<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?> <rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0"> <channel> <title>Le journal politiquement incorrect - societe</title> <description>Le journal politiquement incorrect</description> <link>http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/societe/</link> <lastBuildDate>Fri, 29 Aug 2008 04:24:46 +0200</lastBuildDate> <generator>blogSpirit.com</generator> <copyright>All Rights Reserved</copyright>  <item> <guid isPermaLink="true">http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/archive/2008/08/11/l-humanite-denaturee.html</guid> <title>L’HUMANITÉ DÉNATURÉE</title> <link>http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/archive/2008/08/11/l-humanite-denaturee.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Daniel CHARRIER)</author>   <category>Société</category>   <pubDate>Mon, 11 Aug 2008 16:20:00 +0200</pubDate> <description> &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La religion spectacle tient sa grande messe olympique. Elle va permaner 15 jours, reléguant guerre et paix aux faits divers. Les grands prêtres essaient de chauffer les badauds, s’émerveillant de tout, discourant de rien.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Condamnés à s’extasier, ils ne désespèrent pas de rendre contagieux leur enthousiasme de commande. Ils sont au service d’une mythologie qui fonctionne encore. Elle est entretenue par tous les partis pris et les parties prenantes. Cela fait beaucoup. Les États investissent sans compter dans le sport de compétition, moyen politique de montrer leur excellence dans la culture de l’homme. Le sport cultive d’autres valeurs&amp;nbsp;: volonté, courage, goût de l’effort qui, ayant disparu du tout-venant, font croire - puisqu’on les exalte - &lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;qu’elles appartiennent toujours au patrimoine.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;Les marchands sont les vrais moteurs et les vainqueurs. Ce sont eux qui entretiennent la flamme. Elle leur rapporte beaucoup&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;: de l’audience, donc de la publicité, des spectateurs prêts à payer, des produits dérivés, des investissements en tout genre. Les sommes sont colossales, les gestionnaires se servent au passage. Les artistes reçoivent leur part.&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les fidèles sont nombreux, pris au piège de l’hystérie fabriquée. Ils vont se croire capables de sauter plus de 2,30 mètres, devenir le bolide chaussé d’Adidas qui file le 100 mètres en 9 secondes et des centièmes, bondir de plus de 9 mètres, nager aussi vite qu’un marsouin. Eux, les fatigués à l’idée de marcher, qui n’aspirent qu’à ne rien faire, ils savent bien qu’il faudrait bouger pour faire moins de gras mais, incapables de s’obéir, ils préfèrent rêver.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Leur rêve est de faire aussi bien que les athlètes galvanisés par la foule qui les oblige à des efforts surhumains. Ces jeux ne me font pas rêver. Je ne les vois pas en rose&amp;nbsp;: ni foire, ni farce mais bien pire, ils reflètent l’état des lieux.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ce n’est pas de l’activité ludique, divertissante, facteur de bien-être, de santé, d’esprit d’équipe, de force, d’adresse dont je parle. On la pratique en dilettante ou en passionné, en aparté, en amateur, aux heures libres, pour se faire plaisir, mais du sport professionnel où on s’engage à plein temps, pour la vie. On signe des engagements, on contracte des obligations. Le but est de gagner, d’être le premier. L’ambition de cette vocation est le paradis, comme toujours. Il est terrestre et a des séductions. La première est d’être le premier et d’assouvir une volonté de puissance. Zarathoustra en exprime toute la mécanique quand il parle de la victoire sur soi&amp;nbsp;: &lt;i&gt;«&amp;nbsp;quand le plus grand de tous entre en lice à son tour, il prend sur lui risque et péril, c’est une partie de dés avec la mort&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La sélection naturelle a fait le tri et seuls sont acceptés les êtres aux qualités physiques et mentales à la hauteur de leurs prétentions. C’est sur ce support exceptionnel que va s’organiser un travail forcené. Chaque jour est consacré à l’entraînement. Des pays organisent de véritables usines où les postulants, apportés dès l’enfance par les familles, sont épuisés pour que ne surnagent que les quelques uns que la nature a dotés du plus qui fait la différence. Ils entrent dans un cycle où c’est le chronomètre, la perfection d’une pirouette, d’un salto arrière ou la distance d’un lancer, les kilos soulevés qui décident de la réussite d’une vie. Ils auront à surmonter souffrances, blessures, fatigue, découragement pour relever le défi permanent&amp;nbsp;: progresser pour se surpasser et dépasser les autres.