15.03.2008
ET PASSE LA LÉGENDE
Les racontars, dans la conversation courante, n’ont pas bonne presse. Ils sont vite ramenés à leur juste valeur : des bobards, à consommer entre jobards.
Certains ont la vie dure. Ils séduisent et leur pouvoir se renforce au fil des siècles. Ils deviennent des légendes. D’autres réussissent encore mieux. De bouche à oreille, de mémoire à souvenir, d’histoire de famille à paroles d’évangile, la rumeur devient réalité et entre dans l’Histoire. Elle continue de grandir, de s’enrichir des délires des uns et des autres. Le succès est inouï ; les réfractaires, les sceptiques, les impies, les déviants, sont pourchassés, persécutés, éliminés. Rien ni personne ne doit déparer la belle cathédrale à la gloire du grand tout.
Les siècles passent le soufflé retombe. L’inquisition n’a plus de cartouche à brûler. La fureur se calme, la fumée s’estompe. La raison l’emporte, le miracle devient mirage… L’humanité reprend pied sur terre, elle peut recommencer à rêver des étoiles.
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15.02.2008
LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (2)
CHAPITRE I
LA PUBERTÉ, SON ENJEU
La métamorphose qu’est la puberté laisse à l’adulte le souvenir des transformations physiques. Elles ne sont que la partie visible du phénomène. Rappelons-les pour bien situer l’ampleur du processus que chacun de nous a expérimenté.
Trois changements concomitants, interactifs intriquent leurs effets. Tous importants, complémentaires, indispensables, ils s’étalent sur quelques 6 années.
Ils résultent pour l’endocrinologue d’une « cascade d’activations successives de l’hypothalamus, de l’ante-hypophyse, des gonades puis des cellules cibles périphériques associées à des phénomènes de rétrocontrôle ».
Le médecin a mesuré sous tous les angles 1’enfant en phase pubertaire. Il a mis en diagramme la mutation morphologique pour en suivre les étapes, en mesurer la vitesse et en dépister les erreurs.
Jusqu'à 11 ans pour les filles, 13 ans pour les garçons, la taille croissait de 5 centimètres l'an. A cette échéance, la croissance s'accélère et passe à 8,5 cm pour le garçon et 7,5 cm pour la fille durant la première année jusqu'à un maximum de 10 cm à 14 ans pour les premiers et 12 ans pour les secondes. Le gain est finalement de 20 cm pour les filles entre 10 et 14 ans et de 25 cm pour les garçons entre 12 et 16 ans. La croissance décélère jusqu'à s'arrêter environ 5 ans après le début des premiers signes.
La poussée pubertaire plus tardive, plus intense, plus longue du garçon explique sa stature plus grande. Les membres s'allongent, les épaules s'élargissent. D'autres modifications s'opèrent, plus secrètes, plus intimes, encore plus extraordinaires pour l'impétrant. Chaque sexe affirme son originalité, augmente ses différences.
L'observateur intermittent est parfois très embarrassé pour reconnaître l'enfant dans le jeune homme, la jeune fille. Rien dans la silhouette, l'habillement, ne les rappelle. Un air de famille reste dans le visage mais la mutation psychologique augmente la différence: le regard et la conversation ont changé. L'échange s'opère d'égal à égal, le propos n'est plus puéril. Le changement apparaît très vite comme plus spectaculaire que le renforcement physique. Il prouve l'acquisition par l'adolescent d'une nouvelle dimension intellectuelle, psychologique, mentale qui lui permet de maîtriser son pouvoir géniteur et sa force sans révolutionner une société dans laquelle il doit trouver une place. Ce temps des interrogations, des découvertes, de la conquête de l'indépendance par rapport aux parents n'oublie pas le passé et son acquis.
Le programme s'exécute dans la lumière de la conscience et est servi par de nouvelles possibilités intellectuelles. Dès l'âge de 10-12 ans, l'enfant devient capable d'organiser des opérations logiques formelles. L'apprentissage scolaire lui a donné les modèles idéo-verbaux nécessaires à l'exercice de la pensée abstraite. Cette conquête l'ouvre au monde extérieur. Elle lui donne une réalité que des tendances Imaginatives et contemplatives occultaient. Il apprend à établir des relations entre les faits et les idées. Le cerveau devient plus fascinant qu'un jouet. Le langage s'enrichit, se développe, devient précis. Les hypothèses sont facilement formulées et combinées.
La puberté, l'adolescence peuvent ainsi être découpées en une multitude de transformations qui sont imposées par un déterminisme dont nous allons maintenant préciser la finalité.
Autant que la fusion des gamètes qui débute l'aventure humaine dans le plaisir et la mort qui la clôt dans l'affliction et la peur, comme la naissance qui mêle douleur, espoir et joie, la puberté est une étape extraordinaire de la vie.
La subtilité du processus, l'incroyable complexité des réactions en chaîne qui le contrôlent, l'activation ou la réactivation d'organes inachevés, quiescents, leur efflorescence, la dynamisation d'un cerveau jusqu'alors limité mériteraient un enthousiasme, une ferveur, un respect à la mesure d'un tel cadeau. Nous verrons plus tard ce qu'il en est.
Nous pouvons nous interroger sur les raisons de ce programme. Il sert à l'évidence à faire passer d'un état à un autre. Ce changement est le fruit d'un flux hormonal révélateur d'un nouveau soma (le corps), l’éveil d'un germen endormi (la sexualité) et d'une modification de la psychologie, de l'intellect qui permet une prise de conscience de soi et de l'autre. Un nouvel individu est crée, doué de performances qui le rendent étranger, sans amnésie, à l'enfant qu'il était. Une nature inconnue prend possession de lui. Elle soumet l'adolescent à un bouillonnement émotionnel, idéique, physique, sexuel à la mesure de la nouveauté qu'il expérimente.
Le tumulte intérieur est à son comble. Il ne retrouvera jamais cette richesse. La conversation avec soi est permanente. Cette effervescence n'est qu'un aspect de la transmutation qui permet la réalisation du projet grandiose: le passage du statut d'assisté, de dépendant et dans beaucoup de domaines d'incapable à un état d'autonomie, de libre-arbitre, de jugement, d'esprit critique, de créatif, de travailleur, de procréateur. Il faudrait beaucoup de superlatifs pour évoquer les merveilles qui s'accomplissent alors.
