25.06.2008
Cancer et compagnie
Le cancer est un minotaure qui tue de plus en plus. Sandro avait, le 28 janvier dernier, dans un article intitulé « Le crabe aux pinces d’or », montré avec clarté et colère l’ampleur de l’hécatombe, l’augmentation apparemment irréversible et, en face, gesticulation, arrogance et impuissance. Quelques chiffres : en 1980 160.000 cas, 278.000 en 2000. On en guérit beaucoup mais on en meurt de plus en plus : 124.000 décès en 1980, 152.500 en 2003. Les statistiques nous disent aussi qu’entre 35 et 64 ans c’est (et de loin) la maladie la plus mortelle.
Le problème est trop grave pour ne pas en parler dès que l’occasion en est donnée. Une étude parue le 26 mars 2008 - la presse en a un peu parlé - mérite d’être commentée. Coordonnée par PAN-Europe (Pesticides Action Network Europe), soutenue par le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures), elle était intitulée « Message dans une bouteille » avec, en sous-titre « Étude sur la présence de résidus de pesticides dans le vin ». 40 bouteilles de vin rouge ont été analysées en provenance de France et de 7 autres pays. 34 étaient issues de l’agriculture intensive, 6 d’agriculture biologique. 100 % des vins conventionnels étaient contaminés avec, en moyenne, 4 résidus de pesticides différents, les plus contaminés contenaient jusqu’à 10 pesticides. Le niveau de contamination est résumé par ce chiffre : 5.800 fois plus élevée que pour l’eau potable. Les vins biologiques analysés ne renferment pas de résidus de pesticides à l’exception d’un échantillon de Bourgogne dans lequel on a trouvé des quantités faibles d’un produit. Cela est expliqué par les dérives des pulvérisations en provenance des parcelles voisines. L’échantillon était petit mais il ne faisait que confirmer d’autres enquêtes.
Cette présence massive de pesticides dans le vin est due à leur utilisation intensive par les viticulteurs : 20% des pesticides utilisés le sont sur les 3% de la surface agricole consacrée à la vigne.
L’étude rappelle la publication par la Commission européenne (octobre 2007) d’une analyse qui montrait une contamination globale de la chaîne alimentaire européenne. Sur 62. 000 produits alimentaires, plus de 349 pesticides différents ont été détectés : 41 % contenaient des pesticides, 4,7 % en contenaient à des doses supérieures aux limites légales. Les fruits, légumes et céréales représentaient 92 % des échantillons.
Chaque année plus de 220.000 tonnes de pesticides sont épandues en Europe :
- 108.000 tonnes de fongicides,
- 84.000 tonnes d’herbicides,
- 21.000 d’insecticides,
- 7.000 de régulateurs de croissance.
Cela représente 500 grammes de substances actives pour chaque homme, femme et enfant vivant dans l’Union européenne.
La France est le premier utilisateur de pesticides en Europe avec plus de 100.000 tonnes annuelles.
Reprenons les termes de l’équation :
- d’un côté, nous avons une progression des cancers avec de plus en plus de cas, de plus en plus de morts ;
- de l’autre côté nous avons une progression de l’utilisation par l’agriculture classique des pesticides (appelés désormais produits phytosanitaires pour tromper le public car ils ne doivent rien aux plantes – phyto en grec – et leurs effets secondaires redoutables leur enlèvent toute action sanitaire – du latin sanitas : santé).
La quantité utilisée double tous les 10 ans depuis 1940. Nous en consommons en buvant du vin, en mangeant des fraises, des pommes, des poires, des légumes, etc.
Les chiffres globaux des uns et des autres ont été donnés. Pour enfoncer le clou, prenons l’exemple du cancer colorectal, une localisation en plein essor.
- en 1970 : 7.000 morts
- en 2006 : 17.000 morts et 38.000 nouveaux cas.
Ces 10.000 morts de plus ne doivent pas faire ignorer qu’en 37 ans le dépistage et le traitement se sont beaucoup améliorés. Beaucoup de polypes colorectaux qui se seraient cancérisés ont été dépistés et éliminés à l’occasion des coloscopies devenues des examens de routine. Tous ces polypes, cancers en puissance, n’entrent pas dans les statistiques des cancers colorectaux et des états précancéreux.
Je n’ai lu, dans aucune publication médicale, dans aucun compte-rendu de congrès de gastro-entérologie, qu’une corrélation mériterait peut-être d’être faite entre cette progression des cancers colorectaux et la consommation des pesticides au travers de nos trois repas quotidiens. Le monde médical feint d’ignorer que :
1.- les pesticides peuvent être neurotoxiques, toxiques pour le développement embryonnaire, perturbateurs endocriniens mais aussi cancérigènes ;
2.- que ces affirmations ne sont pas des élucubrations de rêveurs écologiques, d’utopistes farfelus mais des substances classées en tant que telles par l’Union européenne ou le ministère de l’agriculture : procymidone, iprodione, manèbe, captan, iprovalicarb, oxadixyl, vinclozolin, pyrimethanil, entre autres.