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le corps est un outil pour tout le monde. Du prédicateur au chirurgien, du chercheur au plombier, chacun l’utilise au gré de son besoin. Ce qui impressionne chez l’athlète de haut niveau c’est que ce n’est pas un corps offert, exposé, moyen pour fabriquer de la pensée, un bijou, une maison, ce n’est pas la voix du soprano, les doigts du pianiste, la main du tailleur de pierre. Eux aussi ont acquis par l’entraînement, la répétition, la souffrance une connaissance, une expertise, voire une quasi-perfection. L’effrayant chez les rois et reines de l’athlétisme, de la natation, de l’haltérophilie, de la gymnastique est que la culture du corps a une seule fin&amp;nbsp;: le mettre en état de domination.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Cette activité ne s’inscrit pas dans une histoire naturelle&amp;nbsp;: l’exploit attendu serait impossible à réaliser sans un entraînement spécial. Mais, surtout, la finalité de cette performance à laquelle on dédie sa vie, est dérisoire, insignifiante. Instantanée, elle disparaît aussitôt faite, peut s’inscrire sur la pupille, dans la mémoire si le geste a été beau, élégant mais l’important est la place qui, coûte que coûte, doit être la première.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’exploit physique produit une perversion des valeurs qu’il suppose. Mobiliser autant d’énergie, de discipline, de volonté, de souffrance, de blessures pour un but si mesquin atteint la folie. Transformer sa vie et son corps pour courir plus vite, sauter plus haut, jeter plus loin, soulever davantage, revient à développer de façon obsessionnelle la dimension animale du corps. Vouloir le faire rivaliser avec l’animal sauvage est une prétention que l’homme, ce malheureux bipède impuissant n’arrivera jamais à atteindre. Consacrer sa vie à un challenge si médiocre est pitoyable.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ces sportifs n’ont pas l’apanage de la volonté de puissance, du désir de la réussite et de la célébrité. Un président, un général, un pape l’ont aussi. L’amour de l’effort physique n’a rien d’anormal. Accéder à la première place est l’ambition de tous les élèves de l’ENA et de Polytechnique, accéder à la gloire, à la Une de l’Express, à la fortune, est le rêve de beaucoup.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Il n’y a rien de déshonorant à choisir ce média plutôt qu’un autre. La vie du champion à l’entraînement est même décrite sur le ton de l’admiration car elle combine patience, abnégation, discipline, volonté. La capacité de s’imposer des séances répétitives, vaincre la fatigue, la routine, suivre une hygiène alimentaire, des règles de conduite donne une dimension ascétique et esthétique quasi surnaturelle à la vie de ces athlètes. Ils apparaissent comme des êtres d’exception tant leur comportement diffère du &lt;i&gt;vulgus pecum&lt;/i&gt; incapable de la moindre discipline dans tous les domaines. Ils acceptent aussi d’avoir leur vie administrée par des équipes de spécialistes qui décident et organisent.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ce tableau idyllique du professionnel pur et dur ne devant sa supériorité qu’à son seul mérite est encore complaisamment dessiné par les thuriféraires inconditionnels. Il appartient à un passé dont on n’en connaît pas trop l’ancienneté car les débuts du dopage entrent dans un flou qui évite de poser des questions embarrassantes. Aujourd’hui il n’y a plus de doute&amp;nbsp;: les limites physiologiques ont été atteintes et l’entraînement doit s’appuyer sur des propriétés supplémentaires, extranaturelles.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Tous les moyens sont devenus bons pour atteindre la plus haute marche du podium. Peu importent les conséquences.