Leur but est simple, précis, irrémédiable. Aucune espèce n'échappe à la loi. Elle pousse l'oiselet auquel on a appris à voler et à trouver sa nourriture à quitter le nid, le louveteau la tanière pour la meute, le brocard à rejoindre la harde.
Tout le travail de ces années modèle le corps, forge la personnalité du héros pour lui permettre d'affronter l'aventure solitaire qu'est la vie.
Accompagner, favoriser, encourager, aider le cheminement indispensable, pénible, dangereux, exaltant devraient être 1’obsession du père, de la mère, de la société. Quelle preuve d’amour plus grande, quelle tâche plus noble et nécessaire, quel renforcement de la gratitude que la délivrance d’un homme, d’une femme sans griefs contre personne, prêt à collaborer avec tous.
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10.02.2008
ANNEXE
(LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE)
Le passage de l'enfance à l'âge adulte est le sujet d'un livre étonnant de Claudine VIDAL, ethnologue. Elle y décrit les rites qui l'accompagnent dans une population du Nord-Ouest de la République Centrafricaine.
La façon extraordinaire dont une civilisation villageoise avait perçu le besoin et le devoir d'accompagner, de rythmer les étapes de la vie dont la plus importante pour la survie, celle qui fait, d'un enfant un adulte, nous est racontée avec un luxe de détails, de précisions et en ne cachant pas l'impossibilité d'une compréhension totale. Son travail n'intéresse pas seulement l'ethnologie, il permet à chacun un voyage dans un pays convivial, chantant, dansant, qui n'ignore rien de la dureté de la vie et qui y prépare ses enfants. Le livre « Garçons et filles, le passage à l'âge d'homme chez les GBÀYÁ KÀRÀ » nous communique sa connaissance lentement apprise, son admiration respectueuse d'une société dont la complexité et la subtilité enchantent. La minutie de sa narration nous fait revivre complètement, dans une continuité parfaite tout le processus protocolaire, nous voyons à l'oeuvre des pères et mères, une parenté, une société amicale toute entière occupés, obsédés par la réussite du passage de l'état d'enfant à celui d'adulte. Nous avons résumé les étapes essentielles de cette éducation chez les garçons pour en montrer la complexité et la durée. L’idéal serait de lire les 384 pages fourmillant de notations, précisions, vocabulaire, images, scènes, odeurs, couleurs, bruits.
Parce que la « raison planétaire » avait déjà entamé son travail de destruction, nous parlerons, pour conjurer le sort, des GBÀYÁ KÀRÀ tels qu’ils étaient en utilisant le temps présent.
Ils habitent des villages dans les montagnes qui sont aux sources de toutes les grandes rivières de la région. Agriculteurs, ils conservent le goût de la chasse et de la cueillette.
La première initiation suit la chute du cordon ombilical. Elle correspond à l’imposition du nom. Le cérémonial réunit à l’aube la famille proche. Le nouveau-né inaugure ce jour-là une longue série de cérémonies qui ne se terminera qu’à la mort pour assurer son passage au rang d’ancêtre.
La première enfance de la fille et du garçon est identique. Ils reçoivent la même attention. Claudine Vidal montre l’exemplaire amour maternel que la mère porte à son enfant. Jusqu’à l’âge de 2-3 ans il est constamment avec sa mère:
« L’attachement à son bébé, le contact permanent qu’elle entretient avec lui, constitue pour le nouveau-né une entrée heureuse dans la vie, une sécurité totale.../… l’immense attachement que les enfants GBÀYÁ - garçons comme filles -conservent pour leur mère une fols adultes ne tient pas à autre chose ».
Le sevrage se situe au moment où la mère accouche à nouveau.
Le garçon a appris à marcher. Il explore la case des parents, fait connaissance avec les autres garçons de son âge. Son territoire s’agrandit peu à peu jusqu’aux champs que cultive sa mère. La circoncision intervient à 5 ans. Elle n’est pas obligatoire mais a une valeur symbolique car elle marque le moment où se fait la séparation physique avec la mère. Il ne couche plus dans le même lit. Le repas du soir est pris avec son père et d’autres garçons ou hommes. Il va connaître une liberté totale avec les enfants de son âge: il fait ce qu’il veut, la seule contrainte est de rentrer le soir à la case familiale. Les parents semblent -curieusement - indifférents à toutes les bêtises que leur rejeton ne se prive pas de commettre. Cette période heureuse cesse brusquement par le déclenchement du rite Ngbàti, II concerne les garçons de 7 à 12 ans. Parce qu’il est caractéristique de la manière dont les adultes GBÀYÁ inculquent aux fils les obligations sociales nous allons en détailler le cérémonial.
Le Ngbàti est un petit objet, oeuvre d’un sorcier, qui, placé à l’endroit adéquat, a une action malfaisante: il fait « pourrir le manioc, avorter une poussée d’arachide, tarir la source, obstruer un cours d’eau, donner une maladie aux habitants d’une case …/… Ces opérations sont censées être accomplies par une équipe de jeunes garçons télécommandés ».
Quand des phénomènes du genre précédent sont survenus, les victimes décident de découvrir les coupables. L’enquête est confiée à un contre-sorcier. II est engagé secrètement, arrive un soir, dans la discrétion. Le lendemain, à l’aube, l’un des instigateurs avertit la population qu’un magicien est dans le village pour découvrir des Ngbàti. Les villageois se réunissent devant la case de celui qui les a prévenus. Le lever du soleil marque le début des événements. Le sorcier officie dans le recueillement des spectateurs. Il fait un discours, chante, danse durant plus d’une heure. Il s’interrompt, regroupe de façon autoritaire les gens par sexe et catégorie d’âge. Les garçons se retrouvent entre les hommes et les femmes. Le sorcier devient impressionnant, presque nu, il se fait des incisions sur la poitrine, « se taillade la langue et projette des nuées de sang mêlé à de la salive, au-dessus des têtes ». Tous doivent se dénuder la poitrine. Il frotte chacun avec le bulbe d’une plante. Il termine par les garçons. II peut renouveler ses manoeuvres. Elles lui ont permis de faire un tri et il peut annoncer avoir découvert un ou plusieurs coupables dont il tait encore le nom. Il part ensuite à la recherche des Ngbàti, les objets enterrés et malfaisants, entouré de son assistant qui agite un hochet et d’un homme qui bat le tambour. Le village l’accompagne. Il demande qu’on le conduise aux différents endroits où l’action nocive des Ngbàti a été ressentie. « De temps en temps il s’arrête, plante la sagaie en terre, prend du recul et, des deux poings tendus vers elle, la fixe longuement. Des vibrations de l’arme lui indiquent s’il approche du lieu recherché. Quand il croit avoir trouvé il dit à un homme pris au hasard de creuser le sol au dernier endroit où a été plantée la sagaie ». Il trouve aussi, à chaque lieu où le Ngbàti a sévi, un objet preuve du complot.
