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25.06.2008

Cancer et compagnie

Le cancer est un minotaure qui tue de plus en plus. Sandro avait, le 28 janvier dernier, dans un article intitulé « Le crabe aux pinces d’or », montré avec clarté et colère l’ampleur de l’hécatombe, l’augmentation apparemment irréversible et, en face, gesticulation, arrogance et impuissance. Quelques chiffres : en 1980 160.000 cas, 278.000 en 2000. On en guérit beaucoup mais on en meurt de plus en plus : 124.000 décès en 1980, 152.500 en 2003. Les statistiques nous disent aussi qu’entre 35 et 64 ans c’est (et de loin) la maladie la plus mortelle.

Le problème est trop grave pour ne pas en parler dès que l’occasion en est donnée. Une étude parue le 26 mars 2008 - la presse en a un peu parlé - mérite d’être commentée. Coordonnée par PAN-Europe (Pesticides Action Network Europe), soutenue par le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures), elle était intitulée « Message dans une bouteille » avec, en sous-titre « Étude sur la présence de résidus de pesticides dans le vin ». 40 bouteilles de vin rouge ont été analysées en provenance de France et de 7 autres pays. 34 étaient issues de l’agriculture intensive, 6 d’agriculture biologique. 100 % des vins conventionnels étaient contaminés avec, en moyenne, 4 résidus de pesticides différents, les plus contaminés contenaient jusqu’à 10 pesticides. Le niveau de contamination est résumé par ce chiffre : 5.800 fois plus élevée que pour l’eau potable. Les vins biologiques analysés ne renferment pas de résidus de pesticides à l’exception d’un échantillon de Bourgogne dans lequel on a trouvé des quantités faibles d’un produit. Cela est expliqué par les dérives des pulvérisations en provenance des parcelles voisines. L’échantillon était petit mais il ne faisait que confirmer d’autres enquêtes.

Cette présence massive de pesticides dans le vin est due à leur utilisation intensive par les viticulteurs : 20% des pesticides utilisés le sont sur les 3% de la surface agricole consacrée à la vigne.

L’étude rappelle la publication par la Commission européenne (octobre 2007) d’une analyse qui montrait une contamination globale de la chaîne alimentaire européenne. Sur 62. 000 produits alimentaires, plus de 349 pesticides différents ont été détectés : 41 % contenaient des pesticides, 4,7 % en contenaient à des doses supérieures aux limites légales. Les fruits, légumes et céréales représentaient 92 % des échantillons.

Chaque année plus de 220.000 tonnes de pesticides sont épandues en Europe :

-         108.000 tonnes de fongicides,

-         84.000 tonnes d’herbicides,

-         21.000 d’insecticides,

-         7.000 de régulateurs de croissance.

Cela représente 500 grammes de substances actives pour chaque homme, femme et enfant vivant dans l’Union européenne.

La France est le premier utilisateur de pesticides en Europe avec plus de 100.000 tonnes annuelles.

Reprenons les termes de l’équation :

-         d’un côté, nous avons une progression des cancers avec de plus en plus de cas, de plus en plus de morts ;

-         de l’autre côté nous avons une progression de l’utilisation par l’agriculture classique des pesticides (appelés désormais produits phytosanitaires pour tromper le public car ils ne doivent rien aux plantes – phyto en grec – et leurs effets secondaires redoutables leur enlèvent toute action sanitaire – du latin sanitas : santé).

La quantité utilisée double tous les 10 ans depuis 1940. Nous en consommons en buvant du vin, en mangeant des fraises, des pommes, des poires, des légumes, etc.

Les chiffres globaux des uns et des autres ont été donnés. Pour enfoncer le clou, prenons l’exemple du cancer colorectal, une localisation en plein essor.

-         en 1970 : 7.000 morts

-         en 2006 : 17.000 morts et 38.000 nouveaux cas.

Ces 10.000 morts de plus ne doivent pas faire ignorer qu’en 37 ans le dépistage et le traitement se sont beaucoup améliorés. Beaucoup de polypes colorectaux qui se seraient cancérisés ont été dépistés et éliminés à l’occasion des coloscopies devenues des examens de routine. Tous ces polypes, cancers en puissance, n’entrent pas dans les statistiques des cancers colorectaux et des états précancéreux.

