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28.02.2008
Portrait à l’encre sympathique
Challenges aime dresser des portraits en forme d’Arc de triomphe aux grands de l’économie, de la finance, des médias. Le héros n’a généralement pas à se plaindre du traitement. L’image est saint-sulpicienne. La plume, trempée dans l’encre sympathique, n’empêche pas de voir les ficelles grosses comme les cordes de la publicité rédactionnelle.
La révolte récente des petites mains des grandes surfaces qui n’arrivent pas à vivre avec leurs salaires de misère m’a donné envie de relire l’article que le magazine avait consacré le 10 janvier dernier à Jean-Charles NAOURI, PDG de Casino.
A la première lecture, rapide, je n’avais relevé que la fulgurance du parcours qui en quelques années propulse le fonctionnaire à la 57ème fortune de France, le transfert de personnalité qui transforme l’homme de gauche en hypercapitaliste. J’avais compris que le journaliste faisait de cette réussite foudroyante la récompense méritée de toutes les qualités énumérées à la façon d’une litanie tout au long des 4 pages du dithyrambe :
- expert en montages financiers complexes ;
- « être le meilleur », une règle ;
- grand timide ;
- ne pas être comme les autres ;
- ultrasensible ;
- très forte épaisseur spirituelle ;
- il est religieux ;
- il se sent le devoir d’être juste envers les hommes ;
- brillant élève (Normal Sup., ENA, Harvard) ;
- fidèle à ceux qui ne l’on pas déçu.
On comprenait que l’homme est habile, secret, intelligent, qu’il avait les moyens de satisfaire un bel appétit et que, quoique grand timide, il se prête à l’hagiographie sans déplaisir apparent.
En seconde lecture, à la fin du récit, je n’en savais pas plus. Je n’avais pas appris comment l’ancien de l’ENA, de Normal Sup., rejeton d’une famille modeste, le directeur de cabinet (à 34 ans) de Pierre Bérégovoy, ministre des affaires sociales en 1983 a réussi :
- à créer un fonds d’investissement en 1987 ;
- à racheter Rallye en 1991 ;
- à prendre le contrôle de Casino en 1997 ;
- à s’emparer de Leader Price en 2007.
On nous laisse deviner que le parcours n’a pas été facile, qu’il avait des revanches à prendre. On est soulagé de savoir qu’il a été blanchi d’une affaire d’initiés de la Société Générale en 1988.
Rien ne nous est dit sur la façon dont l’empire a été créé. D’où est venu l’argent ? Quelles ont été les batailles, les trahisons ? Comment en si peu de temps peut-on passer du stade d'employé à celui de propriétaire sans épouser l’héritière ? Par quelle manœuvre boursière ou autre ?
Comment peut-on vivre ses contradictions ? Dire que l’on se sent le devoir d’être juste avec les hommes et de maltraiter ses petits salariés ?
Aucune de ces questions n’est posée et n’a donc pas de réponse dans le papier de Jean-Baptiste Diebold. La curiosité est, chez lui, taboue. Un début d’éclairage est peut-être donné dans le Challenges du 31 janvier par le Droit de réponse de la famille Baud aux accusations de malversation dans la gestion de Leader Price dont Challenges se faisait l’écho. Tout serait faux et relèverait d’une stratégie systématique de dénigrement. Challenges répond sans s’excuser en se plaignant de n’avoir pas obtenu de rencontrer cette famille lors de la préparation du portrait et sans se plaindre d’avoir peut-être servi à une opération de désinformation.
22:20 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Challenges, révolte, Casino, bataille, contradiction, désinformation
26.02.2008
Suite
Je suis devenu moins con le jour où j’ai compris que l’horizon marchait au même pas que moi.
Il doit bien y avoir une raison pour que mes pieds touchent la terre et que ma tête soit si loin du ciel.
Entre oui et non la distance est infinie ; entre petit et grand, beau et laid, vrai et faux, con et intelligent, elle est relative.
Un jour, après avoir beaucoup marché, beaucoup parlé, beaucoup lu, beaucoup écouté, beaucoup senti, beaucoup bu, beaucoup mangé, je me suis assis, j’ai fermé la bouche, les yeux, bouché les oreilles, le nez enfin certain que la mort ne sera pas une surprise.
16:40 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
PROPAGANDA ET CONTRE-PROPAGANDE
Dimanche 17 février au soir, je regardais par curiosité l’inusable « Mission Impossible 20 ans après ». Le scénario est, comme d’habitude, simpliste, le traitement efficace. L’équipe doit détruire une fabrique d’armes de destruction massive à base de graines porteuses d’un virus mortel. Le pays est arabe, sans plus de précision. Pour entrer dans la place il y a la sempiternelle substitution de personnes. Les américains sont très malins, très efficaces, très forts, les méchants très bêtes, très cruels. Ils seront punis à la fin de leur méchanceté par une explosion qui détruit tout. Je n’insiste pas sur les invraisemblances, l’imagerie naïve, les ficelles grosses comme des cordes. Il s’agit, à l’évidence, d’une œuvre de propagande à la gloire du héros américain et destinée à rassurer ceux qui pourraient douter de la capacité des USA à se défendre.
Cette série – et combien d’autres films de la machinerie hollywoodienne – sont une parfaite illustration des idées d’Edward Bernays (1891-1995) neveu de Sigmund Freud émigré aux États-unis et un des pères fondateurs des « relations publiques ». Son livre phare « Propaganda : comment manipuler l’opinion en démocratie », publié en 1928 reste actuel. Il y donne les clefs du management des opinions et pas seulement dans le domaine politique. Joseph Goebbels, ministre de la propagande du régime nazi, fut un lecteur particulièrement attentif de Propaganda. Pour Bernays la meilleure façon de façonner la volonté d’un peuple est de jouer avec les émotions. L’actualité démontre l’évidence de la proposition.
Il faut revoir de temps en temps « Mission impossible », ce feuillecon-culte, cette caricature, pour être conscient de la manipulation, conserver la tête froide et exercer l’esprit critique. Je sais que des décennies de matraquage médiatique et politique rendent son exercice difficile à ceux qui ne prennent pas le temps de réfléchir par eux-mêmes. Il devrait leur suffire pourtant de se rappeler et de comparer. Ils étaient les premiers à s’esclaffer devant la propagande communiste des années de guerre froide où le héros soviétique était exalté, encensé, quasiment déifié, lui qui était en train de construire le paradis sur terre. Le ridicule sautait aux yeux et l’effet n’emportait pas la conviction. La propagande américaine est à peint plus subtile. Elle est seulement plus « glamour » et ses effets spéciaux spectaculaires font oublier le message qui ne se donne même pas l’élégance d’être subliminal.
