19.05.2008
DIX SECONDES INOUBLIABLES
Le 4ème « Indiana Jones » de Spielberg arrive sur nos écrans et la promo bat son plein. Dans un bavardage qui s’étire sur 4 pages dans le dernier numéro de l’Express, le réalisateur nous parle de lui et de la saga. Quelques lignes sont consacrées à une courte séquence du premier, « Les Aventuriers de l'Arche Perdue » (1981). Le héros est poursuivi dans une foule. Elle s’écarte et, devant lui, à 20 mètres, surgit un arabe magnifique, enturbanné, armé d’un cimeterre qu’il agite de façon experte et menaçante. Il veut manifestement en découdre et barrer le chemin. Indiana Jones le regarde d’un air ennuyé, dégaine son colt, vise l’autre – toujours aussi loin, en attente du combat singulier – l’abat et s’éloigne sans un regard.
Cette scène m’avait choqué et je la revois dès qu’il est fait référence à « Indiana Jones » et à Spielberg. Je la trouve à la fois insupportable et révélatrice. Ma réaction étonnerait le réalisateur et le journaliste car aucun n’y voit manifestement ce que j’y ai vu.
Spielberg décrit complaisamment les raisons qui ont écourté la séquence. Harrison Ford, après 4 heures de tournage avait quelques soucis de santé et il fallait le laisser se reposer et pour cela, écourter la scène. La solution – élégante – était donc de se débarrasser rapidement de cet arabe belliqueux. Un mort dans un film d’action est-ce vraiment grave ? Cette fois-ci la manière m’a scandalisé car elle révélait un mépris total. Ce n’était qu’un insecte inopportun dont on se débarrasse d’une chiquenaude, sans y penser. Mon étonnement, par la suite, s’est accru de n’avoir jamais entendu ou lu une remarque allant dans le sens de ma réflexion. Télérama – ce média tellement bien pensant – ne s’en était pas ému quand l’occasion lui en avait été donnée, il y a quelques mois : les raisons cliniques de la scène avaient été expliquées. La même scène et la même explication ont été fournies sans plus de réaction du journaliste Dimanche soir au 20 heures de France2, dans l’entretien avec Spielberg et Ford.
Spielberg n’est pas un innocent. Ses films d’aventures, de guerres, d’histoires, de fiction portent toujours un message et il connaît la valeur des images, lui qui dit, à propos de « la liste de Schindler » : « Je savais quel impact un film pouvait avoir ». Il prétend aussi faire des films pour ses enfants. Pourtant, il est indifférent à l’influence que peut avoir le spectacle d’un homme qui se fait tuer comme on écrase un moustique sur leur appréhension du monde.
Il y a bien plus derrière cette apparence. La qualité des protagonistes donne à la scène une valeur symbolique. Pour l’apprécier à sa juste dimension, inversez les rôles. L’arabe, sobrement vêtu, tue avec la même désinvolture un américain ou un israélien dans la foule. Le film étant le même, aussi bien fait, aussi populaire et distribué dans le monde entier. Imaginez le scandale, l’horreur, le tollé !
J’éprouve un malaise et une colère. On peut en dire beaucoup. Ce film, déjà lointain, préparait, avec d’autres et entre autres, les esprits à ce qui allait se passer 20 ans plus tard. Le grave est que vous habituez les esprits dans votre pays à considérer les autres – ici les arabes – comme des gêneurs sans valeur, potentiellement dangereux, à éliminer sans y penser. Vous donniez le feu vert à toutes les bavures qui ensanglantent les populations civiles quand vous partez faire la guerre en Irak.
C’est également se préparer à des représailles car la haine de ceux que l’on méprise de la sorte devient inexpiable. Ils n’auront de cesse de se venger. Les dix secondes de trop de ce film l’ont rendu dangereux car emblématique dans les deux camps.
Dorénavant Spielberg, pour moi, est cet américain qui s’autorise, sans remords, sans conscience, ce genre de scène. Est-ce du mépris, du racisme, de l’indifférence, une absence de sensibilité, de discernement, de réflexion ? Cela réduit à peu le portrait édifiant que l’on veut nous vendre.
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19:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, Spielberg, critique, mépris
28.04.2008
QUESTIONS IMPOSSIBLES
La conférence de presse du président Sarkozy ne s’inscrira pas dans l’Histoire. Il avait peu de choses à dire car les faits parlent d’eux-mêmes. Ma surprise est venue des journalistes et des questions qu’ils n’ont pas posées. Connivence ? Indifférence ? Incompétence ?