Je n’ai lu, dans aucune publication médicale, dans aucun compte-rendu de congrès de gastro-entérologie, qu’une corrélation mériterait peut-être d’être faite entre cette progression des cancers colorectaux et la consommation des pesticides au travers de nos trois repas quotidiens. Le monde médical feint d’ignorer que :

1.- les pesticides peuvent être neurotoxiques, toxiques pour le développement embryonnaire, perturbateurs endocriniens mais aussi cancérigènes ;

2.- que ces affirmations ne sont pas des élucubrations de rêveurs écologiques, d’utopistes farfelus mais des substances classées en tant que telles par l’Union européenne  ou le ministère de l’agriculture : procymidone, iprodione, manèbe, captan, iprovalicarb, oxadixyl, vinclozolin, pyrimethanil, entre autres.

Une question se pose : Comment un produit actif sur une cellule vivante au point d’avoir la capacité de la détruire, pourrait-il être inoffensif sur un autre cellule vivant à ses côtés ? Un globule blanc de notre sang, une cellule de l’épithélium de notre côlon soumis durant des décennies au contact avec le produit qui tue le mildiou, le parasite du maïs, le doryphore, la cochenille, etc. n’auraient aucune raison de s’en plaindre ? Par quel miracle, au nom de la sélectivité, d’une dose-seuil, d’une sensibilité particulière, d’une grâce d’état ? Cela ne peut-il pas induire une souffrance, une transformation, une mutation, une prolifération ? Le risque radioactif lié aux déchets nucléaires est reconnu mais celui des pesticides est refusé par les mêmes instances alors qu’ils sont, eux aussi, rémanents, cumulatifs, actifs à petites doses et que les organes en développement y sont particulièrement sensibles (foetus, enfant) ?

Fort de ce constant, de ces évidences, on est tenté de dire et même de crier :

-         si on veut diminuer la progression des cancers en tout genre, il conviendrait d’arrêter la progression de la production et de l’utilisation des pesticides cancérigènes dans l’agriculture et, en poussant encore plus loin le raisonnement, on pourrait aller jusqu’à proposer :

-         d’arrêter de consommer, dès maintenant, les produits cancérigènes que l’on trouve dans nos assiettes, dans nos verres chaque fois que nous nous mettons à table, que nous croquons une pomme, mangeons une fraise, buvons un verre, etc.  

Ce raisonnement primaire n’est pourtant pas retenu. Le discours officiel est différent. Il est bien représenté en France par le rapport des Académies des Sciences et de Médecine rédigé avec le Centre International de recherche sur le cancer (13 septembre 2007). On y apprend que le tabac est la première cause des décès masculins par cancer (33,5%) en 2000.L’alcool vient en 2ème ligne avec 9,4% des décès par cancer chez l’homme. Le rôle de l’excès de poids et de l’insuffisance de l’exercice physique est aussi quantifié mais il y a une phrase qui laisse pantois : « Contrairement à certaines allégations, l’étude montre que 1% au plus des décès par cancer peuvent être attribués avec certitude à la pollution ». Il relève entre autres que « le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide ».

Avec une logique qui ne peut être que l’apanage d’esprits supérieurs, ces sages disent plus tard que 85% des cancers chez les non-fumeurs restent inexpliqués.

Ce rapport est étonnant car, si ses conclusions sont péremptoires, il déplore aussi que « les études de qualité sont trop rares…/… Il reste à mettre en œuvre dans beaucoup de domaines des études épidémiologiques de longue haleine, de bonne qualité, mobilisant beaucoup de ressources afin de pouvoir établir clairement les liens de cause à effet et pouvoir les évaluer quantitativement ».

En clair, ces académiciens nous disent : vous pouvez manger ½ Kg de poison, même vos bébés, vous n’en souffrirez pas. Les produits cancérigènes que vous mangez ne vous feront aucun mal.

 «Nous sommes tous convaincus que l’alimentation a un rôle très important mais nous ne savons pas trop comment » admet pourtant le professeur Tubiana, co-président du rapport.

Ce rapport a soulevé un tollé de protestations. Il est qualifié de partiel et de partial puisqu’il nie aussi bien la responsabilité des effets cancérigènes des incinérateurs que celle des pesticides dans l’alimentation issue de l’agriculture intensive.

Une justification extraordinaire de ce parti pris a été donnée par un des membres du CIRC : « … Le Béta-carotène avait été identifié en laboratoire comme un facteur de réduction du cancer.. C’est l’effet inverse qui a été observé…/… C’est pour cela qu’il faut être vigilants… ». Ainsi cet expert nous suggère, sans rire, que, parce qu’un anticancéreux supposé s’est avéré cancérigène, finalement un produit cancérigène reconnu doit être anodin !

