieu, je ne potagine pas, je laisse les navets, les patates, les betteraves, les haricots, les radis aux maraîchers. Vous aimez les petits maîtres, moi, je fréquente les grands esprits. Vous dites être las de partir, moi je suis toujours avide d’horizons lointains. Pour la 10ème fois j’ai été élue voyageuse de l’année sur Air-Kuala-Lumpur.

Je produits moi, Môssieu, pas seulement de la bile. Ma bibliographie, ne vous déplaise, est aussi riche que ma biographie. Je n’étais pas un diafoirus de première génération. Mes diplômes de docteur en poche, toutes les universités se sont disputées pour m’avoir et se hausser du col. Quand je réfléchis c’est du solide, du profond, du cousu main.

Moi, Môssieu, je ne me contente pas de rêvasser à mon épitaphe, de refaire le monde à mon image – il serait beau ! Moi, je produis, je valorise, j’invente, je brevette, j’édite. 2 best-sellers il y a quelques années quand la nouvelle cuisine avait pris un coup de froid et qu’il fallait la réchauffer. LA BÉCHAMEL DANS TOUS SES ÉTATS et LA CONFITURE SANS DÉCONFITURE avaient réveillé les avant-cuisines. Un opus à paraître aux PUF va faire du bruit. 20 ans de recherche, dix ans de rédaction : LA CUISINE ATOMIQUE OU L’ABSOLU CULINAIRE. GAGNAIRE, THIS, ADRIA vont apparaître comme des petits farceurs avec leur cuisine moléculaire.

Enfin une dernière mise au point. Le gros rouge n’est pas mon truc. Ne confondons pas. Mon nectar habituel est la Salvetat pour les bulles et l’Hepar pour le magnésium. J’alterne pour éviter l’accoutumance. J’avoue, de temps en temps, matin, midi et soir une flûte d’un Crémant de Loire, Brut de Brut, comme je les aime. Je vous donnerai l’adresse si vous insistez.

J’ai presque tout dit. Les pendules sont remises à l’heure. Trice, Titine, Mouchette, allez les filles, on va herboriser dans le jardin d’hiver. Laissez Thor jouer à la baballe avec son papy.

11.01.2008

NOUVELLES DE NOUS AU NEVEU (ET À O)

Merci pour tes vœux. Ils sont les bienvenus. Ils se sont croisés avec les nôtres car nous aussi nous ne t’oublions pas.

Il y a longtemps qu’on ne s’est pas vus et tu dis être curieux de savoir ce que l’on fait, ce que l’on devient.

Avant de te satisfaire, je constate que le pays où tu vis progresse aussi vite qu’on le dit puisque ta carte postée le 17 décembre à New Delhi, est arrivée le 7 janvier. 21 jours de voyage. L’année dernière il lui avait fallu un mois.

Ici la tendance est inverse. Une lettre de Paris met trois jours au lieu de deux. Les performances de nos postes suivent des destins opposés. A la place de Monsieur GOSHN je me méfierais de TATA.

Ici la torpeur estivale a fait place à la stupeur hivernale. Nous hibernons dans la chaleur du poêle. Mouchette, ma tigresse favorite, ronronne sur mon ventre et réchauffe mes boyaux. Je cache mes pieds sous Tho-Thor qui se répand dessus. Carmenza est aussi bien lotie. Elle disparaît sous Titine et Trice à ses genoux est un rempart efficace à tout ce qui pourrait la menacer.

Ainsi postés, nous soliloquons de concert sur le temps qui passe ; le vent qui souffle tantôt du Nord, tantôt du Sud; la pluie qui tombe ; la neige qui menace. Il n’y a pas que la météo qui nous occupe. Nous devisons aussi sur la hausse de l’euro et la baisse de notre réserve de bois. Nous commentons avec admiration l’activité piétonnière, aérienne, automobile, transatlantique, transpacifique, transcontinentale d’Olivier, blogueur émérite, convivial, généreux et infatigable.