Mais pourquoi la « Propaganda » se gênerait-elle puisque l’opinion lui est aussi acquise que l’était celle des communistes. Ceux-ci nous apparaissaient pourtant bien crédules, bien naïfs.
Nos critiques accueillent avec enthousiasme cette production ambivalente : divertir pour attirer puis influencer l’opinion pour la convaincre d’une supériorité politique. Cet investissement des salles de cinéma, des écrans de télévision et des esprits est rendu possible parce que la colonisation est achevée depuis longtemps. La pâmoison qui saisit l’essentiel de nos élites et de leurs épigones journalistes pour ce qui vient d’outre-atlantique est tel qu’ils supportent très mal et rejettent même les américains qui ont de leur pays une vision effrayée, qui en dénoncent le caractère totalitaire, qui mettent en doute la liberté de la presse, qui ne se satisfont pas de la politique sécuritaire, qui s’insurgent sur les attentes à la liberté individuelle et se demandent pourquoi leur pays se veut le maître du monde.
Le traitement qu’a eu le film de Brian de Palma "Redacted" sur la guerre d’Irak est éclairant. Il y dénonce avec force et en s’appuyant sur des faits réels les exactions sur les civils. Il est interviewé dans le supplément TV du Nouvel Obs. Ses interrogations négatives montrent que le journaliste est presque ennuyé de devoir interroger un cinéaste qui a eu l’idée saugrenue de s’intéresser à cette guerre et de la traiter de cette façon-là. « Ne craignez-vous pas qu’on vous reproche… » - « Pourquoi ne pas avoir réalisé un documentaire ? », etc.
Il ne réagit pas quand De Palma rappelle que son film s’appelle "Redacted" parce qu’il a été « nettoyé ». Il ne relève pas non plus la colère de De Palma qui dit « Je suis révolté. Ce type a provoqué tellement de dégâts en 8 ans : il a déstabilisé le Moyen-Orient, souillé l’image de l’Amérique… ».
De Palma commet un crime de lèse-majesté et Olivier Bonnard n’est pas de sa chapelle. Le même, dans la page critique, le note sévèrement, lui reprochant de ne pas faire dans la dentelle, de faire un objet étrange, théorique…
Télérama l’aime encore moins. Le critique et le spectateur français n’aiment pas que l’on dise du mal de l’oncle Sam, ce tonton si bon qui nous a sauvés si souvent, parce qu’on a réussi à les persuader depuis longtemps qu’il était le messie. Mais c’est un messie qui n’aime ni la concurrence ni la contre-propagande. L’exemple est récent et démonstratif. « La Vallée des loups » est un film turc sur la guerre d’Irak qui a connu un grand succès en Turquie mais aussi en Allemagne où vit une importante population turque. La situation y est renversée : le méchant est américain, et le héros invincible est turc. Le réalisateur reprend tous les poncifs hollywoodiens du film de guerre à la Rambo avec une base de départ tirée de la réalité.
L’accueil extra-turc de ce film est instructif : « ce film irresponsable cultive la haine et la défiance à l’égard de l’Occident » déclare le président de la branche bavaroise de la CSU.
En France la distribution a été microscopique. Le CNC a proposé son interdiction aux moins de 16 ans. On constate dans la réalité donc que dans nos démocraties exemplaires, si la propagande est possible (voir Mission impossible et ses arabes démoniaques), la contre-propagande est impossible. Même quand le journaliste en a l’idée, il s’autocensure, très vite, épouvanté à l’idée que l’on pourrait le taxer d’antiaméricanisme primaire, ce péché contre la foi.
16:10 Publié dans Censure | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Mission impossible, propagande, contre-propagande, Vallée des loups
25.02.2008
LETTRE À UNE AMIE
Vous aviez raison ! L’activiste se transforme en agitateur, le réformateur ne réforme pas, il se déforme. Bavard frénétique il va rendre nostalgique du Grand Muet Immobile.
Son erreur est celle de ceux qui, comme moi, ont cru que la France était un dériveur léger qui virait de bord d’un petit coup de barre, sans effort, sans remous. Nous avions oublié que la France est un super-super-super paquebot de plus de 60 millions de passagers et lourd de milliards de tonnes. Son inertie est énorme. Avant qu’il puisse changer de cap de quelques degrés, il va sur son erre pendant des milliers de miles. Comme n’importe quel capitaine d’un supertanker il devrait s’entourer de pilotes, étudier les cartes, les courants, connaître les épaves, les écueils, les bas fonds, les hauts-fonds, la météo. Sinon il court le risque de s’échouer au mieux, de faire naufrage au pire.
Puisqu’il ne sait pas ce que l’on apprend en classe préparatoire à Navale, je crains qu’il ne soit qu’un capitaine de fortune et qu’il ne sache pas redresser la barre.
14:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bavard, muet, réforme, erreur, dériveur, paquebot, échouage
24.02.2008
PAS DE CLERC
Les journalistes informent par définition mais sont aussi de grands donneurs de leçons. Ils dénoncent, fustigent et accusent à l’occasion avec l’ardeur de procureurs sans peur ni reproches.
On en voit un à l’œuvre dans le numéro du 31 janvier 2008 du Nouvel Observateur. 4 pleines pages sont consacrées au scandale de la Société Générale et Airy Routier décrit par le détail le scénario de la catastrophe. On y apprend comment le trader a échappé à tous les contrôles et a joué à la hausse dans un marché en baisse. Il termine gravement en soulignant le discrédit qui entache la réputation de la Banque et pronostique l’obligatoire démission du président, responsable suprême des défaillances en série du système de contrôle. Une autre pleine page est consacrée à décrire la chute du symbole qu’aurait été le brillant, brutal, habile et arrogant Daniel Bouton.
Très bien, bravo, quel talent !
Las! Le Nouvel Obs. publie sur son site Internet, le 6 février 2008 un SMS relevant de la vie privée du président de la République qui a déposé une plainte à l’encontre du journal pour faux, usage de faux et recel.
Le journal, dans son numéro du 21 février, fait amende honorable : « Nous aurions dû retirer ce SMS du site ». Il donne la parole à des lecteurs qui expriment vertement leur colère : « journal de merde, journalistes de merde ».
Jean Daniel, la grande âme directrice du journal se désolidarise du journaliste en disant : « si j’avais eu l’information dont Airy Routier (le même que celui qui a fait l’article sur la Société Générale) a disposé, je me serais empressé de m’en détourner ».
On constate donc que cet hebdomadaire laisse passer une information alors même que sa réglementation l’interdisait : « notre charte interne stipule que nous sommes tenus : au respect de la dignité des acteurs de la vie publique ».
Mais il s’en excuse en ajoutant que, sur le site Internet du Nouvel Obs., les instances d’arbitrage et de filtres sont moins nombreux que pour la fabrication du magazine papier.