Le lendemain matin une nouvelle convocation est suivie d’une séance de chants, de tambours. Le magicien entre à nouveau en transe, frictionne les poitrines dénudées et entraîne derrière lui la foule. Dans un ruisseau il découvre un nouveau Ngbàti et désigne deux ou trois garçons en disant: « Ce sont eux les coupables ». L’enquête est terminée et le magicien-détective se retire.
Les adultes interviennent violemment. Ils se jettent sur les accusés, les attachent et les frappent. La correction est sévère, brutale et longue à coups de poing, de bâtons, de plantes épineuses. Sous cet assaut en forme de torture les malheureux avouent tout ce que l’on veut. Ils s’accusent des méfaits qui leur sont reprochés, donnent des détails. Ils livrent même le nom du commanditaire. Comme par hasard, il s’agit toujours d’un villageois absent. Cet aveu ralentit les coups puis ils sont renvoyés à leurs cases où ils guérissent de leurs douleurs et de leur honte.
Les garçons victimes de l’ire des adultes sont âgés de 11 ans et plus. Ils « étaient toujours de véritables crapules ayant à se reprocher des actes malfaisants à l’égard de la population du village: tourmenter les enfants, voler dans les cases, en incendier, injurier les vieillards, etc. ».
Cette démonstration de force peut être considérée comme une « épreuve de coercition éducative destinée à la réflexion des jeunes garçons tout autant qu'une thérapeutique contre la sorcellerie ».
La société récupère un garçon qui connaît les limites de sa tolérance et lui offre un nouveau rôle qui le prépare au mariage. Il est astreint à séjourner chez les parents de sa future épouse et à rendre des services à ses hôtes. II se doit de s'y comporter en responsable et non plus en enfant turbulent. Cette nouvelle attitude prépare les plus grands à une nouvelle cérémonie de passage, le LÂ?bi.
Bien que sa date soit secrète, une information doit cependant circuler car les plus jeunes, encore chahuteurs, perdent de leur pétulance et s'assagissent. Une fin d'après-midi, un père réunit les villageois. Il déclare, en portant la main sur la tête de son garçon qu'il veut qu'il devienne le chef du groupe des garçons de 14 à 16 ans qui seront intronisés. Cela annonce pour tous les parents concernés quelques semaines de préparatifs. La veille du jour choisi, les garçons ont le crâne rasé. Ils dansent ensuite sans harmonie car ils n'ont pas encore appris. Le village est en fête: il danse, chante, mange et boit. Le père qui a déclenché l'événement a choisi un « tueur » ou exécuteur qui a une fonction précise dans la suite de la cérémonie. Il se rend avec les parrains des garçons, à un ruisseau. Un barrage est construit. Pendant ce temps les mères préparent un dernier repas pour les garçons qui bientôt vont les quitter pour longtemps. Ils sont enlevés plus tard par les hommes dans les pleurs et les cris des femmes.
Ils sont entraînés en courant vers la piscine où ils sont précipités. Les parrains les saisissent, maintiennent leurs têtes renversées pour que l'eau arrive au niveau de la bouche. Le « tueur » attend à une extrémité tandis que des jeunes hommes frappent l'eau en rythme et en chantant. Les vagues recouvrent la tête des postulants. Les autres hommes massés sur les rives cachent la scène aux femmes. Le « tueur » apparaît agitant les poignées de 3 sagaies, la tête coiffée d'un grand chapeau. Il touche le ventre de chacun des postulants terrifiés avec le fer d'une petite sagaie; « les femmes pleurent et chantent la mort prochaine de leurs fils ». Après s'être éloigné, le « tueur » revient en brandissant une sagaie à fer long et large qu'il élève haut pour impressionner les femmes; son « bras se détend, le fer s'enfonce sous l'eau et semble se planter dans le ventre. Il le maintient ainsi quelques secondes et passe au garçon suivant ». Les initiés sont sortis de l'eau, traînés sur la berge, recouverts de peaux, de nattes, de feuillage. Portés par leurs parrains ils se dirigent vers le camp dans le silence, « les corps flottent au-dessus des herbes ». Les porteurs se débarrassent violemment de leurs charges qui se relèvent « hagards, une peu choqués ». Arrivés au camp, ils s’allongent, le « tueur » arrive pour faire l’incision rituelle sur le ventre avec un couteau. Elle représentera l’endroit où la sagaie a frappé. Plus tard, les garçons restent au camp où ils construiront une case.
Ce camp est séparé du village par un obstacle matériel (rivière en général). Il doit être isolé des lieux de passage et de travail.
La case où les initiés dorment sur les peaux et les nattes qui les emmaillotaient à l’intronisation est nue, sans mobilier. « Le dénuement est effectivement justifié par ce présent état qui se situe hors de l’humain, hors de la société; ils sont actuellement en état de gestation pour une nouvelle vie. » Elle se meublera au fur et à mesure de leurs progrès. L’apprentissage des premières semaines est « marqué par la discipline, l’obéissance ». Il a pour but de « faire de ces adolescents qui ont jusque là toujours été libres d’agir seuls et par eux-mêmes, des êtres sensibles aux nécessités d’une vie en communauté, capables de vivre ensemble, en groupe, sur un espace limité... ». Ils vont apprendre à vivre sur le milieu, à piéger des souris, puis deviendront chasseurs quand ils seront maîtres d’eux-mêmes, enfin agriculteurs.