Une question se pose : Comment un produit actif sur une cellule vivante au point d’avoir la capacité de la détruire, pourrait-il être inoffensif sur un autre cellule vivant à ses côtés ? Un globule blanc de notre sang, une cellule de l’épithélium de notre côlon soumis durant des décennies au contact avec le produit qui tue le mildiou, le parasite du maïs, le doryphore, la cochenille, etc. n’auraient aucune raison de s’en plaindre ? Par quel miracle, au nom de la sélectivité, d’une dose-seuil, d’une sensibilité particulière, d’une grâce d’état ? Cela ne peut-il pas induire une souffrance, une transformation, une mutation, une prolifération ? Le risque radioactif lié aux déchets nucléaires est reconnu mais celui des pesticides est refusé par les mêmes instances alors qu’ils sont, eux aussi, rémanents, cumulatifs, actifs à petites doses et que les organes en développement y sont particulièrement sensibles (foetus, enfant) ?
Fort de ce constant, de ces évidences, on est tenté de dire et même de crier :
- si on veut diminuer la progression des cancers en tout genre, il conviendrait d’arrêter la progression de la production et de l’utilisation des pesticides cancérigènes dans l’agriculture et, en poussant encore plus loin le raisonnement, on pourrait aller jusqu’à proposer :
- d’arrêter de consommer, dès maintenant, les produits cancérigènes que l’on trouve dans nos assiettes, dans nos verres chaque fois que nous nous mettons à table, que nous croquons une pomme, mangeons une fraise, buvons un verre, etc.
Ce raisonnement primaire n’est pourtant pas retenu. Le discours officiel est différent. Il est bien représenté en France par le rapport des Académies des Sciences et de Médecine rédigé avec le Centre International de recherche sur le cancer (13 septembre 2007). On y apprend que le tabac est la première cause des décès masculins par cancer (33,5%) en 2000.L’alcool vient en 2ème ligne avec 9,4% des décès par cancer chez l’homme. Le rôle de l’excès de poids et de l’insuffisance de l’exercice physique est aussi quantifié mais il y a une phrase qui laisse pantois : « Contrairement à certaines allégations, l’étude montre que 1% au plus des décès par cancer peuvent être attribués avec certitude à la pollution ». Il relève entre autres que « le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide ».
Avec une logique qui ne peut être que l’apanage d’esprits supérieurs, ces sages disent plus tard que 85% des cancers chez les non-fumeurs restent inexpliqués.
Ce rapport est étonnant car, si ses conclusions sont péremptoires, il déplore aussi que « les études de qualité sont trop rares…/… Il reste à mettre en œuvre dans beaucoup de domaines des études épidémiologiques de longue haleine, de bonne qualité, mobilisant beaucoup de ressources afin de pouvoir établir clairement les liens de cause à effet et pouvoir les évaluer quantitativement ».
En clair, ces académiciens nous disent : vous pouvez manger ½ Kg de poison, même vos bébés, vous n’en souffrirez pas. Les produits cancérigènes que vous mangez ne vous feront aucun mal.
«Nous sommes tous convaincus que l’alimentation a un rôle très important mais nous ne savons pas trop comment » admet pourtant le professeur Tubiana, co-président du rapport.
Ce rapport a soulevé un tollé de protestations. Il est qualifié de partiel et de partial puisqu’il nie aussi bien la responsabilité des effets cancérigènes des incinérateurs que celle des pesticides dans l’alimentation issue de l’agriculture intensive.
Une justification extraordinaire de ce parti pris a été donnée par un des membres du CIRC : « … Le Béta-carotène avait été identifié en laboratoire comme un facteur de réduction du cancer.. C’est l’effet inverse qui a été observé…/… C’est pour cela qu’il faut être vigilants… ». Ainsi cet expert nous suggère, sans rire, que, parce qu’un anticancéreux supposé s’est avéré cancérigène, finalement un produit cancérigène reconnu doit être anodin !
Le ministère de l’agriculture gère le problème avec des grands mots et des beaux principes. Sa politique prétend concilier innocuité et efficacité, deux concepts inconciliables car contradictoires. La réalité de son action peut être trouvée dans un rapport du 19 novembre 2003 de la Commission des affaires économiques de l’environnement et du territoire et consacré aux activités agricoles et la protection de l’environnement. On y lit des phrases du genre : « Le problème de fond réside aujourd’hui moins dans l’évaluation des risques que dans les difficultés rencontrées par l’administration pour accéder aux données relatives aux intrants, aucune information n’étant obligatoire sur la consommation des pesticides ».
« On constate que les préconisations aux agriculteurs concernant l’usage des substances notamment en fonction des surfaces et de la nature des cultures sont insuffisantes ». « On peut regretter que les chambres d’agriculture ou les institutions techniques adoptent parfois des stratégies divergentes. On peut regretter le manque de coordination des actions des administrations (agriculture, santé, environnement) qui conduit à un dispositif de surveillance insuffisant et à l’absence de mesures correctes systématiques ».
Mais le plus inquiétant est sans doute la conclusion de cette commission. Elle n’est pas d’accord pour réduire - comme l’a proposé le Parlement européen - de 50% la consommation de produits phytosanitaires car « Cette industrie s’adapte et propose aujourd’hui des produits actifs à très faibles doses… ». Et, ajoute-t-elle : « fixer un objectif purement quantitatif n’a donc que peu de sens quand il s’agit en réalité de travailler sur la gestion des risques en écartant les substances les plus dangereuses ».