J’ai été surpris de ne pas entendre poser les questions suivantes :
1/ La volonté de faire revenir la France dans le Haut commandement de l’OTAN est en rupture complète avec la politique étrangère de la France depuis de Gaulle et 1966. Elle marque un alignement sur les États-unis. Pourquoi n’en avez pas averti les Français durant votre campagne ? Pourquoi cela ne fait-il pas l’objet d’un débat au Parlement ?
2/ Vous avez dit considérer le droit de grâce du président comme un reliquat de l’Ancien Régime et ne pas être d’accord avec son principe. Décider seul de l’envoi de renforts en Afghanistan, n’est-ce pas faire preuve d’un pouvoir absolu qui doit tout à la monarchie et rien à la démocratie ?
3/ Lors de vos rencontres avec les partenaires européens vous n’êtes pas avare d’embrassades, d’accolades, de poignées de main, de regards ravis mais, si la forme est spectaculaire, très médiatique, pourtant vous donnez l’impression que nous n’avons pas de politique européenne. Quelle est-elle ?
4/ Vous continuez de dire qu’avec vous la France après 50 ans d’immobilisme a enfin trouvé l’homme qui allait la remettre au travail et l’engager dans le 21ème siècle. Soit, mais la constante est, en France, que les réformateurs se réforment très vite, vous le premier :
- les propositions de Monsieur Attali sont – apparemment – enterrées. Vous n’en parlez pas ;
- il a suffi que les taxis manifestent pour que vous décidiez que la profession resterait en l’état ;
- la diminution de la dette va dépendre du départ à la retraite des fonctionnaires non remplacés ; et, pendant ce temps, vous continuez de l’augmenter.
5/ Qu’en est-il de votre engagement auprès des ouvriers de Gandrange ? Tiendrez-vous cette promesse ? Si non, dites pourquoi.
Etc., etc.
Ces journalistes, confrontés au pouvoir, en disent long sur la profession.
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13.03.2008
LENDEMAIN DE FÊTE ÉLECTORALE
Quoi ? J’apprends, stupeur et tremblements , comme a dit Amélie,
que la foule incrédule a retoqué ta liste.
L’ultime place, celle du bronze, de l’honneur.
Tout est perdu sauf lui et c’est le principal.
Je comprends la tristesse de celui qui se voyait déjà
au sommet de l’échelle, au dôme du Puy.
Ses fidèles lieutenants, serviteurs zélés, conseillers avisés,
orateurs admirés, ils ont brillé sur les tréteaux, sous les préaux,
brûlé les planches, enflammé l’auditoire.
Ils rentrent dans la coulisse, dans les confins, dans l’ombre du grand deuil,
dans la paix du ménage, le devoir conjugal.
Ce n’est pas rien, ce n’est pas tout.
Il faut songer aux lendemains qui chantent.
Persévérer. Les vaincus d’aujourd’hui sont, demain, les vainqueurs ;
Voyez les grands témoins : Henri IV, Mitterrand, Chirac hier, Royal, Bayrou demain.
Le temps travaille pour vous, faites-en votre ami.
Changez de stratégie et aussi de tactique.
Au tir de mortier plutôt le corps-à-corps
Des moyens détournés je recommande l’emploi :
action psychologique, cinquième colonne, révélations infâmes,
snipers, agents doubles, triples, bombes antipersonnel.
Tout est bon pour gagner, il suffit d’y penser.
Stoïques dans la tempête, ébranlés, non couchés, vous maintenez. Bravo !
L’espoir pourrait renaître si, n’ayant rien à perdre,
Vous lanciez, intrépides, une offensive éclair,
de celles qui changent la face, retournent une crêpe,
et transforment la défense en attaque.
Je propose ceci : passez du rouge au vert ;
au lieu de promesses intenables, osez le gros mensonge :
plutôt que des trottoirs plus larges, des hivers moins frileux,
des impôts allégés, des étés moins pluvieux,
des parkings libérés, des guichets accueillants,
des opérations vérité, des portes ouvertes.
Offrez la lune aux rêveurs, Vénus aux amoureux,
Mars aux militaires, aux conquérants de l’utile et de l’inutile.
