08.06.2008

POUR UN COMMENTAIRE CITOYEN

Le plaisir du déplaisir, ce peut être le rire. Mais qui n’aime pas n’a pas beaucoup de raisons d’en donner l’occasion à qui le fait souffrir. Le commentateur outragé en est un. On peut comprendre que l’individu en limite de crise de nerfs, retenant un crachat, pour ne pas salir l’écran, peine à s’exprimer tant la suffocation est proche. Il n’a que le secours d’une pauvre apostrophe pour libérer sa hargne. Les exemples sont nombreux. J’en collectionne précieusement quelques uns, peut-être la dernière pensée avant l’explosion de l’anévrisme, la colère étant mauvaise conseillère et facteur d’hypertension artérielle paroxystique, parole de cardiologue.

Pour les survivants, ceux qui ne prennent pas le temps de réfléchir et d’expliquer leur pourquoi, Imhotep dans sa belle élégie, fiévreuse de passion pour Cyrano, vient de nous rappeler le vers qu’il fallait : « Ah, non !, c’est un peu court, jeune homme !»... Une thèse se combat par une antithèse et c’est se mépriser soi-même que de ne pas se croire capable d’aligner quelques phrases en y mettant si possible un humour vachard qui réconciliera tout le monde dans un éclat de rire.

Malgré toute la gravité du sujet, le sérieux de l’auteur, rien ne mérite mieux, miaule Titine, ma chatte philosophe.

J’ai un exemple à proposer. Il ne vaut pas cher mais peut servir. J’avais imaginé le dernier discours du président Bush. Méchant, simplet, pas complètement idiot, le petit texte dégageait un antiaméricanisme primaire dont je n’étais pas fier. J’attendais avec impatience la réaction des proaméricains primaires - mes frères dans l’erreur - leurs sarcasmes avec justificatifs à l’appui. Leur silence me vexa. J’avais oublié que mon Journal Politiquement Incorrect avait une fréquentation confidentielle et que cette élite était trop bien élevée, trop complaisante ou indifférente ou trop dégoûtée pour perdre son temps à me rétorquer sa mauvaise humeur.

Pour réveiller leurs âmes endormies, combler ma solitude, j’imaginais un détracteur pas content et qui me disait vertement son indignation vertueuse avec une argumentation solide. La censure maison opposa un veto absolu. Olivier, un sage, confirma, révélant son néo-conservatisme latent. La fréquentation assidue des commentaires d’AgoraVox me convainquit que les commentateurs qui bornent leurs critiques négatives au degré zéro absolu de l’écriture pouvaient faire un effort qui les grandirait. Ma lettre trouvait une légitimité exemplative qui justifiait sa publicité. Une si bonne raison leva l’obstacle. Mon double schizophrène retrouva le sourire. Le fou furieux - que je comprends sans espérer la réciproque - put livrer son réquisitoire. J’espère qu’il ne convaincra personne. Pour ma défense, j’ai bien aimé être l’arroseur arrosé.

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Monsieur,

Un malheureux hasard m’a conduit sur votre journal prétendument politiquement incorrect. Le titre m’avait alléché. Enfin un regard acidulé, oxygéné, rafraîchissant sur l’actualité, la politique. Ma curiosité, mon espoir ont été vite déçus. Vos sujets, leur traitement peuvent faire ricaner quelques esprits non avertis ou mal tournés. Le style se veut primesautier. Il décline en réalité une prosopopée laborieuse qui sent la sueur. Sa fluidité est gluante, fatigante. Votre esprit, se croit acéré. Il est, le malheureux, embarrassé par des idées d’un autre temps. Vous recyclez avec jubilation de vieilles lunes. Vos thèmes favoris sont éculés. Ils ont trouvé des pamphlétaires autrement talentueux qui ont dit avec panache tout le peu qu’ils méritent.

Ainsi votre anticléricalisme date furieusement. Il se croit à la mode car vous êtes allé chercher vos idées dans les opuscules d’un philosophe à la mode de Caen. Elles ne valent pas tripette.

Votre autre cheval de bataille, un canasson bon pour le couteau est l’anti-américanisme. Primaire, on le sent viscéral, issu de viscères en pas très bon état. Avez-vous pensé à passer une coloscopie ?

Votre dernière livraison sur le discours d’adieu du président dépasse la bienséance. Elle m’oblige. Dans un autre temps j’aurais jeté mon gant à votre triste figure et nous aurions réglé notre querelle jusqu’au premier sang. Je doute fort que vous soyez du genre à fréquenter les champs d’honneur. Je réglerai donc nos comptes à la pointe de ma plume.