Même avec le plus grand respect pour l’éminence de ces sommités scientifiques et, en ne s’autorisant aucun esprit critique, on peut s’étonner de tant d’impudence et même d’imprudence. Les progrès dont a bénéficié la santé publique ont, depuis toujours, été dus à la capacité qu’ont eu quelques uns à montrer que des corrélations élémentaires pouvaient tout changer :
- se laver les mains avant d’opérer ;
- stériliser l’eau en la faisant bouillir ;
- éradiquer les puces pour éviter la peste ;
- vacciner contre le tétanos pour éviter de mourir du tétanos ;
- traiter l’hypertension artérielle a permis de réduire les infarctus du cerveau et du cœur ;
- supprimer l’hélicobacter pylori de l’estomac pour supprimer l’ulcère d’estomac ;
- ne pas fumer pour éviter le cancer du poumon ;
- rouler moins vite pour diminuer les accidents de la route.
On pourrait multiplier les exemples. On s’apercevrait que, chaque fois, ceux qui ont préconisé un changement d’habitudes, une rupture dans la tradition, ont trouvé des adversaires.
Et aujourd’hui, ceux qui disent : pour avoir moins de cancers, supprimons les cancérigènes de nos assiettes suscitent le même dédain.
Pourquoi cet aveuglement :
1/ des politiques.
Leurs raisons sont nombreuses et toutes trahissent leurs qualités :
- Supprimer les pesticides c’est heurter de front le lobby paysan et sa fédération qui dirige en fait le ministère de l’agriculture ;
- Cette agriculture intensive, subventionnée, polluante reste puissante. Elle massacre la nature dans toutes ses composantes : air, terre et eau. Elle sait imposer sa loi à nos politiciens de droite ou de gauche. Conservatrice, traditionnelle même dans ses mauvaises habitudes elle a fait du rendement et donc des traitements, de l’irrigation, des grandes surfaces, d’une mécanisation totale sa règle de prospérité. Elle considère l’agriculture sans engrais issus de la chimie, sans pesticides, sans OGM comme une folie, une rêverie, une utopie. Elle l’obligerait à un examen de conscience, elle qui n’en a plus, à un retour à la terre elle qui ne rêve que de culture hors sol. Elle a donc réussi à la marginaliser tout juste capable d’alimenter quelques marchés, quelques linéaires alibis dans une grande surface. Cette grande surface qui raffole d’une production massive sous pesticide achetée à bas prix, ne veut pas de produits bio plus chers, produits avec plus de travail du sol, moins de rendement, des fruits et légumes un peu moins présentables. Leurs marges ne pourraient plus être les mêmes.
L’agriculture traditionnelle dicte sa loi mais les politiques ont d’autres raisons : le cancer a été proclamé grande cause nationale par l’ancien président. Quelle sollicitude pour notre santé, quel grand homme. Cela permet des beaux discours, d’émouvantes homélies et de mettre en branle un plan de reconquête du territoire afin que chaque cancéreux puisse se faire soigner partout au mieux. Couvrir le paysage de centres anticancéreux, irriguer la recherche de crédits sont des signes qui traduisent une volonté qui impressionne.
2/ Les médecins.
Ce sont les fantassins de la guerre contre le cancer. Ils traquent l’ennemi partout où il se cache. Leur technologie avance : l’imagerie, l’arsenal chimique, ionique, radioactif, atomique, thermique, cryogénique, génétique et j’en passe est servie par une armée attentionnée, affairée, débordée.
Le recrutement ne pose pas de problème. L’hécatombe est telle, le mailing si bien fait, les spots si efficaces qu’il est difficile d’échapper aux dépistages en tout genre. On a même raison de s’y soumettre compte tenu du risque. La médecine a donc un terrain de manœuvre et un champ d’action quasiment illimités, en croissance continue. Quel commerce, quelle industrie en ces temps de marasme affiche de telles performances ?
Tellement occupée à bien faire, il est normal que les médecins en charge du cancer, aient peu de temps à consacrer à la recherche clinique, à l’établissement d’une corrélation. Cela suppose des années d’observation, des recueils fastidieux de données. Tout cela est long, demande de la persévérance, de la volonté. Monsieur Boffetta du CIRC qui connaît bien le sujet a raison de se lamenter de l’indigence de ce type d’études. Elles ne permettent pas d’effets d’annonce, de déclarations fracassantes à tous les médias sur la découverte d’une molécule qui a eu des effets miraculeux sur une mouche génétiquement modifiée et qui présage certainement la découverte du médicament miracle d’après-demain.
Donc, pour certains de ces médecins-là des cancérigènes dans notre assiette, cela ne porte pas à conséquence et ne saurait les motiver pour les étudier. Les confrères – il y en a, oncologues comme eux - qui s’inquiètent, protestent, refusent ce consensus. Ils sont considérés par ces savants, ces académiciens avec la même désinvolture, le même mépris qu’un gros producteur de maïs, un maraîcher industriel considèrent leur confrère bio qui s’échine à ne pas travailler main dans la main avec Monsanto.
Il faut dire aussi que ces médecins-là ont une responsabilité aggravée car ce sont eux qui conseillent les politiciens qui nous gouvernent. Ils leur cachent une réalité qu’ils se refusent eux-mêmes à considérer. Les scandales de l’amiante, du sang pollué, des hypophyses vecteurs de prions et conditionnés en hormone de croissance n’ont jamais été dénoncés par ces élites-là. Elles sont trop respectueuses, ont trop d’avantages acquis, émargent à trop de commissions, fréquentent trop les pouvoirs pour n’en être pas prisonnières. Elles ont trop à perdre pour se permettre de penser et d’agir librement.