À ceux qui ne veulent rien ou qui ont presque tout,
faites-leur miroiter un trou noir du côté d’Andromède,
isolé, désolé, il les inspirera, ils y seront heureux, dans le calme, le repos, le néant.
Si l’appât est trop gros, l’hameçon trop visible,
le poisson trop rétif, l’important n’est pas là.
La posture a l’allure qui entre dans l’Histoire.
On dira Pourrat à Royat comme Vercingétorix à Alésia,
comme Bona à Arcole, Roland à Roncevaux,
il aura résisté, sans céder aux sirènes, aux enchères.
Il est fait de ce bois qui fait les bonnes charpentes.
On dira : il n’était pas à vendre, c’était pas un pourri,
il va permettre l’alternance, c’est le bon choix, c’est la sagesse.
Il est bon que la gauche à la droite succède et le vice au versa.
Avant même d’avancer t’avais pris du recul.
Du bien au rien, la distance est infime et le pas ridicule.
Il t’en coûtera peu. Tu as appris beaucoup.
Après la fête, la défaite et enfin la retraite.
Le cycle est vertueux. Au club sois bienvenu!
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25.02.2008
LETTRE À UNE AMIE
Vous aviez raison ! L’activiste se transforme en agitateur, le réformateur ne réforme pas, il se déforme. Bavard frénétique il va rendre nostalgique du Grand Muet Immobile.
Son erreur est celle de ceux qui, comme moi, ont cru que la France était un dériveur léger qui virait de bord d’un petit coup de barre, sans effort, sans remous. Nous avions oublié que la France est un super-super-super paquebot de plus de 60 millions de passagers et lourd de milliards de tonnes. Son inertie est énorme. Avant qu’il puisse changer de cap de quelques degrés, il va sur son erre pendant des milliers de miles. Comme n’importe quel capitaine d’un supertanker il devrait s’entourer de pilotes, étudier les cartes, les courants, connaître les épaves, les écueils, les bas fonds, les hauts-fonds, la météo. Sinon il court le risque de s’échouer au mieux, de faire naufrage au pire.
Puisqu’il ne sait pas ce que l’on apprend en classe préparatoire à Navale, je crains qu’il ne soit qu’un capitaine de fortune et qu’il ne sache pas redresser la barre.
14:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bavard, muet, réforme, erreur, dériveur, paquebot, échouage
17.05.2007
LE VRAI FAUX VISAGE DE CEUX QUI NOUS GOUVERNENT (SUITE)
La leçon de l’hécatombe routière française
En 30 ans, de 1976 à 2006 la guerre civile routière a fait en France 296.330 morts et 6.974.117 blessés (source : DDE). La guerre 39-40 avait été moins meurtrière avec 160.000 victimes civiles (in Le Deuxième Conflit Mondial, J.-B. Duroselle, éd. G.P., Paris 1947).
Cette hécatombe - unique en Europe - est une des composantes de l’exception culturelle française.
Elle se caractérise par une inconscience collective qui refuse de voir la réalité et ne lui permet donc pas de trouver la solution. L’insécurité routière en est un exemple : pendant des décennies les français ont supporté la tuerie quotidienne avec ses pics du week-end comme un événement regrettable mais inévitable. Elle remplissait les cimetières, encombrait les hôpitaux et appauvrissait la France de ses forces vives sans soulever d’indignation.
Elle s’est perpétrée et perpétuée dans l’indifférence collective parce que ni les médias ni les gouvernements n’y prêtaient attention.
Les premiers, si prompts à dénoncer les scandales vrais ou inventés ne se sont jamais mobilisés sur ce thème. Ils en ont fait un marronnier, un de ces sujets qui reviennent régulièrement quand l’actualité est pauvre et que l’on a déjà parlé des francs-maçons, de la prostitution, de l’obésité, de l’anorexie, de la chirurgie esthétique, etc.. Ils se réveillaient parfois quand un accrochage en série sur l’autoroute du nord avait fait quelques dizaines de morts dans le brouillard ou qu’un car s’était renversé et avait écrasé ses passagers. L’émotion retombait vite.
L’indifférence des gouvernants a été un bon reflet de l’état d’esprit général. Ils n’ont jamais écouté les cris de colère des associations de victimes. Ils ont feint d’ignorer l’ampleur de la catastrophe. Les mesures prises ont été innombrables mais sans portée ; des gesticulations pour faire croire à un activisme (plus de 60 arrêtés, décrets, ordonnances, lois, depuis 1954).