Le Nouvel Observateur, par manque de contrôle interne laisse commettre à l’un de se principaux journalistes, le rédacteur en chef du service «Enquêtes» une erreur. Il s’en excuse, promet que cela ne se reproduira pas.
On remarquera que :
1/ Le Nouvel Obs. a une surveillance interne non fiable, qui permet à chacun de faire ce qui lui plaît ; sa qualité est identique à celle de la Société Générale dont il se gaussait quelques jours plut tôt sur 4 pages ;
2/ Le directeur, responsable du magazine, n’a pas présenté, lui, sa démission ;
3/ Le Nouvel Obs. s’exonère du discrédit en rejetant la responsabilité sur l’autre, la victime, par la voix de Jean Daniel qui dit dans un éditorial : « C’est précisément parce qu’il [Sarkozy] faisait tout pour nous entraîner dans son univers qu’il ne fallait pas s’y laisser conduire ».
Gérer une banque, un journal, une église, un hôpital, un état n’est jamais facile. La défaillance prend d’autant plus de relief, d’éclat que le coupable est censé être comptable de notre argent, de la vérité, de notre conscience, de notre santé, de notre vie.
La faute devient insupportable, intolérable car elle ébranle le fondement de ces grandes institutions : la confiance.
Le journaliste occupe une place privilégiée - à côté du banquier, du prêtre, du médecin, du ministre - et qui fait la grandeur du métier. Il est celui qui rend compte, qui fait connaître ce qui se passe d’important, de vital pour que le corps social soit conscient des courants, des évènements qui l’agitent. On réclame donc de lui des qualités exceptionnelles : humanité, perspicacité, moralité, objectivité, courage, intégrité, humilité. Chacune de ces exigences est, je l’espère, détaillée dans les écoles de journalisme comme elles devraient l’être dans toutes celles où l’on apprend à éduquer, à soigner, à gouverner, à juger, à prêcher.
Comment s’étonner que là comme ici la réalité soit loin du rêve et que la paix soit armée et la guerre larvée partout, toujours ?
21:15 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Journaliste, magazine, SMS, président, contrôle, erreur
15.02.2008
LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (2)
CHAPITRE I
LA PUBERTÉ, SON ENJEU
La métamorphose qu’est la puberté laisse à l’adulte le souvenir des transformations physiques. Elles ne sont que la partie visible du phénomène. Rappelons-les pour bien situer l’ampleur du processus que chacun de nous a expérimenté.
Trois changements concomitants, interactifs intriquent leurs effets. Tous importants, complémentaires, indispensables, ils s’étalent sur quelques 6 années.
Ils résultent pour l’endocrinologue d’une « cascade d’activations successives de l’hypothalamus, de l’ante-hypophyse, des gonades puis des cellules cibles périphériques associées à des phénomènes de rétrocontrôle ».
Le médecin a mesuré sous tous les angles 1’enfant en phase pubertaire. Il a mis en diagramme la mutation morphologique pour en suivre les étapes, en mesurer la vitesse et en dépister les erreurs.
Jusqu'à 11 ans pour les filles, 13 ans pour les garçons, la taille croissait de 5 centimètres l'an. A cette échéance, la croissance s'accélère et passe à 8,5 cm pour le garçon et 7,5 cm pour la fille durant la première année jusqu'à un maximum de 10 cm à 14 ans pour les premiers et 12 ans pour les secondes. Le gain est finalement de 20 cm pour les filles entre 10 et 14 ans et de 25 cm pour les garçons entre 12 et 16 ans. La croissance décélère jusqu'à s'arrêter environ 5 ans après le début des premiers signes.
La poussée pubertaire plus tardive, plus intense, plus longue du garçon explique sa stature plus grande. Les membres s'allongent, les épaules s'élargissent. D'autres modifications s'opèrent, plus secrètes, plus intimes, encore plus extraordinaires pour l'impétrant. Chaque sexe affirme son originalité, augmente ses différences.
L'observateur intermittent est parfois très embarrassé pour reconnaître l'enfant dans le jeune homme, la jeune fille. Rien dans la silhouette, l'habillement, ne les rappelle. Un air de famille reste dans le visage mais la mutation psychologique augmente la différence: le regard et la conversation ont changé. L'échange s'opère d'égal à égal, le propos n'est plus puéril. Le changement apparaît très vite comme plus spectaculaire que le renforcement physique. Il prouve l'acquisition par l'adolescent d'une nouvelle dimension intellectuelle, psychologique, mentale qui lui permet de maîtriser son pouvoir géniteur et sa force sans révolutionner une société dans laquelle il doit trouver une place. Ce temps des interrogations, des découvertes, de la conquête de l'indépendance par rapport aux parents n'oublie pas le passé et son acquis.
Le programme s'exécute dans la lumière de la conscience et est servi par de nouvelles possibilités intellectuelles. Dès l'âge de 10-12 ans, l'enfant devient capable d'organiser des opérations logiques formelles. L'apprentissage scolaire lui a donné les modèles idéo-verbaux nécessaires à l'exercice de la pensée abstraite. Cette conquête l'ouvre au monde extérieur. Elle lui donne une réalité que des tendances Imaginatives et contemplatives occultaient. Il apprend à établir des relations entre les faits et les idées. Le cerveau devient plus fascinant qu'un jouet. Le langage s'enrichit, se développe, devient précis. Les hypothèses sont facilement formulées et combinées.
La puberté, l'adolescence peuvent ainsi être découpées en une multitude de transformations qui sont imposées par un déterminisme dont nous allons maintenant préciser la finalité.
Autant que la fusion des gamètes qui débute l'aventure humaine dans le plaisir et la mort qui la clôt dans l'affliction et la peur, comme la naissance qui mêle douleur, espoir et joie, la puberté est une étape extraordinaire de la vie.
La subtilité du processus, l'incroyable complexité des réactions en chaîne qui le contrôlent, l'activation ou la réactivation d'organes inachevés, quiescents, leur efflorescence, la dynamisation d'un cerveau jusqu'alors limité mériteraient un enthousiasme, une ferveur, un respect à la mesure d'un tel cadeau. Nous verrons plus tard ce qu'il en est.
Nous pouvons nous interroger sur les raisons de ce programme. Il sert à l'évidence à faire passer d'un état à un autre. Ce changement est le fruit d'un flux hormonal révélateur d'un nouveau soma (le corps), l’éveil d'un germen endormi (la sexualité) et d'une modification de la psychologie, de l'intellect qui permet une prise de conscience de soi et de l'autre. Un nouvel individu est crée, doué de performances qui le rendent étranger, sans amnésie, à l'enfant qu'il était. Une nature inconnue prend possession de lui. Elle soumet l'adolescent à un bouillonnement émotionnel, idéique, physique, sexuel à la mesure de la nouveauté qu'il expérimente.