Le ministère de l’agriculture gère le problème avec des grands mots et des beaux principes. Sa politique prétend concilier innocuité et efficacité, deux concepts inconciliables car contradictoires. La réalité de son action peut être trouvée dans un rapport du 19 novembre 2003 de la Commission des affaires économiques de l’environnement et du territoire et consacré aux activités agricoles et la protection de l’environnement. On y lit des phrases du genre : « Le problème de fond réside aujourd’hui moins dans l’évaluation des risques que dans les difficultés rencontrées par l’administration pour accéder aux données relatives aux intrants, aucune information n’étant obligatoire sur la consommation des pesticides ».

« On constate que les préconisations aux agriculteurs concernant l’usage des substances notamment en fonction des surfaces et de la nature des cultures sont insuffisantes ». « On peut regretter que les chambres d’agriculture ou les institutions techniques adoptent parfois des stratégies divergentes. On peut regretter le manque de coordination des actions des administrations (agriculture, santé, environnement) qui conduit à un dispositif de surveillance insuffisant et à l’absence de mesures correctes systématiques ».

Mais le plus inquiétant est sans doute la conclusion de cette commission. Elle n’est pas d’accord pour réduire - comme l’a proposé le Parlement européen - de 50% la consommation de produits phytosanitaires car « Cette industrie s’adapte et propose aujourd’hui des produits actifs à très faibles doses… ». Et, ajoute-t-elle : « fixer un objectif purement quantitatif n’a donc que peu de sens quand il s’agit en réalité de travailler sur la gestion des risques en écartant les substances les plus dangereuses ».

Même avec le plus grand respect pour l’éminence de ces sommités scientifiques et, en ne s’autorisant aucun esprit critique, on peut s’étonner de tant d’impudence et même d’imprudence. Les progrès dont a bénéficié la santé publique ont, depuis toujours, été dus à la capacité qu’ont eu quelques uns à montrer que des corrélations élémentaires pouvaient tout changer :

-         se laver les mains avant d’opérer ;

-         stériliser l’eau en la faisant bouillir ;

-         éradiquer les puces pour éviter la peste ;

-         vacciner contre le tétanos pour éviter de mourir du tétanos ;

-         traiter l’hypertension artérielle a permis de réduire les infarctus du cerveau et du cœur ;

-         supprimer l’hélicobacter pylori de l’estomac pour supprimer l’ulcère d’estomac ;

-         ne pas fumer pour éviter le cancer du poumon ;

-         rouler moins vite pour diminuer les accidents de la route.

On pourrait multiplier les exemples. On s’apercevrait que, chaque fois, ceux qui ont préconisé un changement d’habitudes, une rupture dans la tradition, ont trouvé des adversaires.

Et aujourd’hui, ceux qui disent : pour avoir moins de cancers, supprimons les cancérigènes de nos assiettes suscitent le même dédain.

Pourquoi cet aveuglement :

1/ des politiques.

Leurs raisons sont nombreuses et toutes trahissent leurs qualités :

-         Supprimer les pesticides c’est heurter de front le lobby paysan et sa fédération qui dirige en fait le ministère de l’agriculture ;

-         Cette agriculture intensive, subventionnée, polluante reste puissante. Elle massacre la nature dans toutes ses composantes : air, terre et eau. Elle sait imposer sa loi à nos politiciens de droite ou de gauche. Conservatrice, traditionnelle même dans ses mauvaises habitudes elle a fait du rendement et donc des traitements, de l’irrigation, des grandes surfaces, d’une mécanisation totale sa règle de prospérité. Elle considère l’agriculture sans engrais issus de la chimie, sans pesticides, sans OGM comme une folie, une rêverie, une utopie. Elle l’obligerait à un examen de conscience, elle qui n’en a plus, à un retour à la terre elle qui ne rêve que de culture hors sol. Elle a donc réussi à la marginaliser tout juste capable d’alimenter quelques marchés, quelques linéaires alibis dans une grande surface. Cette grande surface qui raffole d’une production massive sous pesticide achetée à bas prix, ne veut pas de produits bio plus chers, produits avec plus de travail du sol, moins de rendement, des fruits et légumes un peu moins présentables. Leurs marges ne pourraient plus être les mêmes.