« Le but est bien de faire de ces adolescents des hommes utiles à leur groupe social plus qu’à eux-mêmes». La discipline est stricte. Une nudité humiliante est imposée pendant 3-4 semaines. Ils doivent pleurer au commandement. Leur liberté est limitée au camp. L'entraînement aux danses commence, physique, répétitif. Ils apprennent aussi les aliments interdits et de leur père et de leurs parrains la langue LÂ?bi. Ils mémorisent des centaines de plantes et les chants qui accompagnent les danses. Le travail, les rites vont se succéder. La blessure, la mort ne font pas déroger à la règle.
18 mois ou plus après l'intronisation, un nouveau camp est installé, près du village, Le changement est l'occasion d'un festin pour les villageois. Ils saluent l'abandon de la brousse où leurs garçons ont vécu près de deux ans. Un cérémonial est respecté. Ils dansent pour tous, femmes comprises, dans une grande émotion publique. Ils peuvent quitter leur camp pour se faire admirer. Ce sont presque des hommes. Ils vivront une année en se préparant à un retour au village avec un statu nouveau. Ils dansent chaque jour d'une façon plus libre car ils sont devenus maîtres de leur art. La nourriture doit leur être apportée du village par les femmes et ils se vengent si elles oublient, manifestant leur volonté d'être respectés.
Ils représentent aussi un groupe « entièrement au service de la communauté. Ils effectuent les gros travaux. Leur vie d'adolescent libre s'achève; ils entrent en contact de cette façon avec les plus pénibles réalités de l'existence de leur société ».
Les rites se poursuivent encore plusieurs mois ponctuant l'éducation qui continue, associant toute la communauté à la progression vers la connaissance et la raison des jeunes hommes qui bientôt seront des hommes à part entière. Les cérémonies obéissent à une mise en scène issue de la tradition enrichie de symboles qui renforcent la cohésion du groupe.
Après avoir subi l'épreuve de l'eau au début de leur initiation, l'épreuve du feu concrétise leur renaissance en hommes. Dans cette dernière journée pleine de chants, de danses, de musique, après une dernière cérémonie de rachat du garçon par le père, ils regagnent le village, y subissent l'assaut des femmes qui les embrassent. La réadaptation dure plusieurs jours. L'un des initiés commence à construire une case personnelle car il ne peut séjourner en permanence dans la case maternelle. Les autres initiés l'imitent et bientôt chacun aura construit un nouveau toit où il accueillera sa femme.
Les filles ont droit aussi à une initiation qui accompagne leur passage à l'âge adulte. C'est le Bànà. Sa richesse est comparable à celle des garçons. Elle est décrite dans tous ses détails avec le même enthousiasme communicatif.
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08.02.2008
LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (suite)
Drôle de lettre
Le feuilleton (Les Avatars de l’adolescence) à peine introduit, je reçois sur mon email privatif, sécurisé car réservé à mon indicateur perso et anonyme (gorge profonde 002), un message que je me dois de porter à votre connaissance :
« Monsieur le blogueur fou,
Moi, Victor de la Tour Pointue, 53ème du nom en ligne directe, adjudant-chef du cadre de réserve, père de famille nombreuse, zélote d’un chanoine honoraire, familier d’un sous-préfet, ami de cœur d’une ex-Abbesse, je suis en colère. Mes relations susnommées, qui confirmeront tout le bien que je pense de moi, savent ce que cela veut dire.
Après avoir calomnié, insulté même (3 fois) l’État, la Religion, la Maternité, la Paternité, la Patrie, l’École, notre Saint Père le Pape (1 fois via Titine), les amis de La Fayette et les miens, vous vous attaquez, avec la mauvaise foi qui vous est habituelle, à nos chérubins dans leur âge tendre et tête de bois. Pas seulement à eux mais à leurs parents, leurs maîtres d’école, de lycée, d’université, à la société…
Trop c’est trop effectivement ! Halte au feu ! Cessez de nous faire croire que vous avez tout compris ! Moi, monsieur, je sais de quoi je parle. Une scolarité de surdoué : certificat d’études à 15,5 ans, avec mention passable ; le BEPC à 17 ans cum laude. Attiré par la police scientifique, j’intègre Sciences Po. Vite déçu, je démissionne. Réformé catégorie 1 pour vice de forme, je m’engage, incognito, dans une arme d’étrangers en situation irrégulière. J’y gravis tous les grades. J’épouse Gertrude, une cantinière 3 étoiles. Sa roulante sera de tous les champs de bataille. Elle la saucière, moi le juteux on fera 6 mouflets : 3 garçons, 3 filles. Leur initiation à la vie adulte, comme vous dites ne doit rien au hasard. Elle commença dès le berceau, au lait Guigoz pour ne pas perturber la libido. Elle se poursuivit pour les filles au Bon Pasteur, une solide institution pour des caractères bien trempés. L’établissement, une quasi-citadelle, était tenue d’une main de fer par une mère supérieure formée à la coloniale. Les garçons, au Prytanée, lever au clairon à 6 heures, et la PM (préparation militaire pour les pékins) dès l’âge de 6 ans. Ça vaccine contre les états d’âme, on apprend à marcher droit.
J’ai hâte de comparer l’entraînement de mes loupiots et loupiotes avec celui de vos GBÀYÁ KÀRÀ. Vous annoncez placer en annexe leur méthode mais c’est trop tard. Quand on arrive à la conclusion, je suis tellement fatigué que le livre me tombe des mains. Vous qui êtes sans pitié, ayez pitié d’un G.I.G. et donnez tout de suite leur recette.
Une dernière remarque : un blog, c’est des notes rapides, cursives, incisives. Une opération commando – ma spécialité -. Vous, vous lanternez, prolixe, bavard.
Ça va de mal en pis. Vous êtes passé de la note à la nouvelle animalière. On échappa de peu au roman pour tomber dans le feuilleton. Vous vous prenez maintenant pour Eugène Sue, Zevaco, Ponson du Terrail. La folie des grandeurs, ça se soigne à Ste Anne.
Vous allez distiller votre venin à la petite semaine : pour tirer à la ligne, pour le suspens, pour alléger votre pensum. Comme je disais au Général à Dien-Bien-Phû avant de passer en cour martiale : « vous êtes un bon tacticien, mais un mauvais stratège ».
