18.06.2008
Mardi 17 juin
Obéissant à je ne sais quelle tour de contrôle, les jeunes hirondelles de la première nichée ont jailli de leur nid et encombrent le ciel. Elles sont une bonne douzaine à virevolter en tous sens. Elles n’ont pas la virtuosité des parents mais leur premier essai peut rendre jaloux tous les autres : moineaux, mésanges, hochequeues, etc. Eux tombent plus qu’ils ne volent du nid et à terre les parents les nourrissent encore. Les hirondeaux se lancent à l’assaut du ciel et ne visent pas la terre. Ils s’élancent du nid comme en apesanteur. Le moteur n’a aucun raté. On sent bien que l’entraînement ne fait que commencer et que l’effort fatigue. Le faîte du toit de la grange est heureusement là. Elles sont une dizaine à s’y reposer tandis que je les regarde, content de leur bonheur. Après quelques ébats, les parents ont repris le travail pour la deuxième nichée. Ils doivent se dépêcher car sans assurance, sans sécurité, sans rien ni personne pour les défendre, il n ‘y a que le nombre qui peut les rassurer.
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08.05.2008
Enfin une bonne nouvelle : les hirondelles sont de retour
Fin août dernier, nos deux couples d’hirondelles étaient partis dans la pluie, le vent, le froid pour le Sud, abandonnant les oisillons de leur troisième nichée. Les circonstances de départ nous avaient laissés inquiets.
Courant avril elles étaient de retour. Plus nombreuses car c’est 4 couples qui nous ont rejoints. Elles ont déjà fini de restaurer les anciens nids. Avec la chaleur et l’explosion du plancton aérien, elles ont repris possession du ciel. Virtuoses de la voltige, elles feraient pâlir de jalousie la patrouille de France. Dès qu’elles se posent sur un fil électrique, le rebord d’une gouttière, leur babillement remplit l’air. Que de choses à dire ! Comme on voudrait les comprendre ! Leur énergie, ardeur, joie de vivre, leur élégance font des autres oiseaux familiers : mésanges, moineaux, rouges-gorges, bergeronnettes des spectateurs bien sages, des picoreurs laborieux aux envolées limitées au plus court, rectilignes, saccadées. Ils n’ont rien de commun avec ces étoiles filantes, venues d’ailleurs, s’activant entre deux voyages au long cours. Elles paraissent aussi contentes de nous voir, ces enchantées, que nous le sommes de leur présence, nous, les enchaînés.
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15.10.2007
VACANCES ET NOSTALGIE
Il y a quelques années j’avais redécouvert l’endroit où j’avais passé les vacances dans mon enfance. Le choc avait été rude. Récemment j’y suis retourné, par curiosité, par nostalgie. L’impression n’a pas changé, je m’y sens étranger, ne reconnaissant plus ni les lieux ni les gens. A vrai dire, je ne sais pas si je regrette l’île de ma jeunesse ou ma jeunesse ! Le petit texte de cette époque résume bien mon impression actuelle.
EXHIBITION
Après des années de vacances ombragées par les cocotiers, un compte en banque a marée basse m'a ramené au pays de celles de mon enfance, une côte charentaise. Les sentiers sont devenus des routes, la foret s'est mal lotie; les maisons ont envahi les vignes abandonnées.
Ce premier soir, je me raisonne: ce changement est banal, général. Il me choque simplement parce que je regarde le paysage à travers celui de mon souvenir. La même dégradation a eu lieu dans ma ville, ma rue mais je n'en ai pas souffert car je l'ai accompagnée. Bercé par les autos défilant sur la voie rapide, je me suis finalement endormi presque réconcilié avec ceux qui avaient certainement été obligés de subir ce changement.
Ces nouveaux estivants étaient à mon rendez-vous, le lendemain; à la Conche, la grande plage, face à la mer sauvage.
