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31.03.2008
AU RAS DES PAQUERETTES
Une âme de midinette, le rêve éveillé de beaucoup. Attendre le Prince Charmant, lire l’horoscope du jour, croire la diseuse de bonne(s) aventure(s)…
Vivre avec des illusions c’est quand même plus excitant que de n’en avoir aucune. C’est sans doute pourquoi les croyants ont tant de mal à envisager des raisons qui les feraient réfléchir sur toutes les merveilles qu’on leur a racontées et que les incroyants n’ont, eux, de cesse d’essayer d’en trouver de bonnes qui les feraient douter.
Qu’est-ce qui est le plus facile, le plus utile : marcher en s’accrochant aux nuages ou en regardant où l’on met les pieds ?
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30.03.2008
BRÈVE
On se réveille pour échapper au cauchemar. On tombe dans le sommeil pour fuir le réel. Où aller ?
16:25 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
EAU COURANTE
Forte de ses sœurs, elle s’étoffe, se renforce, prend du volume et du corps. Pleine d’énergie, elle anime au passage des turbines qui vont éclairer les consciences et quelques réverbères.
Son eau claire l’est de moins en moins, troublée par les poissons qui y frétillent, les bouchons qui y trempent, le linge sale qui s’y lessive, les incontinents qui s’y baignent.
Moins pressée, elle prend ses aises, ralentit, se prélasse d’une berge à l’autre, reçoit les hommages de quelques affluents, s’embourbe ici et là avant d’accélérer au saut d’un barrage. Infatigable, intarissable, à peine affaiblie par quelques prélèvements obligatoires, elle suit sa pente naturelle, au rythme des péniches qu’elle accepte sur son dos, maintenant large. On ne voit plus son fond. Il reste bon, trop profond et encombré de mille choses qui ne devraient pas y être. De cristal de roche l’eau est devenue, vers sa fin dans l’estuaire, une purée de pois, une soupe à la grimace. Même les poissons n’en peuvent plus, ils partent à son fil, le ventre en l’air. Elle disparaît enfin, dans la mer, sa dernière demeure, s’y refait une santé avec l’espoir de renaître un jour, de monter au ciel pour, dans les nuages, un voyage au long cours qui, croit-elle, n’en finira jamais. La pauvre !
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29.03.2008
UN PAYS COMME ON N’EN FAIT PLUS
Lequel ? - Mais le nôtre ! - Mais pourquoi ? – Enfin, réveillez-vous, regardez, écoutez, lisez ! - Et vous voyez quoi ? - Vous, le visionnaire.
Je doute que ça vous intéresse, tellement vous êtes occupés à mieux faire. Mais enfin, essayons.
Les pays qui nous entourent ont accepté depuis longtemps la théorie de Darwin et croient à l’évolution des espèces. Ils ont assimilé l’idée que, pour survivre, il fallait s’adapter au monde qui change, ne pas être dépassés par des nouveaux arrivants qui chassent sur les mêmes terres, qui veulent acquérir des territoires dont on se croyait les maîtres. Ils savent qu’il faut vivre dans un environnement qui bouge. Des nouvelles idées, des nouvelles techniques, des nouveaux pouvoirs, des nouvelles perspectives bouleversent la tradition, les fortunes établies, les rentes viagères et de situation, les monopoles, les services publics, les emplois à vie, les emprunts d’État et pire que tout, les idées reçues.
Forts de cette évidence et animés par une volonté qui se forge dans la logique et la raison, ces peuples-là réforment leur État, remboursent leurs dettes, investissent dans le soleil, éduquent leurs enfants, innovent autant qu’ils le peuvent. Ils s’y essaient en tout cas. Certains réussissent, d’autres moins. Ils savent, en tout cas, ce qu’ils doivent faire et comment le faire. La droite comme la gauche, chez eux, ont compris qu’il n’y avait qu’un seul chemin possible et, même s’ils s’en défendent – mollement –, ils poussent dans le même sens.
La France, elle, se vautre dans une autre posture. Elle croit, adossée à une prétention bâtie sur 2000 ans d’une Histoire qu’elle pense exemplaire, unique et qui, l’ayant mise où elle s’imagine, c’est-à-dire au centre du Monde, qu’elle n’a pas de raison de changer.
La France, sans le savoir, a donc opté pour le créationnisme, ce joli conte poétique, piqué dans la Bible par des échappés de Ste. Anne. Fille aînée de l’Église, elle est un miracle de la nature, de la géographie et de l’Histoire. Une fois pour toutes réussie, la perfection lui suffit. Seuls les imparfaits, les idiots, les attardés, les insatisfaits, les esprits légers, les sans racines, les sans domicile fixe, les opportunistes doivent évoluer. Être opportuniste est, chez nous une injure et la France s’en défend au point, maintenant, de regarder un certain passé avec gourmandise et envie.