Le mépris gouvernemental pour les victimes de la route – et donc pour les français - a été parfaitement exprimé par le président Pompidou auquel on soumet un projet de limitation de vitesse à un moment où l’hécatombe routière atteignait des sommets (16.445 morts en 1970). Sa réponse tomba comme un couperet : « et alors, si les gens veulent se tuer, qu’on les laisse faire » (in le livre de souvenirs de Jean Ferniot, « Je voudrais recommencer »).
Il a fallu attendre 2003 pour que, l’insécurité routière ayant été proclamée grande cause nationale par le président Chirac, une vraie politique soit enfin appliquée. La principale mesure a été la mise en place du contrôle sanction automatisé avec la généralisation des radars automatiques.
Le résultat a été immédiat et spectaculaire (en 2000 : 7.643 morts ; en 2006 : 4.703 morts).
La tolérance de la population, la carence politique face à la surmortalité routière française sont de bons indicateurs de l’état du pays. On peut en déduire quelques évidences :
1/ la France est un pays mortifère schizophrène qui, d’un côté, accepte la violence routière mais nie sa responsabilité personnelle.
2/ la tendance suicidaire nationale qu’illustrent les 300.000 morts en 30 ans peut être mise en parallèle avec notre surconsommation d’anxiolytiques, d’antidépresseurs, de somnifères, d’alcool. Conduire en état d’ivresse, ne pas respecter les stops, les feux rouges, les limitations de vitesse signifient que sa propre vie et celle des autres sont sans valeur. Il y a donc une logique dans ces comportements. Ils traduisent, pour le moins, une santé morale défaillante.
3/ L’incapacité de ceux qui nous ont gouverné à prendre les mesures simples et de bon sens pour arrêter le massacre routier juge la qualité de leur bilan et de leur personnalité. La Grande Bretagne a, elle, su mettre en œuvre et avec succès depuis longtemps une politique de sécurité routière efficace ; c’est ainsi que les autoroutes anglaises sont trois fois plus sûres que les françaises.
4/ La bonne nouvelle est que l’impossible devient possible si la volonté politique de changer est présente. Dès lors la transformation est rapide, spectaculaire même.
5/ Une dernière remarque : l’équipe gouvernementale qui a mené ce combat, imposé ce changement et permis l’économie de milliers de vies depuis que la décision a été prise en 2003 de changer de politique de sécurité routière mérite la reconnaissance des français. Elle a fait ce que tous ses prédécesseurs ont refusé de faire par bêtise, ignorance, indifférence, peur d’indisposer, de responsabiliser, d’arbitrer, de pénaliser, en un mot de gouverner.
Ce faisant elle a réveillé tous ceux qui, par principe, sont contre tout ce qui dérange les habitudes. Ils se sont déchaînés : calomnie, ironie, mensonges. J’ai été surpris que le courage qui a permis ce changement n’ait jamais été salué à sa juste valeur. Je n’ai lu dans aucun journal, aucun magazine, lors du départ de Monsieur Jean-Pierre Raffarin, que lui-même, son gouvernement, son ministre des transports, son ministre de l’intérieur pouvaient être crédités d’un succès mémorable et que pour ce seul fait la nation, selon la formule, pouvait leur en être reconnaissante.
Les journalistes ont préféré se moquer des échecs du premier ministre, de ses déclarations et ne l’ont crédité d’aucune action positive. L’épargne de milliers de vies, de dizaines de milliers de blessés n’a donc pour ces gens-là aucune valeur ? Un tel aveuglément laisse sceptique sur leur aptitude à porter des jugements.
L’action du président Chirac a été déterminante puisque c’est lui qui en a été l’instigateur. On peut seulement regretter sa prise de conscience tardive car il avait été en situation de responsabilité depuis longtemps (en 1976, présidence de Valéry Giscard d’Estaing, Chirac premier ministre : 13.787 tués, 357.451 blessés ; en 1986, premier ministre de François Mitterrand : 10.960 tués – 259.003 blessés).
Je ne sais qui lui a inspiré cette conversion tardive mais il faut saluer le soutien apporté au gouvernement Raffarin qui, avec ténacité, a mis en œuvre une politique efficace.