Je ne vous permets pas, monsieur, d’insulter le dernier des croisés. Celui, le seul, qui a su relever le défi de valeurs qui, manifestement, ne sont pas les vôtres. Associer, comme vous le faites avec indignité, ce qu’il a fait à ce que font les autres, ces misérables qu’il combat avec courage, panache, m’est insupportable. Ne pas voir qu’il est l’hériter moderne de Richard Cœur de Lion et de St. Louis, témoigne d’un aveuglement coupable. Les moyens, monsieur, quand la cause est noble, peuvent ne rien valoir mais par une grâce d’État sont sanctifiés. Torquemada a subi les mêmes injures, a souffert du même dilemme mais son bras de justice n’a pas tremblé. Le bûcher le torturait autant que le supplicié. Sa souffrance était même pire, multipliée par la cohorte de tous ces misérables à la conduite infâme. Je suis de ceux qui oeuvrent à sa canonisation.

Votre petit conte s’ajoute à d’autres notes que j’ai parcourues avec le même dégoût. La guerre, ce besoin américain est une analyse dénuée de toute objectivité de la politique étrangère d’une puissance tutélaire bienfaisante qui, depuis l’origine, s’est acharnée à la défense du bien contre les forces du mal. Votre mise ne parallèle du bon afghan, guerrier, poète, pauvre, libre et de l’américain ne pensant qu’à grossir, à jouer, à gagner, à dépenser est une sottise ? Changez de lunettes, soignez votre cataracte. Votre ami est un barbare égaré dan notre temps, brutal avec les femmes, cruel, cultivateur mais d’opium. Le mien est aimable, joyeux, travailleur, généreux. Il prépare l’avenir tandis que l’autre se cramponne au passé. Vous réussissez à polluer même des rubriques anodines que vous étiquetez ironie, taquinerie mais que moi, j’appelle méchanceté. Ainsi votre soi-disant invention d’une première phrase censée être signifiante est un jeu qui se pratique depuis toujours. Nous le faisions, nous, avec esprit et humour. Vous vous étiez exercé, au temps où vous étiez payé à ne rien faire, aux dépens de vos collègues dont vous épingliez avec cruauté les petits travers. Je suis sût qu’à votre pot d’adieu, le jour de votre départ pour une retraite mal méritée, vous avez pris l’euphorie ambiante par la joie de vous fêter. Ils étaient seulement contents d’être débarrassés d’une langue de vipère.

Un conseil pour terminer : prenez le temps de réfléchir avant de dégainer, choisissez mieux vos cibles. Étudiez-les, apprenez l’art et la manière en fréquentant les bons auteurs : Céline, Lieutaud, St Simon, Cau, Denis, le choix est vaste. La mauvaise foi se doit d’être élégante, le sarcasme spirituel, l’ironie légère. Évoquez sans appuyer, suggérez sans piétiner.

Cultivant les vertus canoniques, je penserai à vous, mon pauvre et prétentieux ami qui faites pleurer sans rire, dans mes prières.

Au dépit de vous lire.

Ignace du Pinbénye

Ex-petit chanteur de la chorale « Maréchal nous voilà ».

21.03.2008

CONSEIL À UN AMI MÉDECIN

Ce matin, un coup de fil, un ami de 30 ans : « Je dois te voir ». « Viens quand tu veux ». Le temps d’arriver, il est là. Je le reconnais à peine : Pâle, amaigri, défait, il n’est plus le jovial gai luron de toujours, un Prozac ambulant.

Avant même le bonjour, le cordial s’imposait. On the rocks, as usual. J’enchaîne par un : « Que se passe-t-il ? »

Ø      « Ah, si tu savais ! la cata. Je suis en train de craquer. J’y arrive plus avec ce qu’ils nous font ».

Ø      « Explique ».

Ø      « Depuis les campagnes d’interdiction de tout : le sel, le sucre, le gras, la vitesse, le ceci, le cela et maintenant le tabac, on y est, l’impossible - qui l’eût crut ? - n’est plus français. LES GENS SONT DEVENUS RAI-SON-NA-BLES ! Du jamais vu ! Ils ne salent plus ou à peine, avec le dos de la cuillère. ils mangent peu et crétois autant dire prunes et clopinettes. Ils ne fument plus, ils roulent au pas et font de la bicyclette. Et, tiens-toi bien, ils ont remplacé le St Émilion par la Ste Yorre !