Démonstration :
La France de Monsieur le président Sarkozy est donc en train de retrouver sa place dans l’OTAN. Au moment où la menace russe sur l’Atlantique Nord a la magnitude que vous connaissez, il était urgent d’opérer un retour dans le passé et renouer avec une tradition de vassalisation, héritée des deux guerres. L’armée française – ou ce qu’il en reste – avait grand besoin, pour retrouver quelques moyens, de revenir dans le giron américain et son haut commandement, désespérait, sans doute, de ne plus être sous la férule d’un ancien de West Point. Le général John CRADDOCK (si, si, c’est son nom), commandant suprême de l’OTAN est le Maréchal qu’il nous fallait. Fontainebleau va retrouver certainement le SHAPE et son lustre d’antan et les forces d’occupation occuper à nouveau le terrain. Pour preuve de son allégeance, le chef de nos armées va bientôt envoyer une brigade légère se faire décimer en Afghanistan pour renforcer le moral des G.I.s’ au bord de la crise des nerfs. Encore un effort et notre gendarmerie bientôt rétablira l’ordre dans les faubourgs de Bagdad.
Notre défense internationale va être le catalyseur de la victoire des forces démocratiques sur les forces du mal qui se cachent dans des vallées interdites. Notre apport va être décisif. Notre connaissance du terrain depuis Kessel, notre science de la guérilla, l’expérience de notre élite guerrière dans les guerres perdues d’avance, vont trouver là un terrain d’exercice tellement propice que notre Top model président prévoit, devant le parlement britannique enthousiaste, une victoire certaine à échéance indéterminée. Il se situait manifestement dans une perspective de guerre de 30 ans voire de 100 ans, mais nos amis anglais et nous en avons l’habitude.
De toute façon un esprit décidé ne s’arrête pas à ce genre de détail. Ora pro nobis. Une fois effacé le souvenir d’une politique gaulliste aventurière et revenus à la raison d’un protecteur - tout étonné du retour de cette brebis égarée - le voyage dans le passé va pouvoir continuer sous une protection encore plus haut placée, je veux parler de la divine. La République était laïque, elle va devenir sacrée ; elle restera laïque aussi, enfin, s’il reste de la place. La religion est en effet une bien belle chose et qui n’en a pas est bien à plaindre, tel est le message présidentiel. La vie avec le RMI, le SMIC serait insupportable si la transcendance, la vie rêvée des anges n’existaient pas pour calmer les impatients, faire régner l’ordre et attendre des jours meilleurs. Cela a marché du temps de la royauté. Pourquoi pas aujourd’hui dans notre république monarchique ? Les églises sont prêtes à reprendre du service. Elles n’attendent même que ça, elles qui ne sont bonnes qu’à ça. Avec la lune ou le paradis comme appât, politiciens et religieux parlent le même langage. On sent qu’il y a du Constantin chez Sarkozy.
Vous me direz : les choses bougent. Il est faux de prétendre qu’il n’y a pas d’évolution. D’accord mais c’est pire car c’est une évolution à rebours. Au lieu d’avancer on recule. Au lieu d’accompagner le flux et même d’aller un peu plus vite pour garder une liberté de manœuvre, nous, on rame à contre-courant, on essaie de remonter le torrent, à la nage. Du jamais vu, du jamais fait. Toujours cette devise imbécile : « impossible n’est pas français ».
Notre classe politique est, comme vous le savez, un grand motif de satisfaction pour ceux qui ne l’aiment pas. Elle a, en effet, beaucoup pour déplaire.
Elle se forme dans une fabrique à tout faire, selon une technologie dépassée, avec des produits de mauvaise qualité. La seule qui doit être bonne est la mémoire et la récitation de ce qui a été appris par cœur. Une fois sur le marché public, elle sévit, plastronne, discoure, vote et prétend gouverner.
Ses idées, si l’on peut dire, car en réalité elle n’en a aucune, sont empruntées aux vieilles lunes. Elles ont - dans un temps que généralement on préfère oublier tant il contient de catastrophes, de guerres ou de préparations aux précédentes – été à la mode. Elles survivent à leur mort dans les esprits fatigués, encombrés de cette élite capable de tout pour elle et de rien pour nous. Aucun échec, aucun démenti par les faits, aucune mise en examen, aucun flagrant délit de mensonge, aucun retournement de veste, aucun scrupule ne l’atteint, ne la fait réfléchir, ne peut la faire partir, retourner à son néant naturel.
Ses représentants sont à droite ou à gauche selon des choix qui doivent tout au calcul. C’est ainsi que le politicien, s’il vient d’un milieu bourgeois, aisé, riche, nanti sera plus volontiers de gauche. Il y aura le délicieux frisson de trahir les siens à qui il doit tout. Rassurez-vous, il continuera de payer l’ISF et trahira tout aussi bien ses électeurs. On ne se refait pas même quand on croit au libre arbitre.
A droite, le parcours est le même, à l’inverse. S’il est fils de petits, de mal logés, de mal élevés il n’aura de cesse de prendre sa revanche, de grandir, de s’élever, de s’enrichir. Le RPR, l’UMP est fait pour lui. Une preuve que Darwin là encore avait raison.
