12.01.2008
DROIT DE RÉPONSE À NOUVELLES DE NOUS AU NEVEU (ET À O)
Je n’en peux plus, je m’étrangle, j’étouffe, j’éructe, je transpire, je pleure, je ris, je trépigne. Il a osé, le traître, le blagueur, le blogueur, le poseur, faire de moi - si polie, si correcte, si active - une passive, une alanguie, une feignasse, une flemmarde, une vautrée, une avinée, un rouge de rouge à la main, une contemplative scrutant l’horizon bouché, une immobile, une rassasiée, une revenue. Moi la silencieuse, je bavasserais sur tout et rien… Je m’excuse de cette avalanche, mais je n’habite pas très loin de Sévigné-sur-Lathan et quand une taiseuse se lâche, difficile de l’arrêter.
Vous le roi du sarcasme, le matamore de l’ironie facile, le chantre calomnieux, le ricaneur en chef, vous n’auriez pas dû m’inviter dans votre délire. J’use de mon droit de réponse (article 13 de la loi du 29 juillet 1881), je sors de ma réserve, je hausse le ton, je m’autorise, je m’insurge, je proteste, je me défends, j’attaque – pas de pitié – j’écrase, j’assassine, je malaxe, je compacte, je piétine, je ratatine, j’écrabouille, je gratine, je composte. Pas besoin d’urne au final, un dé à coudre suffira. Pour la défense la vérité suffira. Moi, Môssieu, je ne suis pas la mer d’Aral à marée basse mais un torrent impétueux, plein de truites joyeuses et bondissantes, de turbines qui turbinent, de pépites qui roulent, même les pierres sont précieuses.
Je ne fais pas suivre une grasse matinée d’une sieste prolongée et d’un coucher précoce.
Moi, Môssieu, je ne potagine pas, je laisse les navets, les patates, les betteraves, les haricots, les radis aux maraîchers. Vous aimez les petits maîtres, moi, je fréquente les grands esprits. Vous dites être las de partir, moi je suis toujours avide d’horizons lointains. Pour la 10ème fois j’ai été élue voyageuse de l’année sur Air-Kuala-Lumpur.
Je produits moi, Môssieu, pas seulement de la bile. Ma bibliographie, ne vous déplaise, est aussi riche que ma biographie. Je n’étais pas un diafoirus de première génération. Mes diplômes de docteur en poche, toutes les universités se sont disputées pour m’avoir et se hausser du col. Quand je réfléchis c’est du solide, du profond, du cousu main.
Moi, Môssieu, je ne me contente pas de rêvasser à mon épitaphe, de refaire le monde à mon image – il serait beau ! Moi, je produis, je valorise, j’invente, je brevette, j’édite. 2 best-sellers il y a quelques années quand la nouvelle cuisine avait pris un coup de froid et qu’il fallait la réchauffer. LA BÉCHAMEL DANS TOUS SES ÉTATS et LA CONFITURE SANS DÉCONFITURE avaient réveillé les avant-cuisines. Un opus à paraître aux PUF va faire du bruit. 20 ans de recherche, dix ans de rédaction : LA CUISINE ATOMIQUE OU L’ABSOLU CULINAIRE. GAGNAIRE, THIS, ADRIA vont apparaître comme des petits farceurs avec leur cuisine moléculaire.
Enfin une dernière mise au point. Le gros rouge n’est pas mon truc. Ne confondons pas. Mon nectar habituel est la Salvetat pour les bulles et l’Hepar pour le magnésium. J’alterne pour éviter l’accoutumance. J’avoue, de temps en temps, matin, midi et soir une flûte d’un Crémant de Loire, Brut de Brut, comme je les aime. Je vous donnerai l’adresse si vous insistez.
J’ai presque tout dit. Les pendules sont remises à l’heure. Trice, Titine, Mouchette, allez les filles, on va herboriser dans le jardin d’hiver. Laissez Thor jouer à la baballe avec son papy.
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11.01.2008
NOUVELLES DE NOUS AU NEVEU (ET À O)
Merci pour tes vœux. Ils sont les bienvenus. Ils se sont croisés avec les nôtres car nous aussi nous ne t’oublions pas.
Il y a longtemps qu’on ne s’est pas vus et tu dis être curieux de savoir ce que l’on fait, ce que l’on devient.
Avant de te satisfaire, je constate que le pays où tu vis progresse aussi vite qu’on le dit puisque ta carte postée le 17 décembre à New Delhi, est arrivée le 7 janvier. 21 jours de voyage. L’année dernière il lui avait fallu un mois.
Ici la tendance est inverse. Une lettre de Paris met trois jours au lieu de deux. Les performances de nos postes suivent des destins opposés. A la place de Monsieur GOSHN je me méfierais de TATA.
Ici la torpeur estivale a fait place à la stupeur hivernale. Nous hibernons dans la chaleur du poêle. Mouchette, ma tigresse favorite, ronronne sur mon ventre et réchauffe mes boyaux. Je cache mes pieds sous Tho-Thor qui se répand dessus. Carmenza est aussi bien lotie. Elle disparaît sous Titine et Trice à ses genoux est un rempart efficace à tout ce qui pourrait la menacer.
Ainsi postés, nous soliloquons de concert sur le temps qui passe ; le vent qui souffle tantôt du Nord, tantôt du Sud; la pluie qui tombe ; la neige qui menace. Il n’y a pas que la météo qui nous occupe. Nous devisons aussi sur la hausse de l’euro et la baisse de notre réserve de bois. Nous commentons avec admiration l’activité piétonnière, aérienne, automobile, transatlantique, transpacifique, transcontinentale d’Olivier, blogueur émérite, convivial, généreux et infatigable.
Affaissés dans nos pullmans fatigués de ne rien faire ; contents d’être arrivés, mécontents de presque tout, repus et affamés, un verre de JOGUET de la grande époque pour l’un, un verre de Vouvray pour l’autre, ignobles, nous trinquons à la mémoire de nos souvenirs. Comme Olivier aujourd’hui il y eut un temps pour les lointains. Nous courrions de stand-by en stand-by de Londres à Sydney via St Francisco, Papeete. De Cairns on se rappelle le typhon qui nous poursuivait alors qu’on ne lui avait rien fait ; des Blue Mountains, une descente avec notre Toyota sans freins ; du marché de Fremantle. L’Australie c’est aussi la chaleur, le voyage dans un nuage de sauterelles, le camembert allemand en conserve, les barbecues qui sentent bon le kérosène, les mouches par milliers, millions, milliards.
L’Australie, un pays où avoir des enfants paraissait acceptable. Et pour ne pas succomber à la tentation, la fuite à Auckland et retour à la case départ en étant persuadés qu’ARTHUS-BERTRAND a raison : pour apprécier la terre il faut prendre de la hauteur et ne plus redescendre.
Cher J.-P., tu vois que l’on est bien à plaindre. Nous acceptons tes fleurs, conserve encore un peu la couronne. Continue de profiter du soleil, de la plage, des beautés locales et de toutes les bonnes choses dont ce pays, patrie des dieux et des déesses regorge avant qu’il ne finisse, course au néant aidant, par ressembler au nôtre.
Affectueusement,
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