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;En 1983, aux&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;États-Unis, à la question&amp;nbsp;&lt;i&gt;: «&amp;nbsp;Prendriez-vous des drogues qui feraient de vous des champions olympiques à coup sûr mais risqueraient d’entraîner la mort dans l’année qui suit&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;, 50% des athlètes interrogés ont répondu par l’affirmative (cité dans «&amp;nbsp;Jeux Olympiques, la flamme de l’exploit&amp;nbsp;» F. HACHE, Découvertes Gallimard, Paris 2008, p. 150). Le travail des médecins paraît devenir plus important que celui des entraîneurs, l’un préparant le corps pour l’autre&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: navy&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;:&lt;/font&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;grossesses programmées et interrompues pour augmenter le volume sanguin et l’oxygénation&amp;nbsp;; hormones mâles et de croissance pour augmenter la masse musculaire&amp;nbsp;; EPO pour augmenter le volume globulaire&amp;nbsp;; travail en caisson, en altitude, vibrations mécaniques et d’autres techniques dont on ignore tout.&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le respect du corps que l’on contraint pour qu’il exprime sa plénitude a disparu. Le verrou a sauté sous la pression des intérêts&amp;nbsp;: ceux de l’argent à gagner et à faire gagner&amp;nbsp;; enjeux politiques des États qui trouvent dans le sport un exutoire et un renom&amp;nbsp;; enjeu de puissance pour l’individu, la nation.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Notre société applaudit à un spectacle où s’agitent des hommes, des femmes dont la musculature, les valeurs, l’ambition sont clairement révélés et ne laissent place à aucune ambiguïté. Elle sait que les vainqueurs seront ceux qui auront été non seulement les plus forts mais aussi les plus habiles à mentir sur les moyens qui leur ont permis de gagner.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;C’est l’évolution de cette humanité-là qui nous intéresse et à laquelle une olympiade sert de révélateur. Elle nous paraît traduire un affaiblissement de la morale sociale et un abêtissement de l’humanité. Il est difficile de ne pas, alors, se référer au livre de Vercors «&amp;nbsp;Les animaux dénaturés&amp;nbsp;». Immédiatement qualifié de conte philosophique voltairien, il dut son succès aussi à sa forme plaisante, pleine d’humour et d’ironie. Paru en 1952, au sortir des horreurs de la guerre et de l’holocauste, il y posait la question «&amp;nbsp;Qu’est-ce qu’un humain&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». Vercors tentait d’y répondre en racontant la découverte des Tropis, mi-hommes, mi-singes, dans la jungle de la Nouvelle Guinée. Des experts de toutes disciplines y dissertent à l’occasion d’un procès pour trouver les limites entre l’homme et le singe. L’homme se distinguerait de l’animal par l’esprit religieux. Il signifie esprit métaphysique, esprit de recherche, d’inquiétude, et non seulement la foi mais la science, l’art, l’histoire, la sorcellerie, la magie, etc. Pour Vercors, toujours en prenant exemple sur son groupe de Tropis, le degré d’humanité d’un être reposerait sur la non-acceptation ou la soumission au groupe et son libre arbitre.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;On peut regretter qu’un nouveau Vercors ne se lève pas et vienne maintenant nous parler de l’humanité d’aujourd’hui. La logique qui conduit un homme, une femme à se transformer en s’aidant si nécessaire d’artifices potentiellement mortels pour gagner une médaille et celle de la foule qui s’enflamme pose en effet la question de la pertinence de la définition d’Aristote&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;l’homme, un animal doué de raison&amp;nbsp;». Si vous enlevez à l’homme sa raison, que lui reste-t-il?&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: navy; line-height: 150%; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;___________&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/archive/2008/07/31/retraite-un-mot-a-oublier.html</guid> <title>RETRAITE, UN MOT  À OUBLIER</title> <link>http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/archive/2008/07/31/retraite-un-mot-a-oublier.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Daniel CHARRIER)</author>   <category>Société</category>   <pubDate>Thu, 31 Jul 2008 22:55:00 +0200</pubDate> <description> &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;À la retraite et toujours à me demander si c’est un rendu pour un prêté, un devoir ou des vacances, une arrivée avant le départ. Toujours cette maudite alternative du diable&amp;nbsp;!&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Encalminé dans la mer des sarcasmes, la grande voile faseyant, en pilotage automatique, le temps est de faire le point. Le terme est-il en vue&amp;nbsp;? Celui du sabordage est-il venu&amp;nbsp;?