Aux extrêmes la situation a tout pour séduire les suicidaires, les amnésiques. Les uns aspirent à refaire la révolution et, s’il le faut, à faire table rase du présent, façon Khmers rouges. Leurs vis-à-vis, de l’autre côté de la barricade veulent aussi en découdre. Pour ceux-là, Deat, Daudet et d’autres sont des grands-parents tout à fait présentables dont il convient de s’inspirer. Les croix de feu sont, pour eux, des croisés très modernes.
Je pourrais continuer à gémir sur notre vision de l’avenir, notre tendance à croire qu’il sera le modèle du passé, sur notre éducation nationale, ce grand corps malade et qui pourtant refuse tous les traitements. J’arrête là car on pourrait m’accuser de noircir le tableau. Si je suis déçu c’est que: tout laissait croire que le bateau allait tailler sa route au grand largue, à bonne allure, toutes voiles dehors et voilà qu’à peine amariné le capitaine – à la surprise générale et à la mer encore d’huile – est en train de faire machine arrière toute, mais les réservoirs sont à sec, le moral au plus bas et les mutins s’organisent. À la vigie, je sens tanguer la galère et ne suis pas rassuré, et vous ?
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09:05 Publié dans Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pays, nouvelles, France, OTAN, brigade, évolution, vigie
26.03.2008
CONVERSATION PRIVÉE
La conversation est un art délicat et qui, pour LIN Yutang obéit à des contraintes strictes. Un lieu agréable, un temps propice, des hôtes de choix et de vue agréable, des vins qui délient les langues.
L’autre soir les conditions étaient remplies ; des vieux amis, encore jeunes, une salle à manger confortable, à la bonne température. Le repas avait été consistant et léger, le Chinon bien chambré et de la bonne année. Tout était pour le mieux, la suite s’annonçait bien. Le débat fut lancé dès la dernière bouchée du dessert avalée. Une fois expédiées les inévitables nouvelles des enfants, des amis et qui heureusement pour tout le monde étaient bonnes, on en vint aux spectacles, le théâtre, ciné, concerts. Le sujet fut vite épuisé faute de munitions ou par honte d’en parler. Vint le temps des lectures, sujet inépuisable, moins risqué que celui de la politique intérieure et extérieure. On peut l’aborder l’âme sereine. Par principe et pour ne pas nous répéter, je commence toujours par ordre alphabétique. Antoine de St Exupéry occupa peu de temps. Aucun inédit n’avait été découvert. L’aviateur allemand qui avait abattu son P-38 Lightning le 31 juillet 44 en Méditerranée venait de se faire connaître. Il ignorait le nom du pilote de l’avion quand il était en train de l’effacer de la carte du ciel. « Si j'avais su que c'était Saint-Exupéry, l'un de mes auteurs préférés, je ne l'aurais pas abattu ». Il y avait peu à dire, si ce n’est une minute de silence à la mémoire du grand prince.
Je faillis enchaîner sur Ambrose Bierce et son Dictionnaire du Diable que je venais d’exhumer et dont j’avais quelques horreurs en mémoire. Du genre « la vieillesse : prolongation peu commune de la crainte de la mort ». J’allais les lancer à la cantonade, sûr du succès, quand je me rappelai que notre ami préférait Dieu au Diable. Étant l’hôte, je ne pouvais décemment heurter mon invité de la sorte. J’escamotai Bierce avant de faire l’impair. Dans le C, Cioran était incontournable. Patatras, à peine je lançai le débat sur les Syllogismes de l’Amertume, un joyeux livre, plein de pensées revigorantes, du genre : « Chaque jour est un Rubicon où j’aspire à me noyer » ; « S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach c’est bien Dieu » ; « La tristesse, un appétit qu’aucun malheur ne rassasie », que la femme de mon ami explosa : « Cioran, ne m’en parle pas. L’horreur à l’état pur. Il n’aime rien ni personne. Toute une carrière littéraire à s’ausculter le nombril, à n’en sortir que de la bile. Il a fait commerce de son suicide sans jamais passer à l’acte, acharné qu’il était à nous déprimer ». Mon grand homme rapetissait à grande vitesse. Je tentais de le défendre : « Oui, mais il est mort comme il n’aurait pas aimé, dans son lit ». L’idée de ne plus en entendre parler la réconcilia d’un coup avec le génial grincheux et la conversation reprit, apaisée, tranquille sur des sujets moins fâcheux, du moins je le croyais.
Je lançais mes provocations habituelles dans l’espoir de réfutations imparables, la décadence de la France, de l’Europe, la prévention, ce boomerang impossible, les enfants, ces bien-aimés si mal élevés, les papesses, les palais épiscopaux, etc. as usual, dit-on au Nord, como de costumbre au-delà de Rio Grande, la réaction ne me déçut pas. De la lumière sur une plaque sensible. Un peu de Chirac sur du Sarko, de l’eau sur le feu, de l’alcool sur la plaie, le poil se hérisse, la bouche devient sèche, la pupille se rétrécit, l’adrénaline se déverse, le ton monte, la défense s’organise, la contre-attaque est déclenchée avant même que l’arme soit fourbie. Le débat se conclut dans la confusion générale, un brouhaha qui réveilla Titine. Thor, sorti brutalement d’un rêve, aboya par réflexe ; Trice lui sauta à la gorge pour le faire taire et ne pas réveiller sa maîtresse qui s’était assoupie, profitant d’un instant de silence ; moi qui reprenais mon souffle, eux qui unissaient leurs forces.