Le tumulte intérieur est à son comble. Il ne retrouvera jamais cette richesse. La conversation avec soi est permanente. Cette effervescence n'est qu'un aspect de la transmutation qui permet la réalisation du projet grandiose: le passage du statut d'assisté, de dépendant et dans beaucoup de domaines d'incapable à un état d'autonomie, de libre-arbitre, de jugement, d'esprit critique, de créatif, de travailleur, de procréateur. Il faudrait beaucoup de superlatifs pour évoquer les merveilles qui s'accomplissent alors.
Leur but est simple, précis, irrémédiable. Aucune espèce n'échappe à la loi. Elle pousse l'oiselet auquel on a appris à voler et à trouver sa nourriture à quitter le nid, le louveteau la tanière pour la meute, le brocard à rejoindre la harde.
Tout le travail de ces années modèle le corps, forge la personnalité du héros pour lui permettre d'affronter l'aventure solitaire qu'est la vie.
Accompagner, favoriser, encourager, aider le cheminement indispensable, pénible, dangereux, exaltant devraient être 1’obsession du père, de la mère, de la société. Quelle preuve d’amour plus grande, quelle tâche plus noble et nécessaire, quel renforcement de la gratitude que la délivrance d’un homme, d’une femme sans griefs contre personne, prêt à collaborer avec tous.
08:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.02.2008
FABLE-FICTION
Pourquoi 15’ avant la fin du monde ? Ça vous met en verve. Mais c’est encore plus improbable que de gagner l’euromillion ou d’être élu pape. Pas si sûr ! Gorge Profonde 002, mon indicateur à la Casa Blanca, m’a envoyé, en avant-première, ce qui pourrait être le dernier message présidentiel:
« Après 8 années passées à la tête de notre pays, je le laisse plus grand, plus fort, plus respecté, plus envié. Il éclaire le monde. Il montre le chemin. Il est l’exemple à suivre.
Demain son sort, le vôtre seront dans d’autres mains. Pour aider mon successeur à affronter sa tâche, faciliter son travail, j’ai un dernier devoir à remplir. Quoi qu’il en coûte, quoi qu’il m’en coûte, j’ai décidé que le moment était enfin venu de m’attaquer aux États voyous qui menacent notre sécurité. Les États qui, plutôt que combattre leurs misères intérieures, fomentent le terrorisme international, attisent les haines,
- veulent se doter d’armes de destruction massive ;
- emploient la torture pour faire avouer des innocents;
- détiennent sans procès, sans jugement dans des conditions inhumaines, des hommes, des femmes pendant des années dans leurs prisons ;
- font voter des lois d’exception pour restreindre les libertés ;
- kidnappent, séquestrent partout dans le monde, font disparaître sans raison, sans vergogne, de supposés coupables ;
- envahissent des pays pour contrôler leurs richesses ;
- imposent leurs valeurs à ceux qui n’en veulent pas ;
Aujourd’hui, maintenant, je vais débarrasser notre pays, le monde de ces États-là, pour qu’ils disparaissent dans les flammes de l’enfer. J’appuie sur le bouton. Adieu Iran, Corée du Nord, Libye, États-Unis… Oh, shiiiit ! Tous aux abris !!! »
10:45 Publié dans Humour noir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.02.2008
LE SUICIDE ET L’IMPOSSIBLE PROPOSITION 317
La radio, il y a peu, racontait l’histoire tragique d’un suicidaire qui, s’étant raté, avait appelé au secours et mobilisé une armée.
Cette odyssée illustre l’abandon dans lequel sont laissés les candidats au dernier départ dans notre pays. La volonté d’en terminer n’est pas, chez nous, un droit garanti par la Constitution. Notre liberté est conditionnée au bon vouloir d’une société qui, n’en accepte pas le principe. Ce refus est fait, au nom d’intérêts supérieurs, de valeurs transcendantales, d’une exaltation de la vie, d’un refus théorique de la mort.
Cette position est de principe. Elle permet des envolées lyriques, de la grandiloquence. Comme toujours, la vérité est loin du dogme.
De mon propos j’exclus l’euthanasie, ce coup de pouce en fin de soins palliatifs, tout juste accepté, avec force conditions et qui s’inscrit dans une autre histoire. J’élimine aussi l’immense cohorte de ceux qui, aux yeux de tous, avec le blanc-seing des autorités, l’empressement du commerce et de l’industrie, l’encouragement de la publicité, se détruisent lentement, avec application, obstination. Leur comportement est admis par la tradition, reconnu par la culture, fiscalement intéressant. La mort lente qu’elles se préparent, distillée à petits verres, à petites gorgées, à petites bouffées et maintenant par trop de sucre, de graisses, de sel ne suscitent pas d’effroi ; de la désapprobation quand l’ivresse est bruyante, l’énormité du corps trop encombrante, la fumée trop opaque. Mais le cancer qui s’enracine, le foie qui se cirrhose, le diabète, l’hypertension, l’insuffisance respiratoire qui fabriquent à la chaîne de jeunes vieillards raccourcissent la vie aussi sûrement qu’un bon suicide. Ces morts en sursis qui préparent leur fin posent une question sans réponse : comment peut-on se faire plaisir sans mesurer le mal à venir, quel libre arbitre, pourquoi cette dépendance, ce dérèglement, ce comportement, cette contagion ?
Je veux parler des suicides classiques par dépression, par dégoût, par dépit, par lassitude, par solitude. Une interrogation d’abord : Pourquoi l’adulte lucide, consentant, conscient, libre d’aller et venir, de voter à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, de croire ou de ne pas croire est libre de sa vie mais pas de sa mort ? Le hasard, la malchance, une balle perdue, un arbre qui tombe, un poêle qui perd de l’oxyde de carbone, une voiture folle, un policier ivre, une bulle dans la perfusion ont ce pouvoir, pas lui.
On admet sans rechigner que la liberté ne peut être que relative puisqu’elle s’arrête là où elle va compromettre celle de l’autre. Mais sa censure va beaucoup plus loin. Elle ne permet pas non plus à un naufragé sur une île déserte de se suicider. Il ne compromet pourtant la liberté de personne – Vendredi n’est pas encore arrivé – mais, horreur suprême, il s’attaque à la vie.
Si la religion est d’État, Dieu, son créateur est en fait le propriétaire et de la sorte perdrait un adorateur. Dieu a horreur de s’appauvrir. C’est la pauvre idée que son Église a imaginé pour ne pas perdre de fidèles.
On pourrait objecter – mais à quoi bon ? - qu’il gagne une âme, un pur esprit qui viendra flotter dans son paradis et lui rendra encore mieux grâce, débarrassé qu’elle ou qu’il est des scories d’un corps encombrant, malhabile, fatigué, malade, inapte, déprimé, inadapté, incapable, peut-être invalide et qui finalement n’a pas été à la hauteur de sa mission.