L’agriculture traditionnelle dicte sa loi mais les politiques ont d’autres raisons : le cancer a été proclamé grande cause nationale par l’ancien président. Quelle sollicitude pour notre santé, quel grand homme. Cela permet des beaux discours, d’émouvantes homélies et de mettre en branle un plan de reconquête du territoire afin que chaque cancéreux puisse se faire soigner partout au mieux. Couvrir le paysage de centres anticancéreux, irriguer la recherche de crédits sont des signes qui traduisent une volonté qui impressionne.

2/ Les médecins.

Ce sont les fantassins de la guerre contre le cancer. Ils traquent l’ennemi partout où il se cache. Leur technologie avance : l’imagerie, l’arsenal chimique, ionique, radioactif, atomique, thermique, cryogénique, génétique et j’en passe est servie par une armée attentionnée, affairée, débordée.

Le recrutement ne pose pas de problème. L’hécatombe est telle, le mailing si bien fait, les spots si efficaces qu’il est difficile d’échapper aux dépistages en tout genre. On a même raison de s’y soumettre compte tenu du risque. La médecine a donc un terrain de manœuvre et un champ d’action quasiment illimités, en croissance continue. Quel commerce, quelle industrie en ces temps de marasme affiche de telles performances ?

Tellement occupée à bien faire, il est normal que les médecins en charge du cancer, aient peu de temps à consacrer à la recherche clinique, à l’établissement d’une corrélation. Cela suppose des années d’observation, des recueils fastidieux de données. Tout cela est long, demande de la persévérance, de la volonté. Monsieur Boffetta du CIRC qui connaît bien le sujet a raison de se lamenter de l’indigence de ce type d’études. Elles ne permettent pas d’effets d’annonce, de déclarations fracassantes à tous les médias sur la découverte d’une molécule qui a eu des effets miraculeux sur une mouche génétiquement modifiée et qui présage certainement la découverte du médicament miracle d’après-demain.

Donc, pour certains de ces médecins-là des cancérigènes dans notre assiette, cela ne porte pas à conséquence et ne saurait les motiver pour les étudier. Les confrères – il y en a, oncologues comme eux - qui s’inquiètent, protestent, refusent ce consensus. Ils sont considérés par ces savants, ces académiciens avec la même désinvolture, le même mépris qu’un gros producteur de maïs, un maraîcher industriel considèrent leur confrère bio qui s’échine à ne pas travailler main dans la main avec Monsanto.

Il faut dire aussi que ces médecins-là ont une responsabilité aggravée car ce sont eux qui conseillent les politiciens qui nous gouvernent. Ils leur cachent une réalité qu’ils se refusent eux-mêmes à considérer. Les scandales de l’amiante, du sang pollué, des hypophyses vecteurs de prions et conditionnés en hormone de croissance n’ont jamais été dénoncés par ces élites-là. Elles sont trop respectueuses, ont trop d’avantages acquis, émargent à trop de commissions, fréquentent trop les pouvoirs pour n’en être pas prisonnières. Elles ont trop à perdre pour se permettre de penser et d’agir librement.

Les mêmes et d’autres s’exonèrent d’une façon classique de leur responsabilité en accusant le cancéreux potentiel d’être seul responsable de son futur malheur. Cela est vrai pour l’addict au tabac, à l’alcool. Mais faire croire qu’un peu de sport, quelques fruits chaque jour ou un peu plus de fibres - ou quelques autres idées qui ne manqueront pas de les remplacer ou de s’y ajouter - sont suffisants pour l’éviter est une infamie. Demander des frottis, des examens radiologiques, des recherches de sang dans les selles, des coloscopies, des tests pour faire du dépistage précoce et à des rythmes qui, s’ils étaient appliqués feraient exploser tous les services concernés est également la tentation actuelle et la politique appliquées. Elle est utile mais n’est qu’un pis aller. Pour éviter que la grenade explose il faut ne pas jouer avec elle.

Le discours est inaudible quand le monde agro-alimentaire, l’industrie chimique lourde et la grande distribution ont toutes les cartes en main. 

3/ L’industrie.

Elle se porte bien. Les anticancéreux sont le présent et l’avenir des laboratoires. Ils y trouvent leurs meilleures ventes. Les industriels de l’armement anticancéreux sont aussi actifs, prospères. Le marché est porteur. Il faut espérer qu’ils travaillent à la victoire et ne feront pas durer la guerre.