Pour ne pas ennuyer votre monde, faites court comme moi : affirmatif, positif, négatif. Si la consigne est longue une sonnerie aux morts façon Invalides. Laissez Wagner à Coppola.
Exécution Charrier, rompez ! »
___________
Comme disaient les Cheney (Peter et Dick) « Cet homme est dangereux » et probablement hypertendu. Il a certes perdu toutes ses guerres et doit ne plus être entier, mais je le sens prêt à tout. Je vais le satisfaire pour ne pas attiser sa colère et risquer d’avancer son AVC. Sa famille qui a dû beaucoup supporter ne mérite pas un cul-de-jatte hémiplégique.
Vous trouverez donc, avant le premier chapitre, le rite d’initiation des GBÀYÁ KÀRÀ, force majeure oblige.
Comme a dit le commandant du Titanic avant de sombrer : « Merci de votre compréhension ».
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05.02.2008
LES AVATARS DE L’ADOLESCENCE (1)
(Feuilleton)
AVANT PROPOS
Il y a quelques années je m’étais interrogé sur les séquelles de la puberté et le retentissement que pouvait avoir dans nos sociétés une adolescence ratée. Cette réflexion avait été provoquée par la lecture d’un travail de Claudine Vidal publié par le laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de Paris X, 1976 : « Garçons et filles - Le passage à l’âge d’homme chez les Gbàyá Kárá ». Coll. Recherches Oubanguiennes. (Cf. annexes).
Son livre nous transportait dans un autre monde car il décrivait avec précision et respect l’incroyable richesse du rite d’initiation qui, dans cette société tribale, préparait l’adolescent à devenir adulte.
La nôtre, à leur différence, n’a pas cette conscience, ignore ce travail ? Nous payons chèrement cette carence. L’esprit de l’escalier aidant la réflexion, j’avais trouvé dans cette adolescence livrée à elle-même la raison de tous nos maux. Je m’étais attelé à en faire la démonstration. Le temps passant, d’autres occupations aidant, je laissai en plan, sans l’oublier, mon sujet. Je le ressuscite aujourd’hui, l’actualise car la matière ne manque pas et profite du blog comme media. J’en commence donc la livraison chapitre par chapitre sous le titre « Les avatars de l’adolescence ». En sous-titre, et parce que la prétention ne me fait pas peur, j’ajouterai facilement - si personne ne m’en empêche - « ou l’origine des malheurs du temps ».
Introduction
Si l’homme ne devait souffrir que des colères de la nature, sa vie serait paisible le plus souvent et pour le plus grand nombre. L’actualité nous prouve constamment que la paix est rare et l’humanité acharnée à se combattre dans les querelles et dans les guerres. Elle paraît condamnée à ne choisir que l’option qui agresse, aigrit, pollue, tue.
C’est l’autre, proche ou lointain qui est toujours désigné comme le responsable de ce tohu-bohu effrayant, sanglant, de cette zizanie chronique.
A tous les moments de l’information surgissent les preuves de l’impossible concorde. La religion, la culture, l’intérêt rien ne permet que dure la paix. Dans une espèce animale l’entente, la solidarité sont naturelles. Elles leur permettent de partager le même territoire, se subir les mêmes menaces, les mêmes désastres. Une seule fait exception, l’homme. Lui, ne reconnaît pas les siens. Il parjure ses dogmes, ses credo, ses traités, ses promesses au point de faire de la trahison une règle de vie. Il a cherché depuis toujours des excuses. Il a inventé le diable, personnage commode, une tache originelle. Le progrès aidant, il l’accuse. La science lui permet d’amplifier les manifestations de ses pulsions. Le crime devient de masse. Les génocides s’industrialisent, la guerre se veut massive et intelligente. Demain, le génie nucléaire le renverra au néant.
Ce survol caricatural d’une réalité où l’homme patauge, effaré, malheureux, déprimé, paraîtra excessif à ceux dont l’univers immédiat est tranquille, paisible, harmonieux. Ils font sans doute partie des êtres rares, précieux, exceptionnels, quasi-miraculeux, capables d’empathie et qui, sans fermer les yeux, cherchent à le rendre meilleur. Ils ne gouvernent ni les états ni les églises, ni les écoles.
Les plus nombreux, ceux qui se disent heureux, satisfaits d’eux-mêmes et des autres, du monde tel qu’il va, font des enfants, roulent en 4x4, indifférents, cuirassés dans leur égoïsme et leur confort. Leur regard est toujours distrait quand le spectacle est dérangeant. Ils sont la race dominante. Elle englobe les « malgré eux », les inquiets, les timides, les honteux, les mécontents. Ils disent n’avoir pas les moyens de la révolte. Ils s’accommodent de leur dégoût.
L’incapacité de regarder la réalité avec clairvoyance, de répondre sans fuir à la question, de considérer l’autre avec une bienveillance instinctive est un phénomène si constant qui, puisque nous récusons un Deus ex machina pervers, nous sommes obligé d’aller en trouver le ressort chez l’homme, victime de lui-même. Plutôt que d’accuser le code génétique nous croyons que le moment fatidique, crucial est celui où la personnalité se forge.
La construction mentale et physique passe par trois stades. La première in utero nous échappe. La deuxième débute à la naissance et s’achève dans l’enfance. La puberté inaugure la dernière et se terminera à la mort.
L’importance des fixations initiales pour le futur psychologique déprécie exagérément l’influence de la puberté et de l’adolescence. La résumer à une crise, même importante, n’y voir qu’une période d’adaptation et de recherche de l’identité dans un contexte de maturation sexuelle simplifie le processus. Il s’agit bien d’une seconde naissance qui métamorphose l’enfant en un adulte qui devrait être prêt à prendre sa place dans la société.
Elle s’accompagne de transformations physiques et mentales d’une richesse incomparable. Le travail est long, laborieux, plein de risques, agité de conflits. Il n’est pas suivi par les parents avec l’attendrissement que le bébé suscitait. En grandissant, il a abandonné l’apparence d’un objet animé, fragile. L’entourage ne sait pas que l’adolescent réactualise en les plagiant tous les conflits qui avalent accompagné sa découverte du monde. Il n’en voit que les manifestations qui peuvent l’agresser car la nymphe en devenant imago s’est enrichie de la puissance que donnent la conscience, l’intelligence et la force.