Le suicide est tout autant intolérable à l’État laïc et pour les mêmes raisons car la Nation considère le citoyen comme son bien. Elle a dépensé beaucoup pour lui. La grossesse, l’accouchement, les congés pré et post-maternité, l’école, les services publics mis à disposition coûtent cher. C’est lui le responsable des déficits de la Sécurité Sociale, de la RATP, de la SNCF, de la dette. Sa retraite, s’il est fonctionnaire, est subventionnée.
La Nation a donc quelques droits - au moins financiers - sur lui, et elle ne veut pas perdre les impôts directs et indirects qu’elle arrive à lui extraire.
L’État a aussi l’obligation de conserver sa population en état de marcher pour assurer sa pérennité, sa défense. Une épidémie de suicides serait désastreuse et risquerait de transformer sa grande puissance en petite. La vie est précieuse pour lui et il l’économise pour pouvoir la gaspiller dans les grandes occasions, quand – généralement par sa faute – la Nation est en danger.
Le suicide est, de plus, pernicieux car pousse certains à réfléchir. Cette minorité réfléchissante reste une minorité mais ce sont les marges qui font la différence. Lisez, si vous n’êtes pas convaincu, la presse économique.
Mauvais citoyen, mauvais croyant, juge de lui-même notre homme, notre femme qui y réfléchit s’engage dans un chemin épineux, tourmenté. Le raptus, cette bouffée délirante, brutale, incoercible, insurmontable qui précipite du 10ème étage n’est pas la règle. C’est plutôt une rumination qui y conduit lentement. Elle argumente, discute dans le for intérieur.
Plusieurs paramètres sont en action :
- la curiosité. Je connais bien mon monde. Cela fait quelques décennies que je le fréquente. J’en ai tiré ce que je pouvais. Pourquoi attendre plus longtemps pour découvrir celui qui vient après ? Est-ce celui des chrétiens, des musulmans, de Confucius ? Vais-je me réincarner et revenir sous une autre forme ou entrer dans le néant, un sommeil sans rêves, sans cauchemars et surtout sans réveil ?
- la réalité. Vais-je me réveiller longtemps encore au petit matin blème, dans un deux-pièces minable, des gamins braillards, une épouse ou un époux grincheux, une banlieue pourrie, un métro puant, un patron-gangster, des fins de mois qui commencent le 15, une politique de merde, un climat qui se déglingue, des grèves, des OGM, des ONG, des guerres, des attentats, des accidents, une télé-poubelle, une presse de caniveau, des impôts, des dettes, un rhume, une sciatique, une colique, l’hôpital, cette tristesse, cet accablement, ce poids, cette fatigue, ces soucis, etc.
On peut faire des variations sur ce canevas en mieux, en pire. Le fond change peu et la fin est toujours la même.
On comprend qu’il y en ait qui s’y résolvent, ayant donné, subi. Leur patience, leur masochisme arrivés à saturation, ils décident d’arrêter les frais, de fausser compagnie à une mauvaise compagnie, de disparaître avant que les choses ne se gâtent : que le déluge arrive, que la bombe explose, que le crabe s’installe, que le caillot s’incruste, que le cerveau déraille… Ils veulent tirer le rideau, en toute connaissance, en toute lucidité, sans demander des autorisations en trois exemplaires à des services publics compétents, certificat médical à l’appui.
Indépendant face à une dictature sociétale se dissimulant sous des oripeaux de démocratie et refusant sa loi, l’être qui ne supporte plus l’humanité qu’on lui a imposée sans l’avoir réclamée devrait pouvoir s’en séparer, revenir à un état a-cellulaire ou disparaître dans un éther immatériel sans choquer personne. L’ambition est nourrie par une expérience, des antécédents, une conviction. Sa fuite libère une place, diminue la pression, la cohue, la pollution. Elle devrait satisfaire.
Des milliers d’individus chaque année décident de passer à l’acte. Il les obsède. Ils ne pensent et ne rêvent que de cela. Ils essaient d’en parler, d’en discuter. Ils demandent conseil, lisent des livres.
Beaucoup se heurtent au refus, à l’incompréhension, la peur, la colère, le mépris, la honte. Ils se renferment dans leur solitude, leur désarroi, se sentent coupables de vouloir enfreindre la loi du clan, de ne plus être conformes, d’être le mouton noir, la brebis galeuse.
Il y en a qui se résignent mais entretiennent la flamme et, paradoxalement, y retrouvent parfois une raison de vivre. Ils savent que si les choses empirent, une solution existe.
D’autres improvisent et réalisent. Ils envahissent les faits divers. La mort est souvent violente, spectaculaire :
- le motard vise le poteau électrique ;
- le skieur s’engouffre dans le couloir d’avalanches ;
- le plongeur en apnée s’hyperventile plus qu’il ne devrait ;
- la voiture s’encastre sous le poids lourd ou remonte à contre-courant l’autoroute ;
- le chasseur oublie que son arme était chargée ;
- le pauvre, il est mort d’une overdose.
Ces bricoleurs tragiques sont obligés de compliquer leur fin car ils n’on pas le choix d’une mort calme, apaisée, sereine, à la mesure du voyage vers l’inconnu ; une fin domestique, tranquille, à la façon de « Soleil Vert », la Pastorale de Beethoven en fond sonore.
Même si demain serait arrivé, il est en retard chez nous. Quelques pays montrent un peu plus d’humanité, de compassion, de compréhension, d’amitié, d’amour pour ceux qui veulent partir. Même s’ils les réservent à ceux que la douleur taraude, ils leur facilitent la tâche : la Suisse, la Belgique, la Hollande et quelques autres tendent la main et ne traînent pas en prison ceux qui aident.
Ici, le Siècle des Lumières a cessé d’éclairer les esprits. L’obscurantisme, le conservatisme, l’ignorance, la bêtise, la tétanisation sur les idées acquises sont des valeurs inaltérables, inattaquables. Même Monsieur Attali, cet esprit libre, ce réformateur inspiré, cet iconoclaste patenté, auteur d’un projet censé remettre la France en marche et redonner à sa lanterne l’éclat du Phare de Baleines (île de Ré) n’ajoute pas à ses 316 propositions celle qui libérerait la mort de son linceul. Cet oubli trahit l’esprit de sa réforme.