Ce fut une conversation comme je les aime, franche, ouverte, un vrai dialogue, façon monologue mais qui fait réfléchir et rêver à d’autres.
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22:20 Publié dans Débats | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Conversation, conditions, Cioran, provocations, monologue
21.03.2008
CONSEIL À UN AMI MÉDECIN
Ce matin, un coup de fil, un ami de 30 ans : « Je dois te voir ». « Viens quand tu veux ». Le temps d’arriver, il est là. Je le reconnais à peine : Pâle, amaigri, défait, il n’est plus le jovial gai luron de toujours, un Prozac ambulant.
Avant même le bonjour, le cordial s’imposait. On the rocks, as usual. J’enchaîne par un : « Que se passe-t-il ? »
Ø « Ah, si tu savais ! la cata. Je suis en train de craquer. J’y arrive plus avec ce qu’ils nous font ».
Ø « Explique ».
Ø « Depuis les campagnes d’interdiction de tout : le sel, le sucre, le gras, la vitesse, le ceci, le cela et maintenant le tabac, on y est, l’impossible - qui l’eût crut ? - n’est plus français. LES GENS SONT DEVENUS RAI-SON-NA-BLES ! Du jamais vu ! Ils ne salent plus ou à peine, avec le dos de la cuillère. ils mangent peu et crétois autant dire prunes et clopinettes. Ils ne fument plus, ils roulent au pas et font de la bicyclette. Et, tiens-toi bien, ils ont remplacé le St Émilion par la Ste Yorre !
Sous prétexte de sauver leurs poumons, leurs artères, leur cœur, leur foie et le reste, ils nous mettent sur la paille. Ma clientèle a chuté des 2/3 et le tiers restant est en train de guérir ».
Je le ressers pour lui redonner un peu de courage. Il en a bien besoin, le pauvre, pour continuer.
Ø « Adieu les beaux cancers du poumon ! C’est trois années de revenus qui s’envolent en fumée.
Adieu les artérites ! Au moins 15 ans de survie, 1 visite tous les trois mois. Tout le monde était content et une saison à Royat pour le fun et le gaz.
Ne parlons pas de l’hypertension, elle entre dans la légende.
Tu ne me croiras pas, mais pas une cirrhose depuis six mois !
L’obésité recule puisqu’ils mangent presque plus. Les 3 Mac Do du coin, le King Burger et la Pizza Hutt viennent de fermer, lessivés. Des restos bio-végétariens ont pris leur place.
Conséquence fâcheuse, le diabète se fait rare. Et le diabète c’était ma serviette et mon couvert quotidien chez le 3 étoiles que tu connais. J’y avais mes aises. Lui aussi peut se faire du souci. Le diabète c’est facile à traiter. « Mangez moins ! » Mais heureusement ils n’obéissaient pas. 2-3 comprimés ou une petite piqûre et on n’en parlait plus jusqu’à la prochaine visite : contrôle et bilan. Puis, et ça rend nostalgique, venait le beau temps des complications et il y a en avait, de quoi t’occuper à plein temps !
C’était la belle époque, tout ça c’est fini. Je ne sais plus comment faire. J’ai déjà supprimé Lola, ma maîtresse, tu l’as connue. Je ne pouvais plus assurer (un soupir, un regard lointain) son train de vie ».
Là, je compatis. Je connaissais Lola, la seule faiblesse de mon ami, une Lolita avec de la classe.
Mais il s’était repris.
Ø « J’abandonne la voiture pour les visites. Il y en a si peu ! Je me suis mis au vélib.
Pour mon petit dernier, l’orphelinat peut-être.
Qu’est-ce que je vais devenir ? Je viens te voir parce que t’es de bon conseil ».
J’avoue être éberlué. J’avais quitté la profession depuis longtemps et me doutais de rien.
Ø « Est-ce un cas isolé ? »
Ø « Mais non, c’est général ou presque. Les dermato, les psy, enfin ceux qui sont dans les marges, qui ne font pas dans le corps-à-corps s’en tirent bien. Les spécialistes trinquent aussi. Imagine un pneumo sans cancer du poumon, un cardio sans infarctus, sans hypertension, un ORL sans cancer du larynx, un hépatologue sans cirrhose, un diabétologue sans diabète, un nutritionniste sans obèses. Même les orthopédistes sont sur les genoux : plus d’accidents de la route, plus d’os à souder.
Les conséquences sont graves. Beaucoup de confrères abandonnent. C’est le burn out. Ils retournent à la terre ».