Conclusion : Au nom du principe de précaution, il faut faire disparaître les pesticides de nos assiettes. C’est une obligation qui devrait ne faire l’objet d’aucun moratoire ou d’étapes s’étageant sur des décennies. C’est une mesure à prendre avec effet immédiat. Il revient à chacun de s’y efforcer. Ce n’est pas facile. Je ne prétends pas non plus que cela suffisse, qu’il n’y ait pas d’autres causes, qu’il faille se contenter de cette prévention, mais au moins arrêtons de jouer avec le feu.

C’est en y pensant que j’ai écrit une lettre à monsieur Michel Édouard Leclerc le 30 avril dernier. Sur le ton du respect et de la déférence je m’adressais au chevalier blanc de la grande distribution qui a la défense du consommateur comme unique souci, dit-il :

Cher Monsieur,

Vous avez sans doute pris connaissance de façon directe ou indirecte des résultats d’une enquête récente sur la présence de pesticides en quantité importante dans le vin. 100% des vins issus de la viticulture traditionnelle étaient contaminés avec des niveaux de pollution effrayants (5.800 fois plus élevés que l’eau potable). Le taux est la conséquence de l’utilisation intensive des pesticides puisque 20% des 200.000 tonnes sont utilisés en viticulture qui ne représente que 3% de la surface agricole (dans l’Union européenne). La France est le plus gros client de cette industrie chimique.

La consommation correspond à ½ Kg de substances actives par an, par habitant.

Ces produits sont cancérigènes, provoquent des anomalies chromosomiques et favoriseraient le développement des maladies neuro-dégéneratives.

L’agriculture classique dans sa course au rendement se moque des conséquences de son recours grandissant à ce type de produits. Une production sans pesticides, respectueuse de la nature, de la santé est possible. Elle existe mais reste marginale.

Vos interventions sont axées sur la défense du pouvoir d’achat des consommateurs. Devenez aussi le défenseur de leur santé en annonçant que les centres Leclerc se battront pour donner une nourriture sans pesticide à leurs clients. Commencez par le vin en prévenant vos fournisseurs que d’ici 4 ou 5 ans seuls les vins issus d’une viticulture biologique seront admis sur vos linéaires.

Le retentissement de cet avertissement sera énorme. Il mettra le gouvernement dans l’embarras.

Vous aurez été celui qui, plus courageux que l’État, aurez réussi ce que la réglementation, sous la pression de Bruxelles, n’arrivera à obtenir que dans un futur lointain. Cette démarche volontariste, responsable, citoyenne, devra être entreprise aussi – mais dans un second temps – pour les fruits, les légumes, les céréales, tout aussi pollués.

Vous pouvez, vous devez avoir ce courage. Vous acquerrez en le faisant un statut, une aura, un prestige que l’on ne peut imaginer. Je vous crois le seul en situation d’entreprendre cette croisade, capable d’en saisir l’opportunité, l’urgence, l’intérêt.

Je vous prie de croire, Cher Monsieur…

A ma grande surprise, à ma consternation, cette lettre est restée sans réponse. Michel Édouard m’a déçu. Je n’ai heureusement jamais cru à ses discours comme à ceux des politiques, ses pareils. Ce ne sont pas eux qui nous apporteront le bonheur ni la santé. Qu’on se le dise !

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 (http://www.mdrgf.org/pdf/Rapport_vin_pesticide_fr.pdf)

18.06.2008

Mardi 17 juin

Obéissant à je ne sais quelle tour de contrôle, les jeunes hirondelles de la première nichée ont jailli de leur nid et encombrent le ciel. Elles sont une bonne douzaine à virevolter en tous sens. Elles n’ont pas la virtuosité des parents mais leur premier essai peut rendre jaloux tous les autres : moineaux, mésanges, hochequeues, etc. Eux tombent plus qu’ils ne volent du nid et à terre les parents les nourrissent encore. Les hirondeaux se lancent à l’assaut du ciel et ne visent pas la terre. Ils s’élancent du nid comme en apesanteur. Le moteur n’a aucun raté. On sent bien que l’entraînement ne fait que commencer et que l’effort fatigue. Le faîte du toit de la grange est heureusement là. Elles sont une dizaine à s’y reposer tandis que je les regarde, content de leur bonheur. Après quelques ébats, les parents ont repris le travail pour la deuxième nichée. Ils doivent se dépêcher car sans assurance, sans sécurité, sans rien ni personne pour les défendre, il n ‘y a que le nombre qui peut les rassurer.