&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Faute d’un matelot à la vigie, j’ai à répondre au questionnement du capitaine.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;D’abord, réparons une erreur. Retraite est un mot fâcheux. Emprunté au militaire, il est incongru pour qualifier le dernier quart de l’histoire. Dans la grande, il ternit la gloire du général que le revers des armes contraint à la reculade, seul moyen d’échapper à la déculottée. Napoléon ne se remit pas de la retraite de Russie. Une Bérézina est mieux vue qu’une reddition, formulation acceptable de la capitulation.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Donc, retraite sonne trop le glas pour résonner plaisamment aux oreilles de ceux qui passent ou ont passé le flambeau. L’expression devrait marquer simplement le passage du service des autres au service de soi. Libre-service singularise bien ce nouveau moment. Il succède à 40 ans de service commandé. C’est la libération après la liberté surveillée. Cet instant de vérité est une échéance, pas un choix. Cela explique que la liesse ne soit pas au rendez-vous. Il marque trop que la société vous déclare inapte au service actif. Elle ne veut même pas de vous dans la réserve. De bon à tout, vous voilà bon à rien. La dégringolade est sévère. On comprend que certains ne s’en remettent pas.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Leur nouveau statut est trop bouleversant et les obligerait à changer. L’adaptation est impossible car, habitués à élever des murs, à serrer des boulons, à remplir des formulaires, à répondre au téléphone, à additionner, à présider, ils ont toujours obéi à d’autres ou à leur planning. Ils ont vécu pour travailler, ayant oublié de travailler pour vivre. Ils parlent de leur bon vieux temps d’actifs comme celui où l’on savait se fatiguer devant une machine, un clavier, derrière un comptoir, un pupitre, un micro. On existait aux yeux des autres&amp;nbsp;: les copains, les clients. On se serrait les coudes, on se rendait service. Et le pouvoir s’en est allé. Pouvoir de faire attendre, refuser, paraître pressé, débordé, important. Cette activité dispensait de l’inconvénient de penser. Leur self-service est une espace d’indécision, de vacuité, très inconfortable. Ces malheureux errent, pitoyables. Ils se croient devenus invisibles. Leur avenir sera encore plus lamentable que le passé. Comment les convaincre qu’à 60 ans il est grand temps de devenir égoïstes&amp;nbsp;? Le bistrot devient la consolation. Le pastis, la chopine donnent de l’éloquence et on y retrouve d’autres orphelins. Un pote peut l’entraîner sur un terrain de pétanque. Une solidarité et des rites feront reculer la cirrhose de quelques années.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;À côté, il y a une autre humanité. Elle ignore ce genre de problème. Pour eux, il n’y a ni avant ni après. Ils n’abandonnent jamais le service actif. Ils se recrutent partout mais, les plus voyants, les plus charismatiques sont les artistes. Tous n’atteignent pas le plus haut niveau d’accomplissement. Ils y sont alors exemplaires. Leur travail est une vocation, un appel auxquels ils n’ont pas résisté. Ils avaient le moyen de les satisfaire. Ces artistes vivent au paradis car le travail les occupe, les stimule, ouvre l’âme et ils gagnent leur vie en faisant ce qu’ils aiment. Devant un piano, un chevalet, sur scène, à leur écritoire ils créent, jouent, vibrent et seront jeunes jusqu’à la fin. Jean Piat à 83 ans brûle les planches. Danièle Darrieux à 90 ans joue au théâtre, fait du cinéma, prête sa voix. John Le Carré à 78 ans écrit des livres passionnants. De Oliveira filme à 100 ans. Picasso, Rubinstein, Chagall, Hugo, Casals, Toscanini font partie de l’immense cohorte de ces êtres d’exception dont la joie de faire s’est jusqu’au bout confondue avec le plaisir de vivre. Leur ligne de vie est rectiligne, sans le décrochement à 60 ans. Ils n’en ont pas l’apanage. Il y en a ailleurs, partout. Ils font seulement moins de bruit. Pas loin de chez moi j’en connais un. Il est tonnelier. Il y a longtemps qu’il ne fait plus de tonneaux pour les vignerons de Chinon et de Bourgueil. Son atelier, à l’entrée du village est souvent ouvert. Il y travaille pour le plaisir, pour les amis. Sa femme a du mal, quand il y est, à le récupérer pour dîner. Il sculpte aussi le bois et son jardin est un bestiaire qui fait aboyer ma Thrice quand on le croise. Elle trouve l’immobilité d’une grande girafe qui scrute l’horizon et d’une grosse cochonne avec sa gorouée de porcelets très menaçante. Si vous vous arrêtez, il sera difficile de partir car le bonhomme de plus de 80 ans pétille de malice et il a tant à dire&amp;nbsp;!