Il n’y aura donc pas d’Agence Nationale pour le Droit au Suicide, pas plus qu’une agence de prévention, encore plus indispensable. Le drame du suicide et qui ne peut être passé sous silence par ceux qui en revendiquent le droit est celui de ceux qui ne devraient pas être concernés dans une société adulte, consciente, responsable, solidaire. Les jeunes qui se suicident avant même d’avoir vécu sont nombreux. Ils en arrivent là car leur courte expérience de la vie les en a déjà dégoûtés. La faute à qui ? Mais à ceux qui ont fait de la famille, de l’école, de la rue, de la ville, de la vie des endroits si inhospitaliers que l’envie de s’y attarder part avant même d’être assouvie. De la même façon ceux qui désespèrent de vivre simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de survivre, condamnent la société et ceux qui s’en prétendent responsables. Ils voudraient bien vivre pais ils ne peuvent simplement pas. Ces suicides-là sont les assassinats d’une collectivité meurtrière.
L’État hypocrite, lâche, traître à sa devise (Liberté, etc.), la religion, fidèle à sa volonté de punir pour mieux absoudre sont solidaires dans leur refus de traiter l’homme pour ce qu’il est et leur besoin d’en faire ce qu’ils veulent qu’il soit, un numéro, un consommateur, un producteur, un soldat, un pécheur, un repenti. Un refusnik jamais.
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10.02.2008
ANNEXE
(LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE)
Le passage de l'enfance à l'âge adulte est le sujet d'un livre étonnant de Claudine VIDAL, ethnologue. Elle y décrit les rites qui l'accompagnent dans une population du Nord-Ouest de la République Centrafricaine.
La façon extraordinaire dont une civilisation villageoise avait perçu le besoin et le devoir d'accompagner, de rythmer les étapes de la vie dont la plus importante pour la survie, celle qui fait, d'un enfant un adulte, nous est racontée avec un luxe de détails, de précisions et en ne cachant pas l'impossibilité d'une compréhension totale. Son travail n'intéresse pas seulement l'ethnologie, il permet à chacun un voyage dans un pays convivial, chantant, dansant, qui n'ignore rien de la dureté de la vie et qui y prépare ses enfants. Le livre « Garçons et filles, le passage à l'âge d'homme chez les GBÀYÁ KÀRÀ » nous communique sa connaissance lentement apprise, son admiration respectueuse d'une société dont la complexité et la subtilité enchantent. La minutie de sa narration nous fait revivre complètement, dans une continuité parfaite tout le processus protocolaire, nous voyons à l'oeuvre des pères et mères, une parenté, une société amicale toute entière occupés, obsédés par la réussite du passage de l'état d'enfant à celui d'adulte. Nous avons résumé les étapes essentielles de cette éducation chez les garçons pour en montrer la complexité et la durée. L’idéal serait de lire les 384 pages fourmillant de notations, précisions, vocabulaire, images, scènes, odeurs, couleurs, bruits.
Parce que la « raison planétaire » avait déjà entamé son travail de destruction, nous parlerons, pour conjurer le sort, des GBÀYÁ KÀRÀ tels qu’ils étaient en utilisant le temps présent.
Ils habitent des villages dans les montagnes qui sont aux sources de toutes les grandes rivières de la région. Agriculteurs, ils conservent le goût de la chasse et de la cueillette.
La première initiation suit la chute du cordon ombilical. Elle correspond à l’imposition du nom. Le cérémonial réunit à l’aube la famille proche. Le nouveau-né inaugure ce jour-là une longue série de cérémonies qui ne se terminera qu’à la mort pour assurer son passage au rang d’ancêtre.
La première enfance de la fille et du garçon est identique. Ils reçoivent la même attention. Claudine Vidal montre l’exemplaire amour maternel que la mère porte à son enfant. Jusqu’à l’âge de 2-3 ans il est constamment avec sa mère:
« L’attachement à son bébé, le contact permanent qu’elle entretient avec lui, constitue pour le nouveau-né une entrée heureuse dans la vie, une sécurité totale.../… l’immense attachement que les enfants GBÀYÁ - garçons comme filles -conservent pour leur mère une fols adultes ne tient pas à autre chose ».
Le sevrage se situe au moment où la mère accouche à nouveau.
Le garçon a appris à marcher. Il explore la case des parents, fait connaissance avec les autres garçons de son âge. Son territoire s’agrandit peu à peu jusqu’aux champs que cultive sa mère. La circoncision intervient à 5 ans. Elle n’est pas obligatoire mais a une valeur symbolique car elle marque le moment où se fait la séparation physique avec la mère. Il ne couche plus dans le même lit. Le repas du soir est pris avec son père et d’autres garçons ou hommes. Il va connaître une liberté totale avec les enfants de son âge: il fait ce qu’il veut, la seule contrainte est de rentrer le soir à la case familiale. Les parents semblent -curieusement - indifférents à toutes les bêtises que leur rejeton ne se prive pas de commettre. Cette période heureuse cesse brusquement par le déclenchement du rite Ngbàti, II concerne les garçons de 7 à 12 ans. Parce qu’il est caractéristique de la manière dont les adultes GBÀYÁ inculquent aux fils les obligations sociales nous allons en détailler le cérémonial.
Le Ngbàti est un petit objet, oeuvre d’un sorcier, qui, placé à l’endroit adéquat, a une action malfaisante: il fait « pourrir le manioc, avorter une poussée d’arachide, tarir la source, obstruer un cours d’eau, donner une maladie aux habitants d’une case …/… Ces opérations sont censées être accomplies par une équipe de jeunes garçons télécommandés ».
Quand des phénomènes du genre précédent sont survenus, les victimes décident de découvrir les coupables. L’enquête est confiée à un contre-sorcier. II est engagé secrètement, arrive un soir, dans la discrétion. Le lendemain, à l’aube, l’un des instigateurs avertit la population qu’un magicien est dans le village pour découvrir des Ngbàti. Les villageois se réunissent devant la case de celui qui les a prévenus. Le lever du soleil marque le début des événements. Le sorcier officie dans le recueillement des spectateurs. Il fait un discours, chante, danse durant plus d’une heure. Il s’interrompt, regroupe de façon autoritaire les gens par sexe et catégorie d’âge. Les garçons se retrouvent entre les hommes et les femmes. Le sorcier devient impressionnant, presque nu, il se fait des incisions sur la poitrine, « se taillade la langue et projette des nuées de sang mêlé à de la salive, au-dessus des têtes ». Tous doivent se dénuder la poitrine. Il frotte chacun avec le bulbe d’une plante. Il termine par les garçons. II peut renouveler ses manoeuvres. Elles lui ont permis de faire un tri et il peut annoncer avoir découvert un ou plusieurs coupables dont il tait encore le nom. Il part ensuite à la recherche des Ngbàti, les objets enterrés et malfaisants, entouré de son assistant qui agite un hochet et d’un homme qui bat le tambour. Le village l’accompagne. Il demande qu’on le conduise aux différents endroits où l’action nocive des Ngbàti a été ressentie. « De temps en temps il s’arrête, plante la sagaie en terre, prend du recul et, des deux poings tendus vers elle, la fixe longuement. Des vibrations de l’arme lui indiquent s’il approche du lieu recherché. Quand il croit avoir trouvé il dit à un homme pris au hasard de creuser le sol au dernier endroit où a été plantée la sagaie ». Il trouve aussi, à chaque lieu où le Ngbàti a sévi, un objet preuve du complot.