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Coup de cœur

Dans une caisse de livres achetée pour 4 sous dans une vente aux enchères, un trésor m’attendait : 5 ou 6 livres de Marie Noël. Je connaissais cette poétesse car j’ai passé, dans les années 50, des vacances à Auxerre, sa ville natale et on en parlait. Mais à l’époque la poésie se résumait pour moi aux fables de la Fontaine. Plus tard sa réputation de poétesse bien pensante me la fit oublier. C’est donc sur le tard que Marie Noël frappe à ma porte. Quel choc, quelle révélation ! Marie Noël, dans la collection Poètes d’aujourd’hui (Seghers 1962) est une bonne introduction à son univers. On en apprend peu sur elle car elle fuyait la notoriété mais l’auteur nous guide dans son œuvre et ce que l’on sait de sa vie.

Marie Noël est le contraire de la femme banale, effacée qu’elle paraît être et si la spiritualité l’imprègne, elle ne l’engloutit pas. Elle connaît le mal, le malheur, la solitude du corps et du coeur et elle en sort une poésie qui ébranle et émeut. Elle le fait avec une économie, une concentration qui n’empêchent pas que de ses vers, que de sa rime jaillisse une musique qui enchante. Elle se connaissait ce don, elle si mesurée : « Mon œuvre est moins une œuvre qu’une vie chantée ».

Peut-être quelques vers vous donneront envie de faire sa connaissance si, comme moi, vous ne la connaissiez pas. Dans « Chants des 4 temps » :

La Tard mariée :

« Si tard où t’en vas-tu

Seule, sans trouver d’heure ?

Si tard où t’en vas-tu

Le long du temps perdu ? »

La Maumariée :

« La conduisit par un chemin

Sans eaux où si dur est le pain

Qu’il ne vaut pas mieux que la faim. »

Elle, à qui l’on a jamais connu d’amoureux a plein de chants d’amour et de tristesse :

« Tous les êtres aimés

Sont des vases de fiel qu’on boit les yeux fermés »

Ailleurs :

« Je n’ai rien pris ni rien reçu

Je n’ai rien eu. Je n’ai pas su ».

Elle reconnut très tôt en elle le pouvoir qu’elle avait sur la musique des mots et qui ne la quitta jamais : « J’étais possédée d’un rythme. Un vrai démon. C’est lui qui m’a usé le cœur ». Ignorée par l’anthologie de la poésie française du XXè siècle de Gallimard, elle fut reconnue par Valéry, Montherlant, Aragon. Toute sa longue vie (1883-1967) fut consacrée à la poésie et à la prose où, là aussi, sa malice, sa bonté, n’embrument pas l’œil impitoyable. Un court récit « Enterrement de premier classe » est un bijou de malignité.

Marie Noël, une belle âme, une grande dame.

16.06.2008

COUP DE COEUR

« Médecin malgré moi » de Patrick de Funès (Éd. Le cherche Midi) est une satire enlevée du monde médical et une galerie de portraits qui fait rire et qui fait peur. C’est une charge au grand galop sabre au clair. Le sang coule car le sabreur est courageux. Il ne se ménage pas lui-même et ose s’attaquer à forte partie : les confrères malchanceux de ne pas voir leur ridicule et leurs travers, le Conseil de l’Ordre qui a souvent du mal à gérer son désordre, la politique de santé et sa dérive tous cancéreux.

C’est une suite de scènes cocasses, de dialogues enlevés, de portraits au vitriol, de réflexions profondes. Le mélange est très réussi. Il peut faire réfléchir. Il donne du monde médical une image peu flatteuse qui rappelle « Blouse » de Sénanque, un livre tout aussi iconoclaste mais qui ne fait pas rire comme celui-là.

Patrick de Funès est bien le fils de son père mais n’est pas un fils à papa.

Il a une verve peu commune qui fait plaisir à lire. Son premier chapitre « Un syndrome redoutable" est un vrai bijou : « Subir la décrépitude de l’âge ne m’inquiète pas trop mais l’idée de tourner au vieux con me terrorise »… quelques lignes plus tard, suit l’exécution capitale de Jean Bernard. Je cite, pour vous mettre en appétit : « Sa réputation frisait la sainteté, comme c’est souvent le cas chez les médecins qui ne diagnostiquent que des maladies incurables ». 37 chapitres du même acabit décrient avec humour noir et bonheur une profession qui mérite cet éreintage. Mais ne nous trompons pas : la vraie cible c’est la société qui a ce qu’elle mérite.