&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Entre les deux il y a le tout venant, comme moi. Pas désespéré de ne plus en être et pas assez passionné pour avoir envie de continuer. Il faut s’occuper pour ne pas s’ennuyer, ne pas rouiller et attendre que le temps passe à ce qu’il veut.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Trois écoles s’affrontent. La première est assez bien décrite par ce quidam à l’activisme peu débridé et qui écrivait à un neveu lointain&amp;nbsp;: &lt;i&gt;«&amp;nbsp;Affaissés dans nos pullmans fatigués de ne rien faire&amp;nbsp;; contents d’être arrivés, mécontents de presque tout, repus et affamés, un verre de JOGUET de la grande époque pour l’un, un verre de Vouvray made by FOREAU pour l’autre, ignobles, nous trinquons à la mémoire de nos souvenirs&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;. Revenus de tout et n’aspirant à rien, ils passent le temps en en faisant le moins possible. Ils se fatiguent en regardant travailler les autres. Ils se félicitent de leur bonne santé chaque fois qu’ils vont à un enterrement. Ils survivent en surfant. Plus ils prennent de poids et de l’âge, plus ils s’allègent, s’intéressant de moins en moins, perclus d’arthrose et de ruminations. Certains opportunistes et que rien ne retient passent l’hiver au chaud, en Tunisie ou au Maroc, en pension complète pour une vie de château, à un tarif basse saison. D’autres, plus riches et voulant le rester partent dans le pacifique, non pas à la poursuite du soleil comme Alain Gerbault, mais pour échapper à l’ISF. Leur disparition est anticipée, avec beaucoup d’élégance ils la rendent aussi transparente que l’eau du lagon.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Une autre clientèle fréquente les selfs. Je la jalouse. Elle recherche ce qu’elle ne connaît pas et ce à quoi elle a toujours rêvé de goûter. Le temps est arrivé. Leur patience va être récompensée. Ils vont enfin apprendre le mandarin, à jouer au piano, à la guitare, devenir potier, sculpteur, écrivain, chanteur et même philosophe. Ils partent faire le tour du monde à pied, à cheval, à vélo, en bateau, en voiture. Aucune bonne raison, aucune bonne âme outrée de tant d’inconscience ne les arrêtera. A l’âge où la plupart se retournent pour commenter le passé, ils deviennent des aventuriers et ne pensent qu’à demain. Ils ont tourné une page pour en écrire une plus belle, plus riche. Parce que le temps ne passe plus mais court, ils se dépêchent de penser, de courir, d’agir. Il y a tant à faire et les jours sont des heures. Leur retraite est, par le seul effet de la volonté, une victoire sur la paresse, la résignation, la routine, la sagesse normalisée. Ils sont admirables.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Reste la troisième option, un entre-deux. Par définition il n’est ni ignoble ni admirable. Elle compte le plus grand nombre. La vie continue, une routine remplace l’autre. S’occuper est facile. Il y a tant à faire&amp;nbsp;: la maison, la famille, le jardin, les petits enfants, les livres, le cinéma, le théâtre, l’opéra, Venise, la Grèce, une croisière peut-être, un voyage aux States c’est si tentant avec un dollar si bas. &lt;i&gt;«&amp;nbsp;Oui, je me suis mis au golf, ça oblige à marcher&amp;nbsp;» - «&amp;nbsp;Moi, c’est la natation, un sport complet, c’est bon pour l’ostéoporose. Mais sérieusement, trois fois par semaine, avec le club de seniors. Il y a des gens très, très intéressants&amp;nbsp;» - «&amp;nbsp;J’anime un blog. J’y parle de tout et de rien. Ça m’occupe un peu. On s’y fait des tas d’amis, tout autour du monde. C’est très stimulant. C’est sur le conseil de mon médecin&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;&amp;nbsp;: &lt;i&gt;«&amp;nbsp;à votre âge, il faut faire travailler le cerveau&amp;nbsp;» - «&amp;nbsp;Du bénévolat&amp;nbsp;? Oui, oui&amp;nbsp;! Très important, on deviendrait égoïste sans ça&amp;nbsp;» - «&amp;nbsp;Je recherche une OGM qui aurait besoin de mes compétences. Je sens que je pourrais beaucoup apporter. J’étais si tonique, si performant&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;«&amp;nbsp;Oui, la boîte a eu de gros problèmes. Ils ont failli être rachetés. Je les avais prévenus. Enfin, ce n’est plus mon affaire…&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Et vous, la santé, ça va mieux&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;__________&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/archive/2008/07/19/pour-une-conversation-reussie-autour-du-diner.html</guid> <title>POUR UNE CONVERSATION RÉUSSIE AUTOUR DU DÎNER</title> <link>http://journalpolitiquementincorrect.blogspirit.com/archive/2008/07/19/pour-une-conversation-reussie-autour-du-diner.