Les mêmes et d’autres s’exonèrent d’une façon classique de leur responsabilité en accusant le cancéreux potentiel d’être seul responsable de son futur malheur. Cela est vrai pour l’addict au tabac, à l’alcool. Mais faire croire qu’un peu de sport, quelques fruits chaque jour ou un peu plus de fibres - ou quelques autres idées qui ne manqueront pas de les remplacer ou de s’y ajouter - sont suffisants pour l’éviter est une infamie. Demander des frottis, des examens radiologiques, des recherches de sang dans les selles, des coloscopies, des tests pour faire du dépistage précoce et à des rythmes qui, s’ils étaient appliqués feraient exploser tous les services concernés est également la tentation actuelle et la politique appliquées. Elle est utile mais n’est qu’un pis aller. Pour éviter que la grenade explose il faut ne pas jouer avec elle.
Le discours est inaudible quand le monde agro-alimentaire, l’industrie chimique lourde et la grande distribution ont toutes les cartes en main.
3/ L’industrie.
Elle se porte bien. Les anticancéreux sont le présent et l’avenir des laboratoires. Ils y trouvent leurs meilleures ventes. Les industriels de l’armement anticancéreux sont aussi actifs, prospères. Le marché est porteur. Il faut espérer qu’ils travaillent à la victoire et ne feront pas durer la guerre.
Conclusion : Au nom du principe de précaution, il faut faire disparaître les pesticides de nos assiettes. C’est une obligation qui devrait ne faire l’objet d’aucun moratoire ou d’étapes s’étageant sur des décennies. C’est une mesure à prendre avec effet immédiat. Il revient à chacun de s’y efforcer. Ce n’est pas facile. Je ne prétends pas non plus que cela suffisse, qu’il n’y ait pas d’autres causes, qu’il faille se contenter de cette prévention, mais au moins arrêtons de jouer avec le feu.
C’est en y pensant que j’ai écrit une lettre à monsieur Michel Édouard Leclerc le 30 avril dernier. Sur le ton du respect et de la déférence je m’adressais au chevalier blanc de la grande distribution qui a la défense du consommateur comme unique souci, dit-il :
Cher Monsieur,Vous avez sans doute pris connaissance de façon directe ou indirecte des résultats d’une enquête récente sur la présence de pesticides en quantité importante dans le vin. 100% des vins issus de la viticulture traditionnelle étaient contaminés avec des niveaux de pollution effrayants (5.800 fois plus élevés que l’eau potable). Le taux est la conséquence de l’utilisation intensive des pesticides puisque 20% des 200.000 tonnes sont utilisés en viticulture qui ne représente que 3% de la surface agricole (dans l’Union européenne). La France est le plus gros client de cette industrie chimique.
La consommation correspond à ½ Kg de substances actives par an, par habitant.
Ces produits sont cancérigènes, provoquent des anomalies chromosomiques et favoriseraient le développement des maladies neuro-dégéneratives.
L’agriculture classique dans sa course au rendement se moque des conséquences de son recours grandissant à ce type de produits. Une production sans pesticides, respectueuse de la nature, de la santé est possible. Elle existe mais reste marginale.
Vos interventions sont axées sur la défense du pouvoir d’achat des consommateurs. Devenez aussi le défenseur de leur santé en annonçant que les centres Leclerc se battront pour donner une nourriture sans pesticide à leurs clients. Commencez par le vin en prévenant vos fournisseurs que d’ici 4 ou 5 ans seuls les vins issus d’une viticulture biologique seront admis sur vos linéaires.
Le retentissement de cet avertissement sera énorme. Il mettra le gouvernement dans l’embarras.
Vous aurez été celui qui, plus courageux que l’État, aurez réussi ce que la réglementation, sous la pression de Bruxelles, n’arrivera à obtenir que dans un futur lointain. Cette démarche volontariste, responsable, citoyenne, devra être entreprise aussi – mais dans un second temps – pour les fruits, les légumes, les céréales, tout aussi pollués.
Vous pouvez, vous devez avoir ce courage. Vous acquerrez en le faisant un statut, une aura, un prestige que l’on ne peut imaginer. Je vous crois le seul en situation d’entreprendre cette croisade, capable d’en saisir l’opportunité, l’urgence, l’intérêt.
Je vous prie de croire, Cher Monsieur…
A ma grande surprise, à ma consternation, cette lettre est restée sans réponse. Michel Édouard m’a déçu. Je n’ai heureusement jamais cru à ses discours comme à ceux des politiques, ses pareils. Ce ne sont pas eux qui nous apporteront le bonheur ni la santé. Qu’on se le dise !
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15.10.2007
L’OBSERVATEUR-CONSEIL, UNE ACTIVITÉ D’AVENIR
Mon expérience, plusieurs témoignages, m’avaient, il y a longtemps, fait prendre conscience que l’évolution de la médecine avait transformé la relation du malade et du médecin. Le dialogue si singulier avait parfois même disparu. La machine faisant le diagnostic, la parole devient superflue.
Elle est pourtant utile, nécessaire. Le médecin trouve des informations qu’aucune machine ne lui donnera. Le patient exprime ses peurs, ses sensations. L’échange est réciproque, enrichissant, instructif pour l’un, curatif pour l’autre.