Son livre révulsera les bien pensants, les anti-Desproges, ceux qui se prosternent devant les idoles médiatiques. Il faudrait qu’ils enlèvent leurs œillères pour voir qu’il n’attaque que les médicastres, les Morticoles et les serviteurs d’une médecine qu’ils déshonorent.

Patrick de Funès n’aurait pas pu écrire le livre s’il n’avait été qu’un pince-sans-rire, un railleur, un critique acerbe, désabusé, dégoûté. Ce livre n’a pu être écrit, et sur ce ton, que par un humaniste, un plus que sensible qui ne s’accommode pas du mépris ordinaire, de l’inhumanité d’un milieu trop souvent hypocrite, indifférent et qui la dissimule en affectant de grands sentiments. Son rire, ses griffes masquent un grand cœur.

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08.06.2008

POUR UN COMMENTAIRE CITOYEN

Le plaisir du déplaisir, ce peut être le rire. Mais qui n’aime pas n’a pas beaucoup de raisons d’en donner l’occasion à qui le fait souffrir. Le commentateur outragé en est un. On peut comprendre que l’individu en limite de crise de nerfs, retenant un crachat, pour ne pas salir l’écran, peine à s’exprimer tant la suffocation est proche. Il n’a que le secours d’une pauvre apostrophe pour libérer sa hargne. Les exemples sont nombreux. J’en collectionne précieusement quelques uns, peut-être la dernière pensée avant l’explosion de l’anévrisme, la colère étant mauvaise conseillère et facteur d’hypertension artérielle paroxystique, parole de cardiologue.

Pour les survivants, ceux qui ne prennent pas le temps de réfléchir et d’expliquer leur pourquoi, Imhotep dans sa belle élégie, fiévreuse de passion pour Cyrano, vient de nous rappeler le vers qu’il fallait : « Ah, non !, c’est un peu court, jeune homme !»... Une thèse se combat par une antithèse et c’est se mépriser soi-même que de ne pas se croire capable d’aligner quelques phrases en y mettant si possible un humour vachard qui réconciliera tout le monde dans un éclat de rire.

Malgré toute la gravité du sujet, le sérieux de l’auteur, rien ne mérite mieux, miaule Titine, ma chatte philosophe.

J’ai un exemple à proposer. Il ne vaut pas cher mais peut servir. J’avais imaginé le dernier discours du président Bush. Méchant, simplet, pas complètement idiot, le petit texte dégageait un antiaméricanisme primaire dont je n’étais pas fier. J’attendais avec impatience la réaction des proaméricains primaires - mes frères dans l’erreur - leurs sarcasmes avec justificatifs à l’appui. Leur silence me vexa. J’avais oublié que mon Journal Politiquement Incorrect avait une fréquentation confidentielle et que cette élite était trop bien élevée, trop complaisante ou indifférente ou trop dégoûtée pour perdre son temps à me rétorquer sa mauvaise humeur.

Pour réveiller leurs âmes endormies, combler ma solitude, j’imaginais un détracteur pas content et qui me disait vertement son indignation vertueuse avec une argumentation solide. La censure maison opposa un veto absolu. Olivier, un sage, confirma, révélant son néo-conservatisme latent. La fréquentation assidue des commentaires d’AgoraVox me convainquit que les commentateurs qui bornent leurs critiques négatives au degré zéro absolu de l’écriture pouvaient faire un effort qui les grandirait. Ma lettre trouvait une légitimité exemplative qui justifiait sa publicité. Une si bonne raison leva l’obstacle. Mon double schizophrène retrouva le sourire. Le fou furieux - que je comprends sans espérer la réciproque - put livrer son réquisitoire. J’espère qu’il ne convaincra personne. Pour ma défense, j’ai bien aimé être l’arroseur arrosé.