Sous prétexte de sauver leurs poumons, leurs artères, leur cœur, leur foie et le reste, ils nous mettent sur la paille. Ma clientèle a chuté des 2/3 et le tiers restant est en train de guérir ».

Je le ressers pour lui redonner un peu de courage. Il en a bien besoin, le pauvre, pour continuer.

Ø      « Adieu les beaux cancers du poumon ! C’est trois années de revenus qui s’envolent en fumée.

Adieu les artérites ! Au moins 15 ans de survie, 1 visite tous les trois mois. Tout le monde était content et une saison à Royat pour le fun et le gaz.

Ne parlons pas de l’hypertension, elle entre dans la légende.

Tu ne me croiras pas, mais pas une cirrhose  depuis six mois !

L’obésité recule puisqu’ils mangent presque plus. Les 3 Mac Do du coin, le King Burger et la Pizza Hutt viennent de fermer, lessivés. Des restos bio-végétariens ont pris leur place.  

Conséquence fâcheuse, le diabète se fait rare. Et le diabète c’était ma serviette et mon couvert quotidien chez le 3 étoiles que tu connais. J’y avais mes aises. Lui aussi peut se faire du souci. Le diabète c’est facile à traiter. « Mangez moins ! » Mais heureusement ils n’obéissaient pas. 2-3 comprimés ou une petite piqûre et on n’en parlait plus jusqu’à la prochaine visite : contrôle et bilan. Puis, et ça rend nostalgique, venait le beau temps des complications et il y a en avait, de quoi t’occuper à plein temps !

C’était la belle époque, tout ça c’est fini. Je ne sais plus comment faire. J’ai déjà supprimé Lola, ma maîtresse, tu l’as connue. Je ne pouvais plus assurer (un soupir, un regard lointain) son train de vie ».

Là, je compatis. Je connaissais Lola, la seule faiblesse de mon ami, une Lolita avec de la classe.

Mais il s’était repris.

Ø      « J’abandonne la voiture pour les visites. Il y en a si peu ! Je me suis mis au vélib.

Pour mon petit dernier, l’orphelinat peut-être.

Qu’est-ce que je vais devenir ? Je viens te voir parce que t’es de bon conseil ».

J’avoue être éberlué. J’avais quitté la profession depuis longtemps et me doutais de rien.

Ø      « Est-ce un cas isolé ? »

Ø      « Mais non, c’est général ou presque. Les dermato, les psy, enfin ceux qui sont dans les marges, qui ne font pas dans le corps-à-corps s’en tirent bien. Les spécialistes trinquent aussi. Imagine un pneumo sans cancer du poumon, un cardio sans infarctus, sans hypertension, un ORL sans cancer du larynx, un hépatologue sans cirrhose, un diabétologue sans diabète, un nutritionniste sans obèses. Même les orthopédistes sont sur les genoux : plus d’accidents de la route, plus d’os à souder.

Les conséquences sont graves. Beaucoup de confrères abandonnent. C’est le burn out. Ils retournent à la terre ».

Ø      « Tu veux dire une reconversion ? »

Ø      « Non, celle du cimetière, dessous. Les survivants se mobilisent, organisent des manifs, bloquent les péages, se tournent vers les trotskistes. Ils veulent faire front commun avec les buralistes. Mais il y en a bien d’autres qui ont le même problème. Faute d’accidents, les mécanos n’ont plus de bagnoles à réparer et le marché de l’auto s’effondre ; les assureurs n’ont plus d’assurance sur la mort à placer : les charcutiers, les pâtissiers ne tiendront pas longtemps. Même les paludiers de Guérande sont à marée basse.

Peut-être que si on se serre les coudes on va réussir à obliger le gouvernement à reculer pour qu’on en revienne aux bonnes vieilles habitudes. Celles qui permettaient à tout le monde de vivre. Tous les morts, les blessés, les malades, ça occupait des gens ! Le chômage était au plus bas. Je vais te dire : le pays avait meilleur moral. Les Français sont des gens sérieux. Ils vont comprendre où est leur intérêt. J’ai bon espoir dans  ce gouvernement. Ce sont des sages. Ils aiment les bonnes réformes ».

Mon ami s’était redressé. Il avait repris des forces et des couleurs en rêvant à cet avenir radieux dont il se convainquait en même temps qu’il parlait. Je le sentais prêt à continuer et

Ø      « Certainement tu as raison, mais dis-moi, c’est le triomphe de la prévention, ce vieux rêve, cette grande idée : prévenir plutôt que soigner sans être sûrs de guérir ».