En conclusion deux leçons peuvent être tirées de l’insécurité routière française :
1° La France est un pays malade qui a mené sur ses routes, contre lui-même, une guerre civile qui a fait plus de 300.000 morts depuis la dernière guerre sans en prendre conscience, sans s’en étonner, sans s’en scandaliser, avec l’indifférence d’un corps insensible, sourd, aveugle, muet. Le pays a le même aveuglement face à ses autres problèmes : chômage, dette, insécurité, immigration, éducation. Les solutions existent. Elles sont efficaces. La France, elle, multiplie les expériences irréalistes, inefficaces et n’essaie pas ce qui ailleurs réussit.
2° La France est capable de mettre en œuvre une politique qui transforme rapidement une situation insupportable dès lors que des ministres déterminés et courageux prennent la mesure du problème, passent outre les objections, les inerties, les conservatismes, les égoïsmes et appliquent avec méthode, logique, pédagogie leurs décisions.
Ce comportement effrayant, conséquence d’une démoralisation profonde et d’un refus de voir la réalité doit avoir des causes. Les trouver pour y remédier me paraît urgent. Qu’en pensez-vous ?
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11:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : insécurité routière, hécatombe routière
07.05.2007
LE VRAI FAUX VISAGE DE CEUX QUI NOUS GOUVERNENT
En ces jours d’élections, restons lucides. Rappel :
Chaque être humain se choisit un destin : le soldat veut défendre la patrie ; le maçon construire des maisons ; l’avocat plaider pour la veuve, l’orphelin, l’assassin ; le banquier gagner de l’argent ; le médecin guérir ; le paysan semer du blé; l’homme politique gagner l’élection. Ainsi va le monde.
Les premiers seront jugés sur pièces. Leurs promesses seront tenues avec plus ou moins de réussite. La guerre, le procès ne seront pas forcément gagnés ; l’opération peut échouer ; la moisson peut être perdue ; la maison se fissurer ; le banquier banquerouter.
Le dernier n’a pas besoin de prendre une assurance pour garantir le bon résultat de son travail. L’électeur déçu se contentera de voter pour l’opposition quand les lendemains radieux qui lui étaient promis n’auront pas été au rendez-vous. L’impunité est donc la règle pour l’homme politique, l’électeur oubliant que le programme avait valeur de devis.
Les actions futures étaient pourtant bien cataloguées : moins d’impôts ou mieux repartis, plus de justice sociale, plus de sécurité, la fin des déficits, de la dette, du chômage, etc. La santé, l’éduction, l’écologie sont aussi ses priorités obligées. Il fera beaucoup mieux que son adversaire qui a le même projet, la même ambition mais avec des moyens ineptes, inaptes et qui ne peuvent apporter que le désordre et l’échec.
Ce sont les thèmes des discours des hommes et des femmes qui aspirent au pouvoir. Ce sont les mêmes, à quelques variantes près, que nous entendons depuis toujours.
Éternels naïfs nous les croyons à chaque fois. La suite est moins glorieuse. Les imprévus, le battement d’une aile de papillon dans le bush australien, la sécheresse, les orages, les manigances étrangères, les exigences de Bruxelles, la montée du pétrole, la baisse du dollar, la dévaluation du Yuan, du Yen, le protectionnisme, l’OMC, le FMI, le refus des réformes, le corporatisme, le conservatisme, l’obstruction d’une opposition imbécile, n’auront pas permis de réaliser le grandiose programme. Le chômage reste élevé, les déficits s’aggravent comme l’insécurité, l’immigration et la fracture sociale. Le grand homme au pouvoir est le premier à se lamenter. Il a pris toutes les mesures nécessaires. Tous ses efforts n’ont rien pu faire mais il ne faut pas désespérer car il conserve toute sa confiance en la capacité du pays à retrouver le chemin de la croissance et de la prospérité si ses chers compatriotes veulent bien rester unis derrière lui.
Le rite est immuable. Il ne suscite qu’ironie et ricanements. Puis le temps arrive de voter pour un autre sauveur et un autre parti aux recettes tout aussi mirobolantes.
L’habileté des hommes politiques à surfer sur les espoirs et les frustrations d’une vie meilleure de la population et à s’exonérer de leur échec en en rejetant la responsabilité ne peut masquer en réalité le cynisme qui les habite et la réalité des motivations qui les animent. Plus que l’amour de leurs concitoyens l’ambition et l’orgueil les propulsent. Il n’est pas facile de saisir les moments où la vérité affleure. L’habitude d’être en représentation, sous les feux des projecteurs et écoutés par tant de micros en fait les champions de la dissimulation et de la langue de bois, du discours préfabriqué, de la sincérité factice.