Les conséquences psychologiques de la mutation sont profondes à la mesure des modifications physiques qui ont changé le corps. Le mécanisme est capable d’erreurs. La communauté parentale, le système éducatif, les valeurs du temps paraissent même de plus en plus programmés pour les susciter. Elles peuvent ne pas se corriger. Les mauvaises réponses influenceront alors tout au long de la vie le comportement. Elles surgiront dès que la relation, la situation renverront à une expérience de ce moment-là.
Pour nous, c’est durant cette période, pleine d’orages, que naissent les tourments qui ravagent la société.
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14.01.2008
LE PATRONYME UN PATRIMOINE QUI EN DIT LONG
Le patronyme traduit, sur l’état civil, une hérédité plus ou moins glorieuse, étale au grand jour le patrimoine génétique et trahit les secrets de famille du premier nommé. Le mien est de ceux qui sont durs à porter. Pendant une vie je suis pourtant condamné à l’illustrer.
Par la grâce d’un muscle mou, accroché à un tendon trop mince, j’ai échappé à l’une des deux fatalités qui plombent notre destin familial. Je ne pouvais dignement continuer la tradition des durs à cuire et à la peine, des fiers à bras qui au moyen âge charriaient en se jouant les blocs de tuffeau de Saumur à Angers. Il ne me restait plus que la raillerie, la moquerie, la taquinerie, le persiflage, l’ironie, le sarcasme.
Pendant des décennies, avec plus ou moins de bonheur et d’honneur, au prix de quelques fâcheries, d’inimités, de reproches, en me retenant souvent j’ai été fidèle à notre devise. Sur le tard, le besoin est toujours là, plus urgent même et toutes les occasions sont bonnes. Ma femme est surprise que j’avoue sans honte et sans remords ce trait de caractère qu’elle voudrait parfois plus dissimulé. Qu’y puis-je, c’est l’infâme chromosome 51 alinéa oméga qui est le coupable, le responsable.
Un nom si connoté attire l’attention, frôle pour certains milieux le ridicule. Il fut relevé heureusement, il y a des années, par un grand artiste, beau comme un dieu, plein de talents, marié pour un temps à la beauté. Même les bébés ne pouvaient s’en passer dans leur biberon. Ce fut une heure de gloire pour tous les Charrier du monde.
Quoique notre trop lointain cousinage ait effacé dans notre lignée ses mérites, je tirais un certain profit de notre familiarité supposée – même si parfois j’y perdais mon prénom -. Mais la star fut filante, les amours durèrent le temps d’une campagne de publicité. Elle eut une curieuse conséquence dont je ne m’aperçus pas sur le moment. Elle fut en réalité une coïncidence. Mes amitiés, mes relations, mes dîners en ville se mirent à obéir à une sélection étrange. Alors qu’avant, mes connaissances étaient raisonnablement réparties dans tous les chapitres du bottin, il y avait une prédominance de L. Je continuais certes de fréquenter des Ledoux, Lesage, Lheureux, Lhuilier, Lepin, Lesobre, Larue mais la place d’honneur revenait à des Lenoble, Leroi, Leroy, Leduc, Lecomte, Leconte, Lecompte, Le Conte, Legrand, Lemarquis, Lemaire, Lelion. Il y avait même plusieurs Leriche et des Bourgeois. Je frayais donc avec une aristocratie de noms. Cette sélection ne pouvait être que la compensation inconsciente d’un refoulement enfin libéré par la renommée échue à un nom si longtemps obscurci par sa pesanteur si signifiante (Ouf !).
Dès que la fatuité de cette complaisance à se hausser du col à si mauvais compte me devint évidente, je changeai de carnet d’adresse et revins aux Martin, Dupont, Durand, Lepage, Lebas, Lumble, Lefort, Lepetit renouant avec une tradition de simplicité plébéienne.
14:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Patronyme, patrimoine, charrier, aristocratie, simplicité
13.09.2007
UNE MERVEILLE : UN LIVRE POLITIQUEMENT INCORRECT
A une époque où la natalité peine, dans nos pays, à renouveler les générations, on pourrait croire que son programme est déjà à l’œuvre. Cela est vrai mais en même temps un consensus glorifie l’enfant, une politique nataliste encourage leur multiplication et ceux qui refusent sont incompris.
La liste de Corinne MAIER est longue. Je trouve amusant de la prolonger.
- Empruntons une bonne raison à John BRUNNER ; Le génial auteur de TOUS A ZANZIBAR fait dire à son héros, Chad Mulligan « Il n’y a rien en vous de si fameux que cela mérite d’être perpétué physiquement dans votre propre descendance ».
Il suffit de se regarder, de pratiquer un minimum d’autocritique pour que l’évidence de sa médiocrité s’impose et fasse renoncer au risque de lancer dans l’existence un énergumène doté du même bagage génétique et qui aura la malchance de nous ressembler. L’autocensure devrait servir de permis de paternité et de maternité et être le meilleur des contraceptifs.
- De CIORAN l’extralucide, dans son essai DE L’INCONVÉNIENT D’ÊTRE NÉ (Gallimard) : « J’étais seul dans ce cimetière dominant le village quand une femme enceinte y entra. J’en sortis aussitôt, pour ne pas avoir à regarder de près cette porteuse de cadavre ni à ruminer sur le contraste entre un ventre agressif et des tombes effacées, entre une fausse promesse et la fin de toute promesse ».
La peine de mort est donc une abomination et même le serial killer le plus épouvantable ne la mériterait pas. Quelle allégresse, quel bonheur pourtant à l’arrivée du nouveau-né, ce condamné à mort qui n’a commis que l’erreur d’avoir des parents amnésiques de la peur qu’ils ont de leur fin ou qui n’ont trouvé que ce moyen de se croire immortels.
N.B. Toute l’œuvre de CIORAN est un long réquisitoire contre l’espèce humaine et son besoin irrésistible de se répandre, faisant d’elle le "cancer de la Terre".