Ø « Tu veux dire une reconversion ? »
Ø « Non, celle du cimetière, dessous. Les survivants se mobilisent, organisent des manifs, bloquent les péages, se tournent vers les trotskistes. Ils veulent faire front commun avec les buralistes. Mais il y en a bien d’autres qui ont le même problème. Faute d’accidents, les mécanos n’ont plus de bagnoles à réparer et le marché de l’auto s’effondre ; les assureurs n’ont plus d’assurance sur la mort à placer : les charcutiers, les pâtissiers ne tiendront pas longtemps. Même les paludiers de Guérande sont à marée basse.
Peut-être que si on se serre les coudes on va réussir à obliger le gouvernement à reculer pour qu’on en revienne aux bonnes vieilles habitudes. Celles qui permettaient à tout le monde de vivre. Tous les morts, les blessés, les malades, ça occupait des gens ! Le chômage était au plus bas. Je vais te dire : le pays avait meilleur moral. Les Français sont des gens sérieux. Ils vont comprendre où est leur intérêt. J’ai bon espoir dans ce gouvernement. Ce sont des sages. Ils aiment les bonnes réformes ».
Mon ami s’était redressé. Il avait repris des forces et des couleurs en rêvant à cet avenir radieux dont il se convainquait en même temps qu’il parlait. Je le sentais prêt à continuer et
Ø « Certainement tu as raison, mais dis-moi, c’est le triomphe de la prévention, ce vieux rêve, cette grande idée : prévenir plutôt que soigner sans être sûrs de guérir ».
Ø « Parlons-en, une fausse bonne idée ! J’y croyais moi aussi et m’y activais comme les autres, mollement pour pas brusquer, pas traumatiser. On faisait du politiquement correct. Faut dire qu’on ne montrait pas trop l’exemple. Les médecins fumaient presque tous et, question alcool, on était mal placés pour modérer. Enfin, on en parlait, ça assaisonnait un peu le discours. Et puis c’est toujours agréable de culpabiliser un peu. Un médecin est un confesseur et, sans punition, il y a comme un manque.
On n’avait pas pensé aux conséquences. Elles sont terribles. A côté nos petits problèmes ce n’est rien.
La longévité fait un bond. 10 ans de gagnés d’un coup. Les pompes funèbres sont aux abois. La plupart à l’agonie, les mieux équipées font dans l’irrigation. La moyenne d’âge approche les100 ans. On va bientôt les dépasser. Les retraites ne seront plus payées, faute de liquidité. Tout le PIB y passera. Il va falloir travailler jusqu’au bout, Alzheimer ou pas. Les jeunes n’ayant plus de places à prendre vont émigrer ailleurs.
Tu imagines la situation : des vieux pour s’occuper de vieux. Le cauchemar. Et de quoi parler ? C’est peut-être un détail mais pas sans importance. La maladie, la santé, si possible mauvaise, était le sujet de conversation habituel, même le seul pour les plus de 70 ans avec « Questions pour un champion ». Plus de malades c’est aussi plus de visite chez le médecin à qui on raconte ses petites misères, ses petites peurs. A qui se confier ? Y a plus de curé. La maladie, même petite, c’était aussi la certitude d’être pris en charge, d’être considéré avec respect par tous les métiers de la santé : de la guichetière de la Sécu à l’aide ambulancier en passant par le portier de l’hôpital. Tout ce monde était au garde-à-vous devant le malade car il vivait de sa bronchite, de son ulcère, de son cancer. Je ne parlerai pas, par discrétion, des privautés que mesdames et messieurs les médecins, les infirmières et même les aides-soignantes avaient le devoir d’exécuter, que cela leur plaise ou pas.
Non, la nature en inventant la maladie savait ce qu’elle faisait ! Comme toujours on a tout faux. En voulant bien faire on a tout bouleversé et on se retrouve dans le caca. Moi, dès maintenant, le pire est à venir ».
Que dire devant un tel tableau ? L’impression d’être devant celui de la Méduse.
Ø « Une dernière question : comment ce miracle a-t-il été possible ? Des décennies sans résultat, la prévention, de mon temps, on en parlait, par habitude, comme une tarte à la crème. On se gardait bien de passer aux actes ».
Ø « Tout arrive, même le pire. Un jour, un politique a décidé de faire son métier, de tenir ses promesses, du jamais vu. Comme s’il avait pas mieux à faire : des discours, des inaugurations, des voyages, des nominations, des commissions. En fait il a sous-traité le problème à ceux qui savent te vendre un truc qui sert à rien, une voiture qui marche à 300 à l’heure, une lessive qui lave plus blanc que le blanc, qui font d’un navet un chef-d’œuvre, d’un ripoux un honnête homme et transforment le dernier des politicards en Jeanne d’Arc. Les pubarts sont pas des tocards. Ils ont investi là où ça marche, à la télé. De la méthode Coué, on est passés à la méthode Cauet. Avec le label « Vu à la télévision », tout se vend et bien, même la prévention. Des spots à toutes les sauces, des slogans séguelesques, des clips d’enfer, un martèlement sur et subliminal et l’affaire était dans le sac.