Ø      « Parlons-en, une fausse bonne idée ! J’y croyais moi aussi et m’y activais comme les autres, mollement pour pas brusquer, pas traumatiser. On faisait du politiquement correct. Faut dire qu’on ne montrait pas trop l’exemple. Les médecins fumaient presque tous et, question alcool, on était mal placés pour modérer. Enfin, on en parlait, ça assaisonnait un peu le discours. Et puis c’est toujours agréable de culpabiliser un peu. Un médecin est un confesseur et, sans punition, il y a comme un manque.

On n’avait pas pensé aux conséquences. Elles sont terribles. A côté nos petits problèmes ce n’est rien.

La longévité fait un bond. 10 ans de gagnés d’un coup. Les pompes funèbres sont aux abois. La plupart à l’agonie, les mieux équipées font dans l’irrigation. La moyenne d’âge approche les100 ans. On va bientôt les dépasser. Les retraites ne seront plus payées, faute de liquidité. Tout le PIB y passera. Il va falloir travailler jusqu’au bout, Alzheimer ou pas. Les jeunes n’ayant plus de places à prendre vont émigrer ailleurs.

Tu imagines la situation : des vieux pour s’occuper de vieux. Le cauchemar. Et de quoi parler ? C’est peut-être un détail mais pas sans importance. La maladie, la santé, si possible mauvaise, était le sujet de conversation habituel, même le seul pour les plus de 70 ans avec « Questions pour un champion ». Plus de malades c’est aussi plus de visite chez le médecin à qui on raconte ses petites misères, ses petites peurs. A qui se confier ? Y a plus de curé. La maladie, même petite, c’était aussi la certitude d’être pris en charge, d’être considéré avec respect par tous les métiers de la santé : de la guichetière de la Sécu à l’aide ambulancier en passant par le portier de l’hôpital. Tout ce monde était au garde-à-vous devant le malade car il vivait de sa bronchite, de son ulcère, de son cancer. Je ne parlerai pas, par discrétion, des privautés que mesdames et messieurs les médecins, les infirmières et même les aides-soignantes avaient le devoir d’exécuter, que cela leur plaise ou pas.

Non, la nature en inventant la maladie savait ce qu’elle faisait ! Comme toujours on a tout faux. En voulant bien faire on a tout bouleversé et on se retrouve dans le caca. Moi, dès maintenant, le pire est à venir ».

Que dire devant un tel tableau ? L’impression d’être devant celui de la Méduse.

Ø      « Une dernière question : comment ce miracle a-t-il été possible ? Des décennies sans résultat, la prévention, de mon temps, on en parlait, par habitude, comme une tarte à la crème. On se gardait bien de passer aux actes ».

Ø      « Tout arrive, même le pire. Un jour, un politique a décidé de faire son métier, de tenir ses promesses, du jamais vu. Comme s’il avait pas mieux à faire : des discours, des inaugurations, des voyages, des nominations, des commissions.  En fait il a sous-traité le problème à ceux qui savent te vendre un truc qui sert à rien, une voiture qui marche à 300 à l’heure, une lessive qui lave plus blanc que le blanc, qui font d’un navet un chef-d’œuvre, d’un ripoux un honnête homme et transforment le dernier des politicards en Jeanne d’Arc. Les pubarts sont pas des tocards. Ils ont investi là où ça marche, à la télé. De la méthode Coué, on est passés à la méthode Cauet. Avec le label « Vu à la télévision », tout se vend et bien, même la prévention. Des spots à toutes les sauces, des slogans séguelesques, des clips d’enfer, un martèlement sur et subliminal et l’affaire était dans le sac.

Pour faire dans l’éthique et le commerce équitable, un petit intéressement est venu donner de la respectabilité et de la responsabilité au process. Grâce à un petit kit que tu branches sur le bon site, on enregistre 1 fois par jour ton taux d’alcoolémie, d’oxyde de carbone, ta glycémie, ton cholestérol, ta tension et si t’es dans les normes, tu reçois une petite récompense, pas négligeable et qui a été appréciée. Le résultat a été celui que je t’ai décrit : PHÉNOMÉNAL. Il n’y a que les ermites comme toi qui ne sont pas au courant ».

Piqué au vif par sa critique implicite, je me rebiquais, vexé.