- Les croyants, les catholiques - et cette réflexion ne peut intéresser que ceux-là – auraient – pour moi – une autre raison, encore plus impérieuse, de s’abstenir de faire des enfants. Je ne résiste pas à l’envie de m’appesantir quelque peu. Croissez et multipliez-vous était l’injonction qui faisait les familles nombreuses au nom de l’amour de Dieu. Cette obéissance à l’Ordre divin avait certainement pour corollaire – la plupart du temps - l’amour des enfants. Mais, n’était-ce pas qu’un moyen, parmi d’autres, de prouver sa dévotion et le respect du dogme ?
Le devoir du parent ne se limite pas à l’élevage de l’enfant, à son éducation. Il englobe le souci de ce qu’il va faire, de ce qu’il va être. Cette préoccupation devrait s’étendre même à son devenir post-mortem. Pour le catholique, pendant des siècles le choix était simple : paradis ou enfer. Aujourd’hui le mot enfer est devenu politiquement incorrect. Des pratiquants interrogés m’ont dit que le terme n’était plus employé. L’enfer, pourtant, n’a pas disparu du catéchisme. On le trouve dans la Première Partie (Deuxième section, Chapitre troisième, article 12, paragraphe 6, IV).Si l’église ne le représente plus comme pendant les siècles passés où elle assurait son emprise sur les corps et les âmes par la terreur que sa représentation imagée imposait, les mots qu’elle continue d’employer en font un lieu qui reste inhospitalier. Tous les termes des évangiles sont repris : géhenne, feu qui ne s’éteint pas. Il y est dit que l’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. En fait le discours est alambiqué mélangeant l’amour miséricordieux de Dieu à sa condamnation pour ceux qui peinent à voir ses manifestations dans la vie qu’on les oblige à endurer. Si une catéchiste nous a dit ne pas parler de l’enfer aux enfants auxquels elle veut ouvrir les portes du ciel, le catholique pur et dur, élevé dans sa peur, ne devrait-il pas, par charité chrétienne - et mise à part l’envie de punir l’athée de son hérésie - éviter à sa progéniture le risque de faire le mauvais choix pour une éternité tandis que lui, décédé en état de grâce, la passera dans la béatitude de la proximité divine ? L’âme la mieux trempée devrait être effrayée de cette perspective, de cette responsabilité rendant impossible ce « bonheur infini », dans la « cité sainte de Dieu », « lieu de bonheur, de paix et de communion mutuelle ».
On pourrait trouver encore d’autres bonnes raisons de refuser d’ajouter quelques innocents aux milliards qui s’entassent sur une planète exténuée par tant de succès. L’état des lieux incite à la circonspection. Les perspectives écologiques, climatiques, démographiques sont dissuasives. Le lieu risque de devenir de plus en plus malsain, avec des jungles urbaines tentaculaires. Feindre de l’ignorer participe du même refus de réfléchir à toutes les autres raisons et d’assouvir un besoin atavique, archaïque, organique, d’obéir à un conformisme social dominant, de se faire plaisir.
- Toute action engendrant une réaction, j’attends avec impatience et intérêt le livre-réponse au travail de Corinne MAIER. Il s’intitulera certainement les 40 bonnes raisons d’avoir des enfants. Il faut en effet contredire avec rigueur, avec vigueur, tous ces fous, toutes ces folles qui veulent l’extinction de l’humanité en une génération et qui y travaillent sans vergogne, sans respect pour rien ni personne.
17:05 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : raisons, enfant, natalité, peine de mort, catholiques, enfer, catéchisme
05.05.2007
LA CONSTIPATION DES SENTIMENTS ET SON AVATAR, LE MÉPRIS
Où trouver l’origine des malheurs du temps ? L’autre est un bouc émissaire commode. Il est responsable de tout ce qui ne va pas. Comme chacun pense de l’autre, quel qu’il soit, la même chose, il faut bien rechercher ce qui, dans l’autre et en soi ne marche pas. Nous croyons en avoir trouvé une origine possible.
L’importance des fixations initiales pour le futur psychologique déprécie exagérément l’influence de la phase pubertaire. La résumer à une crise, n’y voir qu’une période d’adaptation et de recherche de l’identité, abrègent singulièrement un phénomène dont l’issue peut s’assimiler à une deuxième naissance qui délivre un adulte à la société.
La croissance pubertaire s’étale sur quelques années. Les modifications n’ont pas d’équivalent aux autres moments de la vie. Elles peuvent seulement se comparer à la métamorphose de la nymphe en imago.
Le flux hormonal révèle un nouveau soma et réveille le germen. La modification psychologique est tout aussi profonde avec une prise de conscience du moi et de l’être. L’ouverture au monde secrète un besoin d’indépendance qui inaugure une querelle avec les parents, voire leur rejet. Le conflit de l’adolescent avec son milieu reflète faiblement quelques uns de ceux que lui fait subir sa nouvelle nature. La montée des pulsions sexuelles, le bouillonnement émotionnel et intellectuel ne trouvent qu’imparfaitement - ou pas du tout - satisfaction ou même expression. Le cadre familial lui apparaît et est effectivement étroit et mesquin. La contestation ou la pauvreté de la réponse parentale peut susciter un repliement avec mutisme et indifférence qui désolent mais qui ne sont qu’apparents. Le tumulte est intérieur et à son comble. Il ne retrouvera jamais cette richesse. La conversation avec soi-même est permanente. Les autres sont jugés avec la suffisance et la supériorité que permet l’inexpérience. La certitude d’être leur victime renforce la cruauté et la partialité du jugement. L’exclusion se renforce de part et d’autre. L’incapacité d’exprimer ce ressentiment tient aussi au sentiment d’être de toute façon incompris.
Cette phase de colère et de frustration peut n’être que passagère. Elle peut avoir été plus ou moins intense. Elle peut s’apaiser en même temps que le désordre biologique. La paix peut revenir entre soi et les autres. Nous avons mis cette évolution dans le domaine du possible. Nous ne croyons pas qu’elle soit la plus fréquente ni constante mais que, au contraire, une fixation à ce stade avec quelques accommodements explique ce qui deviendra un comportement permanent ou rémanent. Il se caractérisera par une pauvreté relationnelle. Ce reliquat pubertaire postule une appréhension négative de l’autre dès qu’une leçon ou une prétention à dicter une conduite est discernée dans le discours. Un écho est réveillé et renvoie à l’expérience traumatisante. Cette situation surgit plus aisément si elle remet en position de dominé par un biais sociale, racial, financier, intellectuel, etc.