Pour faire dans l’éthique et le commerce équitable, un petit intéressement est venu donner de la respectabilité et de la responsabilité au process. Grâce à un petit kit que tu branches sur le bon site, on enregistre 1 fois par jour ton taux d’alcoolémie, d’oxyde de carbone, ta glycémie, ton cholestérol, ta tension et si t’es dans les normes, tu reçois une petite récompense, pas négligeable et qui a été appréciée. Le résultat a été celui que je t’ai décrit : PHÉNOMÉNAL. Il n’y a que les ermites comme toi qui ne sont pas au courant ».
Piqué au vif par sa critique implicite, je me rebiquais, vexé.
Ø « Tu me prends au dépourvu. Laisse-moi réfléchir ».
Trois secondes d’intense silence.
Ø « Le plus simple, mais pas forcément le plus sûr, est que tu passes à la gérontologie. Mais là aussi il va y avoir pléthore. Et puis, à partir d’un certain âge, c’est surtout de brancardiers qu’on va avoir besoin. La meilleure solution, à y bien réfléchir, ce serait de revenir aux fondamentaux, à la grande tradition, au théâtre classique. Souviens-toi qui a dit « le bien portant est un malade qui s’ignore ». Rappelle-toi « le Malade Imaginaire », Molière. Voilà un marché porteur, qui ne demande qu’à renaître. Il t’attend, tu lui rendras service. Il a besoin d’hommes comme toi. Des bons cliniciens qui ne sont pas dupes de l’apparence, qui savent parler au-delà des maux.
Tu as toujours été un peu comédien, le métier l’exige. Force donc un peu ta nature, fais un stage chez Cochet pour poser ta voix. Apprend le texte de Knock, mets-y de la conviction. Avec ton talent, en 8 jours ta salle (d’attente) joue à guichets fermés ».
Je le voyais dans ce rôle, mieux que Jouvet, que Luchini, il le tenait, c’était celui de sa vie, de sa survie, une renaissance même.
J’ai eu du mal à terminer. Je me voyais déjà dans mon fauteuil d’orchestre en train de l’applaudir à m’écorcher les paumes, lui, envoyant au lit et à la diète tous les bienheureux trop contents d‘être traités comme ils se sentaient, des malheureux.
Il m’avait écouté avec attention car il était venu pour ça. Mais il ne s’attendait pas à une telle suggestion. D’abord interdit, presque choqué, il resta silencieux avant d’exploser :
Ø « Mais bien sûr ! Il faut passer d’une médecine en décomposition à une médecine de composition, toute en subtilité, en persuasion, en connivence, mais avec de la componction, de l’assurance, de la fermeté et même de la rigueur.
C’est, pour moi qui ai toujours rêvé des planches, un rôle à ma mesure ».
Je passe sur la suite. Ses effusions, ses remerciements. Je l’avais sauvé du déshonneur, de la faillite, de la famine. Il allait récupérer Lola, retirer son petit dernier de la famille d’accueil, abandonner le vélo trop dangereux. Il revivait, rayonnait, retrouvait ses couleurs, rajeunissait, une nouvelle vie allait commencer, etc.
Je n’avais fait, comme d’habitude, que mon devoir. Il faut s’aider, entre amis de 30 ans.
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12:10 Publié dans Humour noir | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : ami, médecin, sel, sucre, tabac, prévention, télévision
20.03.2008
ASSEZ CASSÉ SUR LUI, LE VRAI SEL DE LA VIE
Il faut y remédier.
Il m’a beaucoup donné, je lui ai rien rendu.
Je le chanterai donc, je serai son hérault.
Ce n’est pas difficile, il n’a que des vertus.
Bon pour tous et à tout, il n’a pas de défauts.
Il rend heureux l’enfant, fait rire le grincheux.
Nature ou transformé, il est chez lui chez eux.
Parce qu’il s’offre à chacun et se refuse à rien.
On lui reproche tout : la carie, le diabète.
Méprisé, calomnié, on le met à la diète.
Lui, le doux, le tendre, roi du suave et du bien.
Trop présent, trop utile, il a des ennemis.
Au banc des accusés, je serai son ami.
Le mot, d’abord, est beau. La bouche en cul de poule, il se susurre, se suçote, se clôt en un petit bruit incongru, délicieux, un léger crachotis, discret, réservé, presque avalé aussitôt dit.
Il faut le comparer, pour l’apprécier à sa juste saveur, aux autres ingrédients. Difficile d’en parler puisque tout les oppose. Leur rôle est secondaire. Ils ne sont tolérables qu’à peine discernables.
Ne les accablons pas, ils sont ce qu’ils peuvent être : des releveurs de goût, des béquilles pour cul de jatte. Ils suffisent à certains qui en mettent partout. Un seul retient l’attention : le sel. Qu’il soit fin, qu’il soit gros, il veut la première place. On le trouve partout : sur la table, dans la mer, dans les plats, sur la route. Vil flatteur, il cumule les vices. Son adjectif repousse : sale et laid. Mis à toutes les sauces, il encombre le corps, retient l’eau, fait monter la tension, œdème le poumon, gonfle la jambe. Faute de pouvoir faire mieux, il raccourcit la vie. Il triomphe dans ce qui lui ressemble. Rien qu’à les nommer, on voit qu’ils sont vulgaires: andouille, boudin, cervelas, cornichon, bifteck, mortadelle, pot-au-feu, saucisse, saucisson, etc.