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Daniel CHARRIER)</author>   <category>Société</category>   <pubDate>Sat, 19 Jul 2008 11:50:00 +0200</pubDate> <description> &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existant ou ayant existé est fortuite.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’été, les vacances, la plage, la montagne, la campagne, la sieste, les orages, les coups de soleil, les moustiques, les guêpes dans la confiture, les fines mouches, le petit rosé des dunes, la gueule de bois, le presque bonheur… et, cerise sur le gâteau, les amis qui s’invitent pour s’ennuyer avec vous, qui ne veulent plus partir et qu’il faut garder à dîner.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le pire, c’est la conversation à nourrir, elle aussi.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’hôte rêvé est l’exception car, n’ayant pas de temps à perdre, il ne va pas chez les autres. Quand il y est, disert, conteur né, il régale de bons mots, d’histoires drôles, de nouvelles amusantes. Il connaît tout sur tout et tous et toutes. Il occupe le terrain sans peine ni peiner.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La norme est plutôt la pluie et le beau temps, la blague à la mode, la dernière invention de qui vous savez et les souvenirs communs, une nouvelle fois recyclés.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Être contents de se revoir ne s’improvise pas et résulte d’une discipline qui autorise peu de fantaisie. Chaque étape a des exigences.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’avant-repas est celle du plaisir des retrouvailles. On peut se permettre les exclamations, les proclamations d’usage. Ce sont de pieux mensonges, des automatismes verbaux&amp;nbsp;: &lt;i&gt;«&amp;nbsp;tu n’as pas changé, comment tu fais&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/i&gt; «&amp;nbsp;&lt;i&gt;Quelle bonne idée on a eue de faire ce grand détour…&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;«&amp;nbsp;Comme c’est beau chez vous&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;, etc.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Personne n’écoute mais cela donne le temps de s’installer sur la terrasse&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; et d’apporter les rafraîchissements. La conversation peut s’engager. Elle est apéritive et se doit d’être gaie, alerte, tonique et confirmer la bonne impression du début. Il convient d’être admiratif pour la réussite des enfants, voire des petits enfants, la rutilance et la classe de la voiture, s’extasier sur le prochain voyage au long cours. Il ne s’agit que de renforcer la bonne impression qu’ont les invités d’eux-mêmes. Leur jubilation sera au zénith si vous glissez - comme un aparté dont vous avez pris votre parti - les soucis que vous causent le chauffage de la piscine, les errances du petit neveu ou des varices un peu turgescentes. Si vous l’animez suffisamment, la conversation vous dispensera de proposer les cacahuetes et autres amuse-gueule. Trop salés, trop sucrés, trop gras, ils sont industriels, dangereux. Même les olives et leurs sacrés noyaux pourront rester dans leur bocal.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vers 20 heures le repas est servi. La conversation doit prendre une autre direction car elle change de statut. Elle doit être roborative, occuper l’esprit et forcer l’esprit à parler et à écouter pour distraire du boire et du manger, deux occupations dangereuses pour la santé. Le nécessaire sera suffisant. C’est&amp;nbsp;un problème de santé publique. L’obésité menace, le diabète, l’hypertension, la cirrhose, le cancer, etc. sont en embuscade. Je sais, de source sûre, qu’une directive ministérielle est en préparation pour inciter à rester sur une petite faim au sortir de table. Féru d’attitude citoyenne, je prends le devant et vous y invite. En plus, si l’estomac est léger, le sommeil post-prandial sera de meilleure qualité. Pour obtenir un tel résultat, le dialogue doit être vif, profond, sur des sujets consensuels et, surtout, adaptés aux interlocuteurs. L’impair est vite arrivé&amp;nbsp;: ne