Le lendemain matin une nouvelle convocation est suivie d’une séance de chants, de tambours. Le magicien entre à nouveau en transe, frictionne les poitrines dénudées et entraîne derrière lui la foule. Dans un ruisseau il découvre un nouveau Ngbàti et désigne deux ou trois garçons en disant: « Ce sont eux les coupables ». L’enquête est terminée et le magicien-détective se retire.
Les adultes interviennent violemment. Ils se jettent sur les accusés, les attachent et les frappent. La correction est sévère, brutale et longue à coups de poing, de bâtons, de plantes épineuses. Sous cet assaut en forme de torture les malheureux avouent tout ce que l’on veut. Ils s’accusent des méfaits qui leur sont reprochés, donnent des détails. Ils livrent même le nom du commanditaire. Comme par hasard, il s’agit toujours d’un villageois absent. Cet aveu ralentit les coups puis ils sont renvoyés à leurs cases où ils guérissent de leurs douleurs et de leur honte.
Les garçons victimes de l’ire des adultes sont âgés de 11 ans et plus. Ils « étaient toujours de véritables crapules ayant à se reprocher des actes malfaisants à l’égard de la population du village: tourmenter les enfants, voler dans les cases, en incendier, injurier les vieillards, etc. ».
Cette démonstration de force peut être considérée comme une « épreuve de coercition éducative destinée à la réflexion des jeunes garçons tout autant qu'une thérapeutique contre la sorcellerie ».
La société récupère un garçon qui connaît les limites de sa tolérance et lui offre un nouveau rôle qui le prépare au mariage. Il est astreint à séjourner chez les parents de sa future épouse et à rendre des services à ses hôtes. II se doit de s'y comporter en responsable et non plus en enfant turbulent. Cette nouvelle attitude prépare les plus grands à une nouvelle cérémonie de passage, le LÂ?bi.
Bien que sa date soit secrète, une information doit cependant circuler car les plus jeunes, encore chahuteurs, perdent de leur pétulance et s'assagissent. Une fin d'après-midi, un père réunit les villageois. Il déclare, en portant la main sur la tête de son garçon qu'il veut qu'il devienne le chef du groupe des garçons de 14 à 16 ans qui seront intronisés. Cela annonce pour tous les parents concernés quelques semaines de préparatifs. La veille du jour choisi, les garçons ont le crâne rasé. Ils dansent ensuite sans harmonie car ils n'ont pas encore appris. Le village est en fête: il danse, chante, mange et boit. Le père qui a déclenché l'événement a choisi un « tueur » ou exécuteur qui a une fonction précise dans la suite de la cérémonie. Il se rend avec les parrains des garçons, à un ruisseau. Un barrage est construit. Pendant ce temps les mères préparent un dernier repas pour les garçons qui bientôt vont les quitter pour longtemps. Ils sont enlevés plus tard par les hommes dans les pleurs et les cris des femmes.
Ils sont entraînés en courant vers la piscine où ils sont précipités. Les parrains les saisissent, maintiennent leurs têtes renversées pour que l'eau arrive au niveau de la bouche. Le « tueur » attend à une extrémité tandis que des jeunes hommes frappent l'eau en rythme et en chantant. Les vagues recouvrent la tête des postulants. Les autres hommes massés sur les rives cachent la scène aux femmes. Le « tueur » apparaît agitant les poignées de 3 sagaies, la tête coiffée d'un grand chapeau. Il touche le ventre de chacun des postulants terrifiés avec le fer d'une petite sagaie; « les femmes pleurent et chantent la mort prochaine de leurs fils ». Après s'être éloigné, le « tueur » revient en brandissant une sagaie à fer long et large qu'il élève haut pour impressionner les femmes; son « bras se détend, le fer s'enfonce sous l'eau et semble se planter dans le ventre. Il le maintient ainsi quelques secondes et passe au garçon suivant ». Les initiés sont sortis de l'eau, traînés sur la berge, recouverts de peaux, de nattes, de feuillage. Portés par leurs parrains ils se dirigent vers le camp dans le silence, « les corps flottent au-dessus des herbes ». Les porteurs se débarrassent violemment de leurs charges qui se relèvent « hagards, une peu choqués ». Arrivés au camp, ils s’allongent, le « tueur » arrive pour faire l’incision rituelle sur le ventre avec un couteau. Elle représentera l’endroit où la sagaie a frappé. Plus tard, les garçons restent au camp où ils construiront une case.
Ce camp est séparé du village par un obstacle matériel (rivière en général). Il doit être isolé des lieux de passage et de travail.
La case où les initiés dorment sur les peaux et les nattes qui les emmaillotaient à l’intronisation est nue, sans mobilier. « Le dénuement est effectivement justifié par ce présent état qui se situe hors de l’humain, hors de la société; ils sont actuellement en état de gestation pour une nouvelle vie. » Elle se meublera au fur et à mesure de leurs progrès. L’apprentissage des premières semaines est « marqué par la discipline, l’obéissance ». Il a pour but de « faire de ces adolescents qui ont jusque là toujours été libres d’agir seuls et par eux-mêmes, des êtres sensibles aux nécessités d’une vie en communauté, capables de vivre ensemble, en groupe, sur un espace limité... ». Ils vont apprendre à vivre sur le milieu, à piéger des souris, puis deviendront chasseurs quand ils seront maîtres d’eux-mêmes, enfin agriculteurs.
« Le but est bien de faire de ces adolescents des hommes utiles à leur groupe social plus qu’à eux-mêmes». La discipline est stricte. Une nudité humiliante est imposée pendant 3-4 semaines. Ils doivent pleurer au commandement. Leur liberté est limitée au camp. L'entraînement aux danses commence, physique, répétitif. Ils apprennent aussi les aliments interdits et de leur père et de leurs parrains la langue LÂ?bi. Ils mémorisent des centaines de plantes et les chants qui accompagnent les danses. Le travail, les rites vont se succéder. La blessure, la mort ne font pas déroger à la règle.
18 mois ou plus après l'intronisation, un nouveau camp est installé, près du village, Le changement est l'occasion d'un festin pour les villageois. Ils saluent l'abandon de la brousse où leurs garçons ont vécu près de deux ans. Un cérémonial est respecté. Ils dansent pour tous, femmes comprises, dans une grande émotion publique. Ils peuvent quitter leur camp pour se faire admirer. Ce sont presque des hommes. Ils vivront une année en se préparant à un retour au village avec un statu nouveau. Ils dansent chaque jour d'une façon plus libre car ils sont devenus maîtres de leur art. La nourriture doit leur être apportée du village par les femmes et ils se vengent si elles oublient, manifestant leur volonté d'être respectés.