Les syllabes s’enchaînent avec effort, dans des consonances rugueuses. Tout ça est dégoûtant et seule une faim de loup, une boulimie aveugle expliquent leur succès, ce manque de goût. La satiété qu’ils donnent est indigeste, satisfait seulement qui boit sans soif, mastique par habitude, avale par réflexe, digère sans paix.
Le sucre est à lui seul une belle compagnie. Il se suffirait à lui-même, si, bon compagnon de route, il n’aimait la farine, le beurre, l’oeuf, l’amande, etc.
Il est au cœur de tant de beauté, de bonté que tous ses dérivés donnent le même bonheur à la voix, à la langue : bonbon, berlingot, nougat, praline, sucette, sucre d’orge, loukoum, confiture, miel.
Bonne pâte, il veut bien tout, s’apprête comme l’on veut: en pain, en morceaux, en poudre, en cristal, en glace, en sirop il se moule à la forme. Il se cuit, au petit cassé, au grand boulet. Si l’on insiste, il devient caramel, se filamente en cheveux d’ange, se fait nuage en barbe à papa.
Liquide, il coule mieux qu’une source, en douceur, en suaveur.
Sodas, sirop d’orgeat, sauternes, Loupiac, Cadillac, Bonnezeau. Il est l’âme du nectar, le saint esprit d’Yquem, le moelleux du champagne. Il humanise la citronnade ; de bulles il fait une limonade.
Sans lui, pas de gâteaux et pas de pâtissier, ce bienfaiteur par qui l’extase s’invite à table, dans la bouche.
Un dessert réussi fait oublier une entrée ratée, un rôti brûlé, un vin bouchonné, une matinée pluvieuse, un ongle incarné, un crack boursier. Il récompense de tout, fait oublier la vie, la mort.
Un autre jour, si vous êtes sages, je vous parlerai d’un repas de gâteaux, une expérience à faire, un sommet à atteindre.
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18.03.2008
REQUIEM
Je suis triste. Je viens de perdre un ami de 5 ans. On s’était rencontrés devant la porte d’un bistrot. Lui, très gentleman : « Passez, je vous prie ». Moi, vieille France : « J’en ferai rien, vous étiez le premier ». Après 5 minutes de tergiversations, poussés par la queue, on était entrés et trinquions comme de vieux copains. Un petit blanc sec pour l’un, une pression pour l’autre.
Il m’avait impressionné. Douillet, à côté, était un gringalet. On était fait pour s’entendre. Lui, le haut parleur, moi, l’écouteur. L’organe ne déparait pas la carcasse. Il tonitruait. Les cristaux tremblaient, en limite de rupture. Le cercle s’ouvrait autour de lui, à distance respectueuse, car il postillonnait, le bougre.
On se voyait de temps en temps, au hasard d’une petite soif, accolés au même comptoir. Ses brèves étaient longues. Son discours avait du rythme. Il était syncopé par la cadence infernale de ses clopes. Il fumait autant qu’une loco de la bataille du rail.
« Tu devrais arrêter », je lui disais, « Deux paquets c’est trop, tu te fais du mal ».
« Mais j’arrête quand je veux. Je passe mon temps à ça, entre deux bouffées » et il éclatait de rire.
Un autre jour : « Tu t’essouffles pour un rien ». « C’est pas vrai, et je prouve ». Il prend une allumette, l’allume, la tient devant lui, à 50 cm et l’éteint d’un coup, d’un grand jet de salive.
C’était ça Jojo, mon ami de 5 ans, un délicat. Le loufiat n’eut qu’à passer la serpillière pour laver l’extinction de la flamme.
Il eut tendance, avec le temps, à s’élargir, s’épaissir, à s’arrondir. Pas faute pourtant de s’activer. Il cumulait : les mois en R il ouvrait les huîtres dont il suivait les bancs ; à la saison humide il décoquillait les escargots de Bourgogne de Moldavie.
L’après-midi il tirait sur les boules. On l’appelait le pulvérisateur sur les terrains de pétanque. Il y semait la terreur. Il fallait combler les trous et prévoir des rechanges. Il faisait équipe avec un malabar des îles, une pointure. Le 3ème, un ancien serveur, jouait les troisièmes couteaux. Préposé aux rafraîchissements, il pourvoyait en carburant : Soda-Coca-Rhum, Picon-Fraise et, pour saluer les victoires, un Saké pousse-pousse au crime, une spécialité underground de la Chinatown de la Place d’Italie.
Cette vie de légende se termina avant la fin, forcément sublime. On me raconta la scène. Il allumait sa 33ème spéciale extra, un mélange fait maison de gitane, caporal et tabac à chiquer. L’allumette bien en main. Le geste souple, l’élégance d’une caresse, il frotte, un effleurement. Rien, pas même une étincelle. Il insiste, s’énerve, appuie. L’effort de trop. Le bois casse mais, surtout, le cœur lâche. Il explose. Exit Jojo, mon ami de 5 ans. On avait beau lui dire : « Prends un briquet, c’est moins fatiguant ». Têtu, il répondait : « C’est pas pour nous, les hommes ».