Ce constat m’avait fait rêver d’une nouvelle spécialité : l’observateur-conseil aux antipodes du médecin new-look, teknikon manager. Mon observateur-conseil (article paru dans Le Concours Médical 6-10-1985 - 107- 35 pp. 3333-3335) est resté dans les limbes mais son intérêt ne s’est pas évanoui.
L’observation médicale subit un sort curieux. Théoriquement l’objet de tous les soins, elle a un vécu moins glorieux. Le médecin polarise son attention sur la raison de la consultation. Son souci est immédiat. Il ne choque pas car il est aussi celui du client. Le médecin répond à une demande ou à la plainte par le geste, la parole qui la fera disparaître ou la mettra en sursis. Il agit en clinicien, en technicien et se sert peu de ces connaissances qui le font épidémiologiste, hygiéniste, nutritionniste, psychologue, environnementaliste, etc. ... Voudrait-il en faire bénéficier son malade que la consultation devenue interminable ne lui permettrait plus de vivre de son métier.
L’informatique laissait espérer que l’obstacle du temps pourrait être levé en laissant le consultant répondre à une batterie de questions défilant sur écran, la curiosité médicale s’étendant alors à des paramètres aujourd’hui négligés. La tendance actuelle se fait davantage vers l’utilisation de l’outil informatique pour la tenue du dossier administratif et l’archivage d’un résumé d’observation.
Tour à tour, le généraliste et le spécialiste ont aspiré à ce rôle. Le premier, comme médecin de famille, en a la possibilité. La stabilité de la société fige suffisamment les composantes pour lui permettre d’accumuler au fil des ans une connaissance de la parenté, du milieu social, des conditions de vie et des antécédents de tous ordres. Il situe d’emblée son patient dans le temps et dans l’espace de la famille, du village ou du quartier. Cet instantané vaut un long discours. Cependant la condition de l’exercice médical d’aujourd’hui permet rarement une telle approche.
Le généraliste est de plus aux prises avec une foule de petits et gros problèmes appelant tous une réponse rapide.
Le spécialiste a eu la même ambition dans l’étroitesse tout au moins du créneau où il oeuvre. L’évolution et sa formation concentrent en fait son attention sur un domaine, des gestes techniques et sur l’interprétation qu’il devra en donner. Les difficultés sont telles et le droit à l’erreur si limité qu’il lui reste peu de temps et de goût pour s’appesantir sur ce qui lui paraît difficile à appréhender.
Cette médecine pressée, à l’efficacité indiscutable, est le plus souvent suffisante. Le praticien a pourtant conscience que son assurance doit être comparée à la prudence des fondamentalistes qui essaient de déchiffrer la complexité de la conduite cellulaire et qui avouent une connaissance limitée, aléatoire. Ils savent bien qu’ignorant la subtilité du mécanisme à l’origine du processus athéromateux, de la mutation cancéreuse, de l’effondrement immunitaire, du déclenchement allergique, de la transformation schizophrénique, ils interviennent quand la thrombose est en place, la tumeur palpable, l’asthme installé ou la personnalité délirante. Ils font semblant de ne pas se choquer de l’inadéquation entre la réponse massive, tardive, aveugle et la finesse de la perturbation initiale.
Le but de l’observation
Le but de l’observation devrait être d’essayer de rapprocher les deux termes, la finalité de l’écoute et de l’interrogation devenant la recherche de l’influence primordiale aiguë ou chronique isolée ou en faisceau qui a empêché ou activé un mécanisme, enclenché un processus.
Cette démarche lente, à travers les habitudes, les comportements, l’environnement, le métier, le caractère, élargit la curiosité médicale à des circonstances, des activités, des sentiments, des substances jusqu’à présent pas toujours retenues.
Cet oubli est même curieux car, instinctivement, nous savons bien que nous sommes faits de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la viande que nous mangeons et nous devinons que la qualité de ces éléments-là n’est pas indifférente à la nôtre. Nous sentons de la même façon que notre corps réagit à la colère, à la peur, à la joie, à la honte, au plaisir. Mais le médecin, parce qu’il ne sait pas apprécier, feint de les ignorer. Il a fallu attendre 1983 pour s’apercevoir que le deuil provoquait une dépression des défenses immunitaires qui expliquait l’augmentation de la mortalité et de la morbidité.
L’interrogatoire pourrait même s’élargir à l’infini de tout ce qui concerne le patient en incluant le passé dont le souvenir n’est jamais oublié et le futur car l’idée qu’on s’en fait influence le comportement d’aujourd’hui. Il serait mené à la façon d’une enquête et l’histoire et la géographie du client seraient détaillées à la recherche des éléments capables d’induire une pathologie ou d’avoir préparé celle en cours.
Des modèles existent. Certains médecins aux États-Unis refusent de traiter la maladie. Ils font, à l’aide de questionnaires, l’inventaire physique et psychique. La conclusion est souvent une invitation à changer le mode de vie. Les centres de dépistage de la Sécurité sociale et de certaines grandes entreprises ont une finalité approchante. Leur justification s’inspire de l’évidence qu’il vaut mieux éviter une maladie que d’essayer de la guérir.
Cette expertise, quelle que soit la structure qui s’en charge, cherche à découvrir les facteurs et les indicateurs de risque. Ils sont multiples et les épidémiologistes l’allongent de façon continue. Ils sont corrélés au mode de vie, à l’hygiène, à l’alimentation, au travail, à l’environnement, à la psychologie, à l’hérédité, à l’éducation.