On m'avait prévenu: tu verras, ça a bien changé... Je n'ai pas été déçu. Je savais, par la multitude de voitures qui remplaçaient nos vélos que la foule avait succédé aux quelques familles qui se partageaient, il y a 30 ans, ce coin perdu. Le chemin de sable qui traverse la dune avait peu changé, simplement jalonné de bouteilles cassées, de sacs plastiques pris dans les barbelés, de papiers gras. Il m'introduisit d'un coup devant un bestiaire qui n'avait rien d'enchanté.
La plage était devenue la scène d'un théâtre vivant, mais d'un genre spécial avec des acteurs et des actrices nus, échappés d'un cauchemar de Fellini. La nudité existait déjà, dans le temps, elle se cachait derrière une dune là-bas, à une lisière où se confondaient le tissu et la chair. Aujourd'hui elle était générale, se promenant indifférente. L'ambiance était sinistre. Chaque groupe, figé sur un territoire cerné par des détritus échappés des poubelles espagnoles commentait sournoisement le chaland qui passait et devenait absent dès qu'il approchait. Ce manège remplaçait les jeux de la plage et les cris des enfants. Il y avait l'imposition à tous d'une violence qui tenait à la laideur de la plupart des corps, La norme était aux bedaines tombantes, aux os pointus sous le muscle rare, aux seins pendouillards, à la cellulite géante ou à la maigreur cachectique, aux sexes broussailleux, parfois mollement excités d'être vus, le plus souvent honteux de se le permettre...
13:10 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nostalgie, vacances, enfance, vélos, voitures, plage, détritus
25.08.2007
Hirondelles, hirondeaux
Chaque année, j’attends le retour des hirondelles avec impatience et inquiétude. Aurons-nous encore le plaisir de leurs cris, de leur sarabande, de leur virtuosité, de leur dynamisme, de leur beauté.
Elles furent deux couples à revenir s’installer, à prendre leur aise, à accepter notre présence : l’un dans l’atelier, l’autre dans la grange. L’année dernière elles étaient plus nombreuses (5 nids). Les pertes lors de leur terrible voyage dans le sud sont énormes. Combien d’aventures, d’orages, de tempêtes, de souffrances ont-elles subies ?
Les rescapées qui reviennent sont des héros, des héroïnes dont les exploits surpassent tout ce que l’on peut imaginer.
Nos deux couples eurent deux nichées menées sans encombre. Une troisième fut mise en route début août et, mardi, ils étaient 4 petits becs dans mon atelier qui réclamaient encore avec impatience et vivacité leur pitance. Les parents répondaient comme d’habitude à leur fringale. Je m’absentai de mardi midi à mercredi soir. A mon retour, un hirondeau était au sol, mort. Je voyais encore des becs noirs dépasser du nid mais aucun ne bougeait.
Jeudi matin je me suis rendu à l’évidence. Il n’y avait plus d’hirondelles dans le ciel. Les oisillons dans le nid étaient morts, de faim, de soif, de froid. Dans la grange j’en découvris 2, également morts. Les parents avaient pris déjà le grand départ, poussés par une nécessité plus forte que le besoin de nourrir les jeunes encore au nid. Il leur manquait peu pour le premier vol car les trois semaines d’élevage étaient presque terminées. L’abandon du nid, des jeunes par les hirondelles au moment de la migration est classique mais en faire le constat soi-même rend triste et rappelle la dureté de la vie sauvage.
On peut aussi craindre le pire pour les hirondelles adultes et jeunes qui sont parties ces jours là car le temps était exécrable avec pluie, vent et refroidissement. Ces conditions climatiques sont les pires pour commencer un vol au long cours. Comment se nourrir car les insectes volants dont ils se nourrissent disparaissent de l’air et où se protéger en pays inconnu, hostile ? L’hécatombe a déjà commencé. Combien reviendront partager notre vie pendant plusieurs mois en 2008 ?
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15:35 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hirondelles, migration, abandon, tristesse