Sa veuve va mieux, merci. Elle redevient joyeuse. Un bon ami de lui s’occupe d’elle. Elle fait un procès à la boîte d’allumettes, rupture abusive du contrat de confiance. L’avocat est confiant. Il est au pourcentage.
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15.03.2008
ET PASSE LA LÉGENDE
Les racontars, dans la conversation courante, n’ont pas bonne presse. Ils sont vite ramenés à leur juste valeur : des bobards, à consommer entre jobards.
Certains ont la vie dure. Ils séduisent et leur pouvoir se renforce au fil des siècles. Ils deviennent des légendes. D’autres réussissent encore mieux. De bouche à oreille, de mémoire à souvenir, d’histoire de famille à paroles d’évangile, la rumeur devient réalité et entre dans l’Histoire. Elle continue de grandir, de s’enrichir des délires des uns et des autres. Le succès est inouï ; les réfractaires, les sceptiques, les impies, les déviants, sont pourchassés, persécutés, éliminés. Rien ni personne ne doit déparer la belle cathédrale à la gloire du grand tout.
Les siècles passent le soufflé retombe. L’inquisition n’a plus de cartouche à brûler. La fureur se calme, la fumée s’estompe. La raison l’emporte, le miracle devient mirage… L’humanité reprend pied sur terre, elle peut recommencer à rêver des étoiles.
11:15 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Racontars, bobards, jobards, légendes, terre, étoiles
13.03.2008
LENDEMAIN DE FÊTE ÉLECTORALE
Quoi ? J’apprends, stupeur et tremblements , comme a dit Amélie,
que la foule incrédule a retoqué ta liste.
L’ultime place, celle du bronze, de l’honneur.
Tout est perdu sauf lui et c’est le principal.
Je comprends la tristesse de celui qui se voyait déjà
au sommet de l’échelle, au dôme du Puy.
Ses fidèles lieutenants, serviteurs zélés, conseillers avisés,
orateurs admirés, ils ont brillé sur les tréteaux, sous les préaux,
brûlé les planches, enflammé l’auditoire.
Ils rentrent dans la coulisse, dans les confins, dans l’ombre du grand deuil,
dans la paix du ménage, le devoir conjugal.
Ce n’est pas rien, ce n’est pas tout.
Il faut songer aux lendemains qui chantent.
Persévérer. Les vaincus d’aujourd’hui sont, demain, les vainqueurs ;
Voyez les grands témoins : Henri IV, Mitterrand, Chirac hier, Royal, Bayrou demain.
Le temps travaille pour vous, faites-en votre ami.
Changez de stratégie et aussi de tactique.
Au tir de mortier plutôt le corps-à-corps
Des moyens détournés je recommande l’emploi :
action psychologique, cinquième colonne, révélations infâmes,
snipers, agents doubles, triples, bombes antipersonnel.
Tout est bon pour gagner, il suffit d’y penser.
Stoïques dans la tempête, ébranlés, non couchés, vous maintenez. Bravo !
L’espoir pourrait renaître si, n’ayant rien à perdre,
Vous lanciez, intrépides, une offensive éclair,
de celles qui changent la face, retournent une crêpe,
et transforment la défense en attaque.
Je propose ceci : passez du rouge au vert ;
au lieu de promesses intenables, osez le gros mensonge :
plutôt que des trottoirs plus larges, des hivers moins frileux,
des impôts allégés, des étés moins pluvieux,
des parkings libérés, des guichets accueillants,
des opérations vérité, des portes ouvertes.
Offrez la lune aux rêveurs, Vénus aux amoureux,
Mars aux militaires, aux conquérants de l’utile et de l’inutile.
À ceux qui ne veulent rien ou qui ont presque tout,
faites-leur miroiter un trou noir du côté d’Andromède,
isolé, désolé, il les inspirera, ils y seront heureux, dans le calme, le repos, le néant.
Si l’appât est trop gros, l’hameçon trop visible,
le poisson trop rétif, l’important n’est pas là.
La posture a l’allure qui entre dans l’Histoire.
On dira Pourrat à Royat comme Vercingétorix à Alésia,
comme Bona à Arcole, Roland à Roncevaux,
il aura résisté, sans céder aux sirènes, aux enchères.
Il est fait de ce bois qui fait les bonnes charpentes.
On dira : il n’était pas à vendre, c’était pas un pourri,
il va permettre l’alternance, c’est le bon choix, c’est la sagesse.
Il est bon que la gauche à la droite succède et le vice au versa.
Avant même d’avancer t’avais pris du recul.
Du bien au rien, la distance est infime et le pas ridicule.
Il t’en coûtera peu. Tu as appris beaucoup.
Après la fête, la défaite et enfin la retraite.
Le cycle est vertueux. Au club sois bienvenu!
10:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