Le discours précédent décrit un procédé logique. Son utilité mérite d’être comparée à l’effort qu’il suppose. Le Dr Travis, l’un de ces observateurs-conseils remarque[1] : «J’ai été surpris du faible nombre de gens qui veulent réellement examiner leur mode de vie et envisager des changements. Nous voyons une foule de personnes qui ont d’énormes problèmes mais qui ne sont pas prêtes à se donner le mal de comprendre et de changer».
Le dilemme de la prévention
Cette réflexion désabusée résume le dilemme de la prévention. Clairvoyante, elle devient exigeante et se heurte à la pesanteur humaine.
L’acceptation varie selon la nature du conseil. Il est facilement reçu et suivi si sa conséquence bienfaisante est immédiate : porter des lunettes, mettre une talonnette dans une chaussure pour rétablir un appui, soigner une hypertension artérielle ou oculaire, consulter pour une lésion cardiaque, ulcéreuse ou précancéreuse, un diabète ou une anomalie lipidique athérogène.
Mais l’ambition de l‘observateur-conseil ne se limite pas au dépistage de quelques anomalies, son analyse insidieuse et indiscrète a pour finalité la détermination des causes lointaines de maladies futures et hypothétiques. Les suggestions de ces conclusions-là sont autrement sévères et la contrainte a du mal à se faire oublier.
Ne plus fumer et boire exige une volonté sans faille et une lutte permanente qui remplissent de frustration et de malaises la vie pendant des mois et des années. Manger lentement pour un tachyphage suppose une concentration sur la mastication qui transforme le repas en corvée. Demander au cadre dynamique, ambitieux et pressé d’arriver qu’il lui faut - pour ne plus être aussi un candidat à l’infarctus - reconsidérer sa façon d’être et de vivre et changer ses rapports avec le temps est une exigence exorbitante.
Le changement d’habitudes peut être moins éprouvant s’il ne comporte qu’un aménagement : le carnivore acceptera de sacrifier un peu au végétarisme, le sédentaire apprendra à aimer l’activité physique conseillée, le sportif vieillissant et toujours enragé comprendra qu’il est devenu un vétéran.
L’observateur-conseil est encore facilement écouté, compris et souvent entendu. Il n’est plus tout à fait le bon samaritain montrant du doigt le danger ou la tare. Il remet en question l’image que son client avait de lui-même en l’accusant implicitement d’être en train de se préparer une maladie par un comportement ou des choix dangereux et imbéciles. L’adoption des mesures conseillées suppose une adaptation qui est en fait, dans certains cas, une véritable mutation sociale, physique et psychologique. L’illusion du médecin est de croire qu’elle est toujours possible et souhaitable. L’erreur est aussi de ne pas voir que l’individu souffre des tares de la société où il vit. Le médecin risque de confondre la victime et le bourreau, ce mauvais démiurge en forme de structure étatique, aveugle et sourde, trop grosse pour être vue.
Le futur silicosé n’avait pas le choix culturel, économique de ne pas descendre dans la mine, ni l’ouvrier de l’amiante de fuir l’atelier empoisonné par les fibres. Les citadins et les paysans n’ont pas le contrôle de l’air pollué par les gaz de voitures, les pulvérisations d’insecticides, d’engrais, les poussières des usines et des moissons. Chacun est obligé de boire parfois une eau nitratée, de manger l’alimentation qu’offre la cantine ou la grande surface et qui prépare le terrain, avec le label de tous les laboratoires d’hygiène, aux dégénérescences artérielles et cancéreuses. L’alcool et le tabac dont l’abus est général permettent de supporter la vie. L’appartement exigu, bruyant, mal aéré et mal chauffé ne peut être remplacé par un logement confortable, quels qu’en soient l’envie et le besoin. Ces examens illustrent l’impossibilité d’agir sur tous les aspects nocifs dès lors qu’ils échappent à la responsabilité directe. Même limité à ceux-ci, l‘observateur-conseil conserve pourtant un large champ d’exploration et d’application. Il englobe toutes les corrélations indiscutables et les paramètres dont il est sûr que la suppression ne dévoilera pas un dérèglement encore plus dangereux. Quel serait ainsi le bénéfice escompté en faisant arrêter de fumer un individu incapable de supporter le sevrage et qui se suiciderait ?
Cette conception du médecin-conseil est rétrécie par rapport à celle qui l’envisageait élargissant son interrogatoire à tous les aspects de la vie. Son utilisation aboutirait à un acharnement à tout vouloir changer, aussi inhumain que celui dénoncé aux approches de la mort.
Une activité d’avenir
Son rôle reste cependant irremplaçable car nous ne voyons personne capable actuellement de le tenir. Le généraliste qui est le plus apte et le mieux placé pour le jouer n’a pas le pouvoir de passer plusieurs heures à son accomplissement pour le prix d’une consultation.
Cependant son besoin grandira quand la médecine livrée toute entière aux mathématiciens réduira encore la part du dialogue. Le nombre de mots échangés lors d’une consultation en ophtalmologie, radiologie, biologie, gynécologie, dermatologie, chez le dopplériste, l’échographiste, le scannériste, annonce le silence de l’acte médical de demain. L’observateur-conseil deviendra le seul à savoir écouter, interroger, examiner un corps et non pas un organe, conseiller sans prescrire, sans opérer.