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Monsieur,

Un malheureux hasard m’a conduit sur votre journal prétendument politiquement incorrect. Le titre m’avait alléché. Enfin un regard acidulé, oxygéné, rafraîchissant sur l’actualité, la politique. Ma curiosité, mon espoir ont été vite déçus. Vos sujets, leur traitement peuvent faire ricaner quelques esprits non avertis ou mal tournés. Le style se veut primesautier. Il décline en réalité une prosopopée laborieuse qui sent la sueur. Sa fluidité est gluante, fatigante. Votre esprit, se croit acéré. Il est, le malheureux, embarrassé par des idées d’un autre temps. Vous recyclez avec jubilation de vieilles lunes. Vos thèmes favoris sont éculés. Ils ont trouvé des pamphlétaires autrement talentueux qui ont dit avec panache tout le peu qu’ils méritent.

Ainsi votre anticléricalisme date furieusement. Il se croit à la mode car vous êtes allé chercher vos idées dans les opuscules d’un philosophe à la mode de Caen. Elles ne valent pas tripette.

Votre autre cheval de bataille, un canasson bon pour le couteau est l’anti-américanisme. Primaire, on le sent viscéral, issu de viscères en pas très bon état. Avez-vous pensé à passer une coloscopie ?

Votre dernière livraison sur le discours d’adieu du président dépasse la bienséance. Elle m’oblige. Dans un autre temps j’aurais jeté mon gant à votre triste figure et nous aurions réglé notre querelle jusqu’au premier sang. Je doute fort que vous soyez du genre à fréquenter les champs d’honneur. Je réglerai donc nos comptes à la pointe de ma plume.

Je ne vous permets pas, monsieur, d’insulter le dernier des croisés. Celui, le seul, qui a su relever le défi de valeurs qui, manifestement, ne sont pas les vôtres. Associer, comme vous le faites avec indignité, ce qu’il a fait à ce que font les autres, ces misérables qu’il combat avec courage, panache, m’est insupportable. Ne pas voir qu’il est l’hériter moderne de Richard Cœur de Lion et de St. Louis, témoigne d’un aveuglement coupable. Les moyens, monsieur, quand la cause est noble, peuvent ne rien valoir mais par une grâce d’État sont sanctifiés. Torquemada a subi les mêmes injures, a souffert du même dilemme mais son bras de justice n’a pas tremblé. Le bûcher le torturait autant que le supplicié. Sa souffrance était même pire, multipliée par la cohorte de tous ces misérables à la conduite infâme. Je suis de ceux qui oeuvrent à sa canonisation.

Votre petit conte s’ajoute à d’autres notes que j’ai parcourues avec le même dégoût. La guerre, ce besoin américain est une analyse dénuée de toute objectivité de la politique étrangère d’une puissance tutélaire bienfaisante qui, depuis l’origine, s’est acharnée à la défense du bien contre les forces du mal. Votre mise ne parallèle du bon afghan, guerrier, poète, pauvre, libre et de l’américain ne pensant qu’à grossir, à jouer, à gagner, à dépenser est une sottise ? Changez de lunettes, soignez votre cataracte. Votre ami est un barbare égaré dan notre temps, brutal avec les femmes, cruel, cultivateur mais d’opium. Le mien est aimable, joyeux, travailleur, généreux. Il prépare l’avenir tandis que l’autre se cramponne au passé. Vous réussissez à polluer même des rubriques anodines que vous étiquetez ironie, taquinerie mais que moi, j’appelle méchanceté. Ainsi votre soi-disant invention d’une première phrase censée être signifiante est un jeu qui se pratique depuis toujours. Nous le faisions, nous, avec esprit et humour. Vous vous étiez exercé, au temps où vous étiez payé à ne rien faire, aux dépens de vos collègues dont vous épingliez avec cruauté les petits travers. Je suis sût qu’à votre pot d’adieu, le jour de votre départ pour une retraite mal méritée, vous avez pris l’euphorie ambiante par la joie de vous fêter. Ils étaient seulement contents d’être débarrassés d’une langue de vipère.

Un conseil pour terminer : prenez le temps de réfléchir avant de dégainer, choisissez mieux vos cibles. Étudiez-les, apprenez l’art et la manière en fréquentant les bons auteurs : Céline, Lieutaud, St Simon, Cau, Denis, le choix est vaste. La mauvaise foi se doit d’être élégante, le sarcasme spirituel, l’ironie légère. Évoquez sans appuyer, suggérez sans piétiner.

Cultivant les vertus canoniques, je penserai à vous, mon pauvre et prétentieux ami qui faites pleurer sans rire, dans mes prières.

Au dépit de vous lire.

Ignace du Pinbénye

Ex-petit chanteur de la chorale « Maréchal nous voilà ».

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