Si la puberté n’a pas été complètement assumée - et qui peut le prétendre?- le réflexe joue comme une défense bien verrouillée. Nous qualifions cette attitude de constipation des sentiments. Cette expression dont le langage populaire emprunte facilement le participe, nous paraît convenir à ce stade de rétention atrabilaire, de fermeture sur soi-même qui fait considérer l’autre comme un gêneur ou un ennemi et lui refuser le dialogue.
La constipation des sentiments est une explication plausible à beaucoup de problèmes de communication dans la famille el dans la société Sa fréquence est immense, ses manifestations quotidiennes, ses nuances infinies. Peu y échappent.
La rétention des sentiments n’est pas la seule scorie de l’adolescence. Tout aussi délétère, le mépris s’installe, favorisé par l’appréhension négative de l’autre et l’isolement qu’elle provoque. C’est à ce moment que l’adolescent choisit ses modèles, ses héros. Il rejette, condamne et méprise ceux qui ne pensent pas comme lui, ne partagent pas ses enthousiasmes, ses dégoûts. Le mépris est en place. Il ne cessera de prospérer car tout le cursus éducatif conspire en sa faveur avec sa succession d’examens et de concours. Il n’est pas réservé à une élite. Il est à la portée de tous. Dès l’instant où une supériorité est manifeste, la culture du mépris est à l’œuvre partout. La vie professionnelle, sociale, politique le secrète en permanence.
C’est lui le responsable de la guerre civile larvée qui empoisonne la vie sociale. Si le mépris est général, le plus dangereux est celui qui anime ceux qui ont l’argent et le pouvoir. Au sommet de la hiérarchie, ils sont suffoqués par leur supériorité qui les a hissés là où ils sont. Comment leur politique, leur conduite pourraient ne pas être polluées par le mépris ?
16:35 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : constipation, sentiments, puberté, adolescence, colère, communication, mépris
04.05.2007
LE CHANGEMENT, PRIX DU BONHEUR
Trouver sa place et son équilibre dans la société, c’est possible, si on le veut. Beaucoup l’ont fait, beaucoup le font. Il faut simplement du courage, de la volonté et vaincre la peur de l’inconnu.
Le but de la vie est le bonheur. Trouver sa place dans la société en est la condition. Elle exige l’adéquation entre le dehors et le dedans. Le milieu idéal peut être celui de la naissance mais on ne le sait qu’après l’avoir cherché. La quête de ce paradis ou de ce qui lui ressemble peut mener aux quatre coins du monde : un atoll des Tuamotu, un lac de Nouvelle Zélande, le bush australien, Romorantin…
L’activité doit être celle qui permet aux désirs, aux besoins, aux dons de s’exprimer et de se satisfaire. Le métier imposé plus que choisi à 15 ans, 20 ans par des études, un père, une petite annonce, l’ANPE a peu de chance d’être celui pour lequel on était fait. Il faut savoir en changer jusqu’à le trouver.
Le soldat devient notaire, l’infirmier paysan, le banquier chanteur, l’avocat cuisinier, le chirurgien éditeur. Plusieurs métamorphoses peuvent être nécessaires.
Pourquoi cela est-il rarement possible ? Simplement parce que la plupart des hommes et des femmes ne sont humains que pour une part. Ils n’assument pas la totalité de leur humanité car ils se refusent la liberté de choisir. C’est elle pourtant qui les sépare de l’animal même sauvage. Comme lui, l’homme, même celui qui sait que son bonheur est ailleurs, se prend au piège du territoire. Il succombe à la peur de l’inconnu, à la routine, à la sécurité même au prix du cafard, au hasard qui l’a fait naître ici et prendre ce métier-là.
18:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : changement, bonheur, paradis, activité, piège
28.04.2007
MARIAGE MIXTE
MARIAGE MIXTE
J’ai épousé, il y a quelques décennies, une sud-américaine. En faisant des comparaisons avec les choix plus conventionnels d’amis, j’ai écrit une réflexion sur les mariages mixtes. Si vous avez fait le même choix, qu’en pensez-vous ?
La recherche du conjoint déborde rarement le cadre hexagonal et la facilité est la règle. Puisque la génétique interdit le cousinage, le mariage suivra une rencontre ferroviaire ou métropolitaine, les agacements d’un bal du 14 juillet ou le hasard d’une mutation. La peur de l’inconnu(e) fait suffisamment frissonner pour que l’on se protège avec les frontières géographiques et sociales.
L’amour se moque parfois de ces obstacles. Il n’a pas toujours le souci de compatibilité qui planifie la recherche d’une âme soeur ou encore mieux jumelle. Fuyons ce narcissisme ou cette union à relent d’inceste et préférons un oiseau exotique. Alors que trop de choses communes appauvrissent, le mariage dit mixte enrichit de toutes les différences. Il ne s’agit plus seulement de découvrir l’autre, il s’amplifie à l’infini de sa langue, de sa culture, de son pays, de sa religion peut-être, de sa race. A un niveau plus prosaïque et sans l’effort de comprendre une autre civilisation le plaisir sera de goûter une autre cuisine, des fruits inconnus, des arbres, des rivages, un climat. Le couple se fortifie de toutes ces richesses car chacun apporte à l’autre les mêmes trésors.
Entrer dans sa famille c’est gagner autre chose qu’une belle-famille à la couleur de son drapeau, celle-ci ressemble trop à la sienne, L’adoption lève les barrières mieux qu’aucun passeport; on accède à l’intimité d’un autre monde.
La connaissance n’est jamais synonyme de déception car tout ce qui est appris en paysage, odeur, saveur, amitié est acquis en profondeur et y prend racine.
Parce que l’on parcourt ce nouveau monde main dans la main de celui ou de celle pour qui c’était le premier, on en devient un peu propriétaire. Il n’y a pas d’écartèlement mais un peu moins de peur. La mixité est un bon chemin pour les nations unies.
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17:20 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Mariage mixte, enrichit, fortifie, oiseau exotique