Son travail ne concurrencera personne. Les circonstances de la visite sont différentes et il se place en amont des confrères. Son avenir est donc immense et son activité deviendra la plus belle de la profession en mobilisant son client vers le mieux et le possible. Il saura aussi pousser son discours un pas plus loin en faisant réfléchir sur les automatismes dont nous ne nous savons pas les victimes et qui fixent un comportement, une attitude, une somatisation, nous rendent étrangers à nous-mêmes et nous détruisent.
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[1] Travis, Ferguson. Pourquoi sommes-nous dans le rouge ? J. Med. Voyages, 1979,10,18-20.
13:05 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Observateur-conseil, médecine, malade, observation, prévention, habitudes
07.10.2007
LA PREVENTION... UNE MALADIE DE LA SANTE ?
Il y a plus de vingt ans j’avais publié dans une revue un petit article intitulé « La Prévention, une maladie de la santé ». En le relisant aujourd’hui, je constate qu’il reste d’actualité. La médecine a peu changé, la prévention reste toujours la tarte à la crème du discours officiel, le trou de la Sécu est de plus en plus un trou noir qui englobera tout. Un peu de médecine-fiction ne peut aggraver la situation, même si le pire est à venir si j’en crois ma prémonition…
Le traitement était l’exigence; aujourd’hui l’idée même de maladie est haïe et la prévention devient la priorité. Elle paraît la solution à la crise qui menace d’engloutir le système de santé. Une vaccination anti-tétanique coûte moins cher que le tétanos. L’abstention tabagique peut faire l’économie d’un cancer du poumon, d’une artérite, d’un infarctus. Un nettoyage des dents après chaque repas évitera le dentier à 50 ans, etc. La réussite d’une telle politique suppose la correction des facteurs de risque, l’assainissement de l’environnement. Quelle est la révolution qui a exigé autant de l’individu et de l’État ? On comprend leurs hésitations.
La médecine, elle, est capable, dès maintenant, de faire la part du travail qui lui revient. Elle en a la technologie et le savoir. Nous voudrions montrer à quel scénario la logique du système pourrait conduire.
La prévention passe par le dépistage. Il œuvre depuis longtemps et peu y échappent dans les dispensaires, la médecine scolaire, la médecine du travail, les bilans de santé, etc. Le rituel était économique : un examen rapide, un interrogatoire succinct, une prise de tension, une graphie pulmonaire, une urée, un cholestérol, une glycémie, une sérologie avant le mariage. Cette routine rustique découvrait parfois une tuberculose, une syphilis, une hypertension, un diabète. Mais les mailles du filet étaient larges et la pêche jamais miraculeuse.
Un dépistage moderne, condition d’une prévention efficace avant l’infarctus, le ramollissement cérébral, le cancer, relève d’une toute autre méthodologie. Il ne s’agit plus de voltigeurs légers mais d’artillerie lourde. Cette évolution est illustrée par l’exemple des maladies cardio-vasculaires. Hier, un sujet inquiet et voulant connaître l’état de son cœur était interrogé, examiné cliniquement, avait un électrocardiogramme de repos et parfois d’effort, une radioscopie du cœur; un dosage du sucre, du cholestérol, de l’acide urique était demandé si quelques troubles métaboliques étaient suspectés. La conclusion négative ou positive tombait après ce bilan et chacun s’en contentait. Le prix à payer était minime : un K12 ou un K16, un Z2 et les quelques B de la biologie.
Aujourd’hui et encore plus demain le même sujet avec la même inquiétude ne se satisfait pas d’un électrocardiogramme et de quelques questions. Il en connaît les limites aussi bien que le médecin et des réponses rassurantes ne le rassurent plus. La fiabilité du diagnostic passe par le recours à une technologie qui combine tous les tics à la mode. Un enregistrement de l’activité électrique de son cœur sera fait pendant 24-48 heures et l’ordinateur l’interprétera en quelques minutes. Il préfigure le Holter miniaturisé et implanté qui, en permanence, via un satellite, renseignera l’ordinateur central de la santé publique, assurant en retour le traitement ambulatoire instantané.
Le coût de cette surveillance est actuellement de K40 (460 F) pour 24 heures. Le contrôle des axes artériels à la recherche des rétrécissements ne peut plus se faire sans doppler, échographie, pléthysmographie, périflow quand on veut se limiter au plus économique.
L’autre grande pathologie dévoreuse est le cancer. Sa mythologie est devenue celle du minotaure. Aucun effort n’est superflu pour se libérer de la peur de l’avoir. La technologie est là aussi à pied d’œuvre et peut répondre à la demande.
Chacun, dès la quarantaine se livrera dorénavant au rite de la rectoscopie, de l’endoscopie, du lavement baryté à double contraste pour innocenter le gros côlon. Les aspirations bronchiques, gastriques à la recherche de cellules malignes permettront peut-être d’échapper à la prise directe de photographies en attendant la découpe au scanner ou l’analyse moléculaire de la résonance magnétique. La palpation du sein apparaît vite comme un geste archaïque et là encore la batterie de mammographie, thermographie, xérographie doit donner une réponse.
L’analyse des troubles métaboliques ne pourra plus valablement être limitée à l’examen d’une constante à un moment arbitraire. L’étude sera dynamique et dans le continu du nycthémère, le problème étant de savoir quand et si l’on peut l’arrêter.