Ils représentent aussi un groupe « entièrement au service de la communauté. Ils effectuent les gros travaux. Leur vie d'adolescent libre s'achève; ils entrent en contact de cette façon avec les plus pénibles réalités de l'existence de leur société ».
Les rites se poursuivent encore plusieurs mois ponctuant l'éducation qui continue, associant toute la communauté à la progression vers la connaissance et la raison des jeunes hommes qui bientôt seront des hommes à part entière. Les cérémonies obéissent à une mise en scène issue de la tradition enrichie de symboles qui renforcent la cohésion du groupe.
Après avoir subi l'épreuve de l'eau au début de leur initiation, l'épreuve du feu concrétise leur renaissance en hommes. Dans cette dernière journée pleine de chants, de danses, de musique, après une dernière cérémonie de rachat du garçon par le père, ils regagnent le village, y subissent l'assaut des femmes qui les embrassent. La réadaptation dure plusieurs jours. L'un des initiés commence à construire une case personnelle car il ne peut séjourner en permanence dans la case maternelle. Les autres initiés l'imitent et bientôt chacun aura construit un nouveau toit où il accueillera sa femme.
Les filles ont droit aussi à une initiation qui accompagne leur passage à l'âge adulte. C'est le Bànà. Sa richesse est comparable à celle des garçons. Elle est décrite dans tous ses détails avec le même enthousiasme communicatif.
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09.02.2008
Premières phrases (suite)
1/ du gain du gros lot de l’Euro-million :
· Enfin je vais savoir si l’argent fait le bonheur !
· Comme tout change ! Avant, avec mon assurance-vie je valais plus mort que vif.
2/ de l’élection comme pape ou papesse :
· - Enfin je vais savoir si le Da Vinci code est apocryphe.
· - Maintenant que je suis infaillible, à moi l’Euro-million !
· Ça a été facile ? Je n’ai eu qu’à promettre aux cardinaux que la gourmandise, la luxure, la paresse, l’envie et l’orgueil ne seraient plus des péchés.
· Le Vatican, CastelGandolfo, la Sainte Chapelle, Saint Pierre, les puissants et la foule qui se prosternent. Tout ça c’est bien beau, ça fait plaisir. Mais ça fatigue et qui voudra encore faire une belote avec moi ?
3/ La fin du monde dans 15 minutes :
· Il n’y a qu’à moi que cela arrive, j’avais réservé deux fauteuils d’orchestre pour la semaine prochaine
· Le bonheur, moi qui commençais à désespérer, l’éternité dans 15 minutes !
· Dans 15 minutes il n’y aura plus d’affamés.
· Bien fait, c’était la seule façon d’en finir avec la faim dans le monde !
· PPDA à la télé : « une dépêche de l’AFP vient de tomber. Dans 15’ ce sera la fin du monde. On a juste le temps de passer les prévisions météo ».
· Le soldeur invétéré : « Dernière démarque avant fermeture définitive ».
· « Les dernières nouvelles d’Alsace », un journal qui justifie son titre.
· Finalement la dernière c’était bien la der des der !
· Je suis revenu de tout mais cette fois ce sera dur.
· La voyante : « Je prévois un grand bouleversement dans votre vie avec un voyage imprévu pour une destination inconnue.
· Le président, enfin fidèle à se promesses, prend des décisions courageuses et qui engagent l’avenir (avec effet immédiat) : « J’amnistie tous les condamnés, je libère tous les prévenus, j’offre la gratuité pour tout et pour tous. Je supprime les impôts, la dette, le Smic passe à 1 million d’euros, les militaires sont relevés de leur service, la guerre est interdite, le paradis est délocalisé sur terre, les trains partiront à l’heure, tous les carrefours deviendront des ronds-points ; effectivement est supprimé du vocabulaire. L’interdiction d’interdire sera inscrite dans la Constitution, etc., etc. ».
4/ une invitation à l’Élysée ;· S’il me propose un ministère, Je Re-fu-Se !
· Je connais, j’y suis déjà allé, il y a longtemps, à Montmartre, voir UBU-ROI.
5/ son élection à l’Académie française ;
· Méphisto, vous m’avez trompé. Dans notre pacte il ne s’agissait pas de cette immortalité-là !
· Et s’ils savaient que je ne sais pas employer le plus-que-parfait du subjonctif !
· La Jouvence de l’Abbé Souris ne m’avait rien fait. J’espère que l’air du Quai Conti sera plus efficace.
· Savoir que j’ai été choisi alors que des Sartre, Prévert, Aragon, Trenet, Simenon, San Antonio, Genet n’y ont pas eu droit, ça peut rendre fier, non ?
· Le fauteuil, l’habit vert, l’épée, le discours, le dictionnaire, la renommée, la particule en complément du nom… vous êtes jaloux, avouez !
· Je ne suis pas prétentieux, vous me connaissez ; mais, Prix Nobel, Grand Cordon de la légion d’honneur, Grand Maître du Grand-Orient, 1er de promo à l’ENA et à l’X, Sénateur à vie après avoir été ministre, maintenant immortel. Vous ne trouvez pas trop c’est trop ?
6/ une convocation chez Dieu le père :
· Dieu tout-puissant, vous voulez savoir pourquoi Jésus est allé voir Brutus en enfer ?
· Oui, je sais, j’ai frappé fort, mais aussi pourquoi il a tendu l’autre joue, votre Jésus ?
· Par égard pour un vieux comme moi, Vous auriez pu faire réparer l’ascenseur !
· Quelle ingratitude ! Moi qui, dans mes jurons, je glorifie votre bonté et injurie la licence, la luxure.
7/ qu’en application d’une pratique républicaine, Nicolas et Carla s’invitent chez vous ce soir…
· Bonsoir l’ambiance ! J’ai déjà invité pour le dîner Villepin et la fille de BHL.
· Il va enfin savoir comment on dîne chez un smicard. En apéro, ton vin d’épines pour elle ; un Ricard bien dilué pour lui. Puis un potage vermicelle de Liebig suivi d’une choucroute royale de Saupiquet. Pour le dessert j’hésite entre un entremets franco-russe et une pomme golden. Le tout arrosé d’une eau du robinet bien fraîche.
· Eux qui aiment la fête et les paillettes, je les emmène à la Foire du Trône. Un cornet de frites pour commencer, suivi d’une barbe à papa. On terminera par la Grande roue pour s’envoyer en l’air.
· Et pour les gorilles je prévois combien de bananes ?
· Crois-tu qu’ils voudront rester dormir aussi ?
19:35 Publié dans Histoires drôles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