Ø      « Tu me prends au dépourvu. Laisse-moi réfléchir ».

Trois secondes d’intense silence.

Ø      « Le plus simple, mais pas forcément le plus sûr, est que tu passes à la gérontologie. Mais là aussi il va y avoir pléthore. Et puis, à partir d’un certain âge, c’est surtout de brancardiers qu’on va avoir besoin. La meilleure solution, à y bien réfléchir, ce serait de revenir aux fondamentaux, à la grande tradition, au théâtre classique. Souviens-toi qui a dit « le bien portant est un malade qui s’ignore ». Rappelle-toi « le Malade Imaginaire », Molière. Voilà un marché porteur, qui ne demande qu’à renaître. Il t’attend, tu lui rendras service. Il a besoin d’hommes comme toi. Des bons cliniciens qui ne sont pas dupes de l’apparence, qui savent parler au-delà des maux.

Tu as toujours été un peu comédien, le métier l’exige. Force donc un peu ta nature, fais un stage chez Cochet pour poser ta voix. Apprend le texte de Knock, mets-y de la conviction. Avec ton talent, en 8 jours ta salle (d’attente) joue à guichets fermés ».

Je le voyais dans ce rôle, mieux que Jouvet, que Luchini, il le tenait, c’était celui de sa vie, de sa survie, une renaissance même.

J’ai eu du mal à terminer. Je me voyais déjà dans mon fauteuil d’orchestre en train de l’applaudir à m’écorcher les paumes, lui, envoyant au lit et à la diète tous les bienheureux trop contents d‘être traités comme ils se sentaient, des malheureux.

Il m’avait écouté avec attention car il était venu pour ça. Mais il ne s’attendait pas à une telle suggestion. D’abord interdit, presque choqué, il resta silencieux avant d’exploser :

Ø      « Mais bien sûr ! Il faut passer d’une médecine en décomposition à une médecine de composition, toute en subtilité, en persuasion, en connivence, mais avec de la componction, de l’assurance, de la fermeté et même de la rigueur.

C’est, pour moi qui ai toujours rêvé des planches,  un rôle à ma mesure ».  

Je passe sur la suite. Ses effusions, ses remerciements. Je l’avais sauvé du déshonneur, de la faillite, de la famine. Il allait récupérer Lola, retirer son petit dernier de la famille d’accueil, abandonner le vélo trop dangereux. Il revivait, rayonnait, retrouvait ses couleurs, rajeunissait, une nouvelle vie allait commencer, etc.

Je n’avais fait, comme d’habitude, que mon devoir. Il faut s’aider, entre amis de 30 ans.  

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13.02.2008

FABLE-FICTION

Pourquoi 15’ avant la fin du monde ? Ça vous met en verve. Mais c’est encore plus improbable que de gagner l’euromillion ou d’être élu pape. Pas si sûr ! Gorge Profonde 002, mon indicateur à la Casa Blanca, m’a envoyé, en avant-première, ce qui pourrait être le dernier message présidentiel:

« Après 8 années passées à la tête de notre pays, je le laisse plus grand, plus fort, plus respecté, plus envié. Il éclaire le monde. Il montre le chemin. Il est l’exemple à suivre.

Demain son sort, le vôtre seront dans d’autres mains. Pour aider mon successeur à affronter sa tâche, faciliter son travail, j’ai un dernier devoir à remplir. Quoi qu’il en coûte, quoi qu’il m’en coûte, j’ai décidé que le moment était enfin venu de m’attaquer aux États voyous qui menacent notre sécurité. Les États qui, plutôt que combattre leurs misères intérieures, fomentent le terrorisme international, attisent les haines,

-          veulent se doter d’armes de destruction massive ;

-          emploient la torture pour faire avouer des innocents;

-          détiennent sans procès, sans jugement dans des conditions inhumaines, des hommes, des femmes pendant des années dans leurs prisons ;

-          font voter des lois d’exception pour restreindre les libertés ;

-          kidnappent, séquestrent partout dans le monde, font disparaître sans raison, sans vergogne, de supposés coupables ;

-          envahissent des pays pour contrôler leurs richesses ;

-          imposent leurs valeurs à ceux qui n’en veulent pas ;

Aujourd’hui, maintenant, je vais débarrasser notre pays, le monde de ces États-là, pour qu’ils disparaissent dans les flammes de l’enfer. J’appuie sur le bouton. Adieu Iran, Corée du Nord, Libye, États-Unis… Oh, shiiiit ! Tous aux abris !!! »