Ce survol de ce qui est déjà chaque jour un peu plus le contrôle préventif des principales maladies montre ce que l’assuré sain et désireux de se le voir confirmer peut obtenir de son système de santé et à quel prix. La structure éclaterait cependant si chacun usait de ce droit. Mais la mentalité commune n’a pas atteint cette conscience et l’éducation pour la santé n’a heureusement pas les moyens de sa prétention. L’asphyxie serait immédiate comme la banqueroute; on s’apercevrait que l’individu en bonne santé qui cherche seulement à le savoir coûte aussi cher que le malade qui demande à guérir.
L’apocalypse financière où conduit une prévention utilisée par tous les ayants droit n’est pas la seule perspective. Une intervention aux conséquences incalculables doit être posée. Une société mobilisée sur cet objectif pourrait assumer cette revendication et en payer le prix. Mais est-on sûr que la santé en serait réellement bénéficiaire ? Ne peut-on pas craindre que la certitude d’une sécurité parfaite régie par l’ordinateur de la santé publique n’aboutisse à mettre au repos le système de défense de l’individu lui-même et à la création d’un nouveau type de syndrome immunodéficitaire acquis qui n’épargnerait que des marginaux non branchés ?
19:21 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prévention, maladie, médecine, infarctus, cancer, ordinateur, surveillance
03.05.2007
MEDECINE ANGLAISE
Le Bulletin de l’Ordre des médecins de l’Indre et Loire livre, dans son numéro de janvier 2007, le témoignage d’un médecin tourangeau qui, lassé de son exercice libéral en France a tenté l’aventure Outre-manche.
Pendant 21 mois il a exercé en tant que salarié dans le National Health Service (NHS). Je n’avais jamais lu un témoignage de l’intérieur relatant ce qu’est la médecine de ville en Grande-Bretagne. Parce que vous ne lisez pas forcément le Bulletin de l’Ordre et que l’article n’est pas disponible en ligne, je trouve instructif de reprendre ce qui a impressionné ce médecin courageux et curieux et les raisons qui l’ont fait revenir au pays :
Les particularismes du système de soins :
• pas de paiement à l'acte, l0 minutes maximum par rendez-vous, nombreux formulaires et procédures à suivre, beaucoup de personnel pour l'administratif (2 à 3 par médecin avec l'équivalent d'une surveillante pour coordonner le tout), fermeture des cabinets à 18 H, pas de garde, ni de samedis travaillés, accès direct au spécialiste impossible sauf dans le privé mais les tarifs sont très dissuasifs ;
• des infirmières s'occupent de voir les patients à pathologies chroniques suivant des protocoles précis. L'avantage est l'homogénéisation des suivis et prescriptions dans tout le pays mais rend l'exercice ennuyeux et très stéréotypé ;
• les rendez-vous avec les spécialistes sont programmés en fonction du courrier que les médecins leur adressent, cela demande en moyenne 2 à 6 mois suivant les disciplines ;
• une échographie dite urgente sera effectuée 2 semaines plus tard, 10 à 12 semaines pour non urgente ;
• une IRM par an et par médecin généraliste est autorisée, les autres sont sur avis du spécialiste ;
• beaucoup de patients se rendent dans les services d'urgences des hôpitaux, bondés en permanence, du fait de la difficulté d'obtenir un rendez-vous chez le généraliste ;
• les nourrissons sont vus par des infirmières, les femmes enceintes par des sages femmes. Les mères, habituées à n'avoir presque jamais de prescription autre que les antipyrétiques ne consultent que très peu. Les otites sont peu ou pas traitées ;
• la gynécologie pose des problèmes, il est impératif d'avoir une tierce personne dans la pièce.
Les moteurs du système de soins :
• le NHS semble aux mains de managers qui ne sont pas médecins, qui organisent, planifient, codifient toute la pratique dans le sens de l'économie du budget de la santé sur la base d'études et d'évaluations des pratiques.
La rémunération du médecin :
• le médecin peut être salarié d'un cabinet médical avec: horaires négociés, congés payés, indemnités journalières, système de retraite intéressant. Ou bien être libéral, l'argent venant du NHS en fonction de : pour 60 % du nombre de patients inscrits dans le cabinet, 40 % en fonction de points collectés en remplissant des objectifs.
Il ne précise pas le montant des revenus.
A noter :
• les recommandations des comités scientifiques sont respectées très scrupuleusement ;
• pas de visite d'aptitude sportive, c'est du domaine de la responsabilité individuelle ;
• les patients peuvent se faire porter absents pendant 7 jours consécutifs sans justificatif médical, mais le système d'indemnisation journalière est si mauvais que cela dissuade de rester à la maison ;
• entre 18 et 60 ans participation du patient à chaque médicament prescrit (hors ALD) ;
• les aides aux handicapés ou personnes dépendantes sont plus développées qu'en France (ascenseur d'escalier, personnel à domicile...).
Pourquoi le retour en France :
• système lent, pesant et qualité des soins insuffisante ;
• impression d’être sur une autre planète
Point positif :
• extraordinaire expérience d’une autre culture médicale qui relativise nos récriminations
et :
• mise en garde de ne pas laisser notre système de soins aux mains des technocrates et managers (comme en Grande-Bretagne).
3 mai 2007
16:40 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médecin, NHS, Grande-Bretagne, particularismes