jamais parler de livres à des analphabètes&amp;nbsp;; ne pas médire de Julien Lepers à un fanatique de «&amp;nbsp;Questions pour un champion&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; ne pas parler du dernier Lévy à un inconditionnel de Gallo. L’actualité politique doit être abordée avec circonspection. Il vaut mieux laisser venir le sujet et ne pas hésiter, si on veut conserver une amitié de trente ans, à opiner du chef aux positions les plus extrémistes. La conversation peut avoir les vertus d’une thérapie collective. Elle est très prisée dans certaines sectes ou des groupuscules extrémistes dont le rêve est de rendre le monde encore pire qu’il est. L’occasion de goûter à ses plaisirs interdits n’est pas à dédaigner.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La salade de fruits ou le sorbet aux fraises avalé ou, dans l’idéal, une tarte Tatin &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; - si vous avez été prévenu à temps et que vous voulez vraiment faire plaisir - le café ou l’eau chaude de la tisane expédiés, la conversation de l’après-repas peut commencer. Les choix sont difficiles car d’eux dépend le moment où vous allez pouvoir vous débarrasser de ces amis qui vous veulent du bien et aller – enfin – dormir.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Deux écoles s’affrontent. L’erreur est facile. Il m’est arrivé de la commettre. On peut manquer – par fatigue – de doigté. Les uns privilégient la conversation soporifique. Elle prépare le bâillement qui donnera le signal du départ après la phrase tant attendue&amp;nbsp;: &lt;i&gt;«&amp;nbsp;Déjà si tard&amp;nbsp;! Il faut penser à partir car on a encore de la route&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/i&gt; C’est une perche tendue. N’y succombez pas et résistez à l’envie de dire&amp;nbsp;: &lt;i&gt;«&amp;nbsp;Ce serait peut-être plus prudent de rester dormir, la chambre d’amis sera vite prête&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;. L’intention est bonne, mais vous présumez de votre santé. A votre âge la résistance a des limites.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Au contraire, quoique navré d’un départ si tôt, allez chercher tout ce qui a été éparpillé.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Trouver des thèmes anesthésiants n’est pas difficile. Il faut encore s’adapter à l’interlocuteur&amp;nbsp;: requérir son avis sur la taille courte ou longue des fruitiers s’il vit en appartement&amp;nbsp;; paraître intéressé par la nouvelle controverse de Valladolid, s’ils sont branchés sur le tour de France ou leur demander leur avis sur le danger des nanotechnologies s’ils sont dans l’épicerie. La débandade est habituellement rapide.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les autres trahissent leur irritation pour l’irruption des amis un après-midi qu’ils voulaient consacrer à tondre la pelouse, terminer le polar en cours, visionner leur dernier DVD, etc. par des sujets prêtant à controverse. L’effet est moins prévisible. Le sauve-qui-peut est parfois au rendez-vous. Il peut, au contraire, réveiller le convive, relancer son attention, chasser le sommeil en instance. C’est généralement le mari qui va prendre plaisir à vous contredire. Un combat s’engage qui se terminera – pas toujours à votre avantage - tard dans la nuit.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le prétexte avait pu paraître anodin mais en fait un oubli a toujours été fait. J’ai quelques exemples en mémoire. Un soir, récemment, chez des amis, j’étais l’un des casse-pieds. Le maître de maison voulant paraître à la mode, dit du bien du dernier CD de Carla. Ma voisine, jusqu’alors discrète, se révèle avoir été une chanteuse à voix et soprano à l’opéra de Toulouse. Sa réaction fut terrible pour son vis-à-vis car les chanteurs d’opéra postillonnent. Il a fallu se mettre à plusieurs pour la faire taire. Les dégâts collatéraux furent considérables. Comble du malheur, sous l’averse, tout le monde était réveillé. Ce fut une soirée très longue à récupérer.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Il faut éviter les provocations car elles ne font pas toujours fuir et commencer un duel vers 23 heures suppose une vaillance qui s’éteint au fur et à mesure que les heures passent.&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #666699; font-family: 'Maiandra GD'&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;___________&lt;/font&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; </description>  </item>  </channel> </rss> 