Affaissés dans nos pullmans fatigués de ne rien faire ; contents d’être arrivés, mécontents de presque tout, repus et affamés, un verre de JOGUET de la grande époque pour l’un, un verre de Vouvray pour l’autre, ignobles, nous trinquons à la mémoire de nos souvenirs. Comme Olivier aujourd’hui il y eut un temps pour les lointains. Nous courrions de stand-by en stand-by de Londres à Sydney via St Francisco, Papeete. De Cairns on se rappelle le typhon qui nous poursuivait alors qu’on ne lui avait rien fait ; des Blue Mountains, une descente avec notre Toyota sans freins ; du marché de Fremantle. L’Australie c’est aussi la chaleur, le voyage dans un nuage de sauterelles, le camembert allemand en conserve, les barbecues qui sentent bon le kérosène, les mouches par milliers, millions, milliards.

L’Australie, un pays où avoir des enfants paraissait acceptable. Et pour ne pas succomber à la tentation, la fuite à Auckland et retour à la case départ en étant persuadés qu’ARTHUS-BERTRAND a raison : pour apprécier la terre il faut prendre de la hauteur et ne plus redescendre.

Cher J.-P., tu vois que l’on est bien à plaindre. Nous acceptons tes fleurs, conserve encore un peu la couronne. Continue de profiter du soleil, de la plage, des beautés locales et de toutes les bonnes choses dont ce pays, patrie des dieux et des déesses regorge avant qu’il ne finisse, course au néant aidant, par ressembler au nôtre.

Affectueusement,

09.01.2008

PORTRAIT À L’EAU DE ROSE

Esprit volontiers critique, je suis comblé plus que je ne voudrais par la lecture des journaux, des magazines. L’une des causes de cette irritation est la forme hagiographique dont habille souvent son article le journaliste chargé de présenter une vedette du moment. On a l’impression de lire une publicité rédactionnelle écrite par un spécialiste du marketing promotionnel. J’ai souvent ce sentiment en lisant le portrait d’un cinéaste, d’un acteur, d’un écrivain – surtout s’il est américain car alors c’est l’extase. Dans Challenges, un grand de la politique, de l’usure, du négoce a souvent droit à son portrait. Jamais méchant, souvent balancé, il est parfois édifiant, saint-sulpicien et prend les dimensions d’une Ode au grand homme.

Le 3 janvier le président de Vivendi était à l’honneur et sous la signature de J.-P. de la Rocque on apprend, ébahis, admiratifs, contents pour lui, pour nous, que l’homme:

-          est un mélomane doté de l’oreille absolue ;

-          est skieur émérite ;

-          est parfaitement bilingue (bien que s’en défendant car modeste) ;

-          est un homme capable de vous désosser un dossier comme personne et doté d’un sens du commandement ;

-          a une profonde indépendance d’esprit ;

-          est peu carriériste ; est reconnu pour sa compétence, sa loyauté, sa fiabilité ;

-         maîtrise les dossiers les plus techniques et son sang froid en toute circonstance impose le respect ;

-          comme nombre de ses camarades de l’X, il sait pousser jusqu’à la limite une machine intellectuelle bien huilée ;

Avec de telles qualités il s’impose de façon magistrale.

Le tableau est complété, pour ceux qui ne seraient pas convaincus, par le témoignage de quelques amis qui disent tout le bien qu’ils pensent de lui.

Peu de temps après, nous commencions la trilogie de Stieg LARSSON (Millenium). Roman policier dont il est difficile de se détacher, le premier tome de la série est aussi la dénonciation d’un certain journalisme économique suédois que l’auteur paraissait bien connaître. Il fait de son héros le porte-parole d’une critique très virulente et il ne cache pas le mépris que lui inspiraient ses confrères (l’auteur était lui-même journaliste). Pour lui les analystes économiques suédois étaient, ces dernières années, devenus une équipe de larbins incompétents, imbus de leur propre importance et totalement incapables de la moindre pensée critique. Beaucoup de paragraphes sont de la même veine et enfoncent le clou. LARSSON n’aurait certainement pas pu écrire les mêmes horreurs sur la presse économique française dont la haute valeur morale, l’intégrité intransigeante, l’indépendance absolue vis-à-vis des puissances ne soulèvent aucun doute. Il faut être un mauvais esprit comme moi pour sursauter au portrait en forme de dithyrambe d’un tycoon vedette - pour le moment - du CAC 40 et être mal intentionné pour y trouver une certaine ressemblance avec ce qui mettait en colère Stieg LARSSON.

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