Nous verrons cependant dans une rubrique à venir que la véritable sollicitude des politiques au pouvoir pour ceux qu’ils gouvernent peut être trouvée si on la recherche… et que l’exception a existé. Elle est récente, a valeur d’exemple et, je l’espère, ne sera pas sans lendemain.
(à suivre)
10:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, électeur, exception
04.05.2007
POUR UNE DÉONTOLOGIE A L’USAGE DE CEUX QUI FONT DE LA POLITIQUE
En ces temps d’élections, cette réflexion faite naguère me paraît toujours d’actualité.
Les trahisons, les révocations, les abjurations, les retournements d’alliance ponctuent l’Histoire. Ils ont causé la mort et le malheur de millions d’hommes et de femmes qui ont été soudainement précipités dans le cauchemar. Les protestants après la révocation de l’édit de Nantes, les indiens lors de la conquête de l'Ouest, les polonais, les harkis en Algérie ont aussi payé le prix de la parole trahie. Beaucoup d'autres, partout, souvent ignorés ont ainsi été sacrifiés à la raison d'État.
Cette conduite méprisable entache peu la gloire de l'homme politique qui sait par l'Histoire que l'impunité est la règle. L'admiration va même plutôt à l'habile qui a promis sans tenir, au rusé qui a trahi pour gagner et le mépris n'est jamais très loin de celui qui a le courage de son opinion, qui ne renie pas un idéal et qui fait ce qu'il avait promis. Les premiers ont toujours été nombreux, ils le sont plus que jamais; les autres restent l’exception et le payent souvent cher.
Ces épisodes dramatiques, tragiques ont dans leur génération quelque chose d'inéluctable et l'on devine un monarque, un président aux prises avec un fatum plus grand que lui.
La responsabilité était effrayante et le choix impossible.
Avoir tranché, même mal, suppose un courage, une inconscience qui ont quelque chose d’inhumain et qui rendent le jugement difficile. C’est la raison peut-être d’une bienveillance qu’ils ne méritent pas souvent.
Les petites lâchetés, les mensonges quotidiens dont les politiciens se rendent coupables pour s’assurer une prébende, un siège ne peuvent prétendre au même traitement. Le public ne s’y trompe pas. L’opinion qu’il en a s’exprime par un mépris accablant pour la classe politique. Celle-ci s’en soucie peu, habituée à l’amnésie, à s’amnistier et à user d’un langage automatique.
La gravité du processus est que le mensonge politicien est de la même essence que le reniement, la trahison. L’échelle seulement diffère. Habitué à mentir pour se faire élire, camoufler ses échecs, faire durer un pouvoir vacillant, l’homme politique se prépare ou nous prépare à toutes les indignités, à toutes les faiblesses, à tous les malheurs.
Les débâcles de Sedan, de 1940, les guerres d’Indochine, d’Algérie sont arrivées préparées par mille décisions prises et non appliquées, par mille rapports trop alarmants pour être électoraux. Mille petits efforts pour en éviter d’impossibles n’ont pas été faits.
La mémoire collective d’un pays n’aime pas le rappel des vilénies que ces pseudo grands hommes ont accomplies en son nom et qu’elle a entérinées de ses vivats et de ses suffrages. Leur souvenir est pourtant aussi important que celui des pages glorieuses. Ne pas les oublier est un devoir civique car c’est un remède au chauvinisme, un tableau sinistre qu’il ne faut pas copier, une situation à ne pas reproduire.
Le comportement, les décisions de nos gouvernants devraient tenir compte du risque qu’ils prennent devant l’Histoire. Ils devraient être appréciés à l’aune des conséquences de leur action ou de leur abstention. Elles leur imposeraient une déontologie qu’ils sont les seuls à ne pas avoir et qui nous garantirait de leurs mensonges, de leur imprévision, de leur légèreté, de leur prévarication. Elles leur imposeraient d’être clairvoyants, responsables, ambitieux pour le pays et non pour eux. Autant d’exigences qui décourageraient beaucoup de politiciens qui se croient des hommes politiques.
Notre Histoire serait peut-être ainsi moins liée au hasard, à la chance, au chaos.
4 mai 2007
10:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : reniement, mensonge, Histoire, déontologie, politiciens








