28.02.2008

Portrait à l’encre sympathique

Challenges aime dresser des portraits en forme d’Arc de triomphe aux grands de l’économie, de la finance, des médias. Le héros n’a généralement pas à se plaindre du traitement. L’image est saint-sulpicienne. La plume, trempée dans l’encre sympathique, n’empêche pas de voir les ficelles grosses comme les cordes de la publicité rédactionnelle.

La révolte récente des petites mains des grandes surfaces qui n’arrivent pas à vivre avec leurs salaires de misère m’a donné envie de relire l’article que le magazine avait consacré le 10 janvier dernier à Jean-Charles NAOURI, PDG de Casino.

A la première lecture, rapide, je n’avais relevé que la fulgurance du parcours qui en quelques années propulse le fonctionnaire à la 57ème fortune de France, le transfert de personnalité qui transforme l’homme de gauche en hypercapitaliste. J’avais compris que le journaliste faisait de cette réussite foudroyante la récompense méritée de toutes les qualités énumérées à la façon d’une litanie tout au long des 4 pages du dithyrambe :

-                     expert en montages financiers complexes ;

-                     « être le meilleur », une règle ;

-                     grand timide ;

-                     ne pas être comme les autres ;

-                     ultrasensible ;

-                     très forte épaisseur spirituelle ;

-                     il est religieux ;

-                     il se sent le devoir d’être juste envers les hommes ;

-                     brillant élève (Normal Sup., ENA, Harvard) ;

-                     fidèle à ceux qui ne l’on pas déçu.

On comprenait que l’homme est habile, secret, intelligent, qu’il avait les moyens de satisfaire un bel appétit et que, quoique grand timide, il se prête à l’hagiographie sans déplaisir apparent.  

En seconde lecture, à la fin du récit, je n’en savais pas plus. Je n’avais pas appris comment l’ancien de l’ENA, de Normal Sup., rejeton d’une famille modeste, le directeur de cabinet (à 34 ans) de Pierre Bérégovoy, ministre des affaires sociales en 1983 a réussi :

-                     à créer un fonds d’investissement en 1987 ;

-                     à racheter Rallye en 1991 ;

-                     à prendre le contrôle de Casino en 1997 ;

-                     à s’emparer de Leader Price en 2007.

On nous laisse deviner que le parcours n’a pas été facile, qu’il avait des revanches à prendre. On est soulagé de savoir qu’il a été blanchi d’une affaire d’initiés de la Société Générale en 1988.

Rien ne nous est dit sur la façon dont l’empire a été créé. D’où est venu l’argent ? Quelles ont été les batailles, les trahisons ? Comment en si peu de temps peut-on passer du stade d'employé à celui de propriétaire sans épouser l’héritière ? Par quelle manœuvre boursière ou autre ?

Comment peut-on vivre ses contradictions ? Dire que l’on se sent le devoir d’être juste avec les hommes et de maltraiter ses petits salariés ?

Aucune de ces questions n’est posée et n’a donc pas de réponse dans le papier de Jean-Baptiste Diebold. La curiosité est, chez lui, taboue. Un début d’éclairage est peut-être donné dans le Challenges du 31 janvier par le Droit de réponse de la famille Baud aux accusations de malversation dans la gestion de Leader Price dont Challenges se faisait l’écho. Tout serait faux et relèverait d’une stratégie systématique de dénigrement. Challenges répond sans s’excuser en se plaignant de n’avoir pas obtenu de rencontrer cette famille lors de la préparation du portrait et sans se plaindre d’avoir peut-être servi à une opération de désinformation.

13.09.2007

LE MONDE TOUJOURS ET ENCORE

Vincent BEAUFILS, directeur de la rédaction de Challenges, regrettait il y a quelques semaines le départ de J.-M. COLOMBANI de la direction du Monde (1994-2007). Pour lui, Le Monde était et restait le grand journal qu’il admirait depuis toujours et J.-M. COLOMBANI un homme plein de mérite et de talent. Il admonestait ses confrères de lui avoir refusé leur confiance, le contraignant au départ.

Je salue cette fidélité, cette amitié et le courage de les proclamer dans ces temps difficiles pour J.-M. COLOMBANI. La réponse faite par Marc et Alfred GROSSER dans le courrier des lecteurs du dernier numéro de Challenges aux louanges de V. BEAUFILS est intéressante parce qu’elle résume quelques uns des reproches que l’évolution du Monde sous la tutelle de J.-M. COLOMBANI a suscité. Ils ont d’autant plus de force qu’Alfred GROSSER, professeur, collaborateur de longue date au Monde est bien placé pour apprécier l’état du journal, ses dérives. Le réquisitoire est sévère :

« Vous passez sous silence :

- l’engagement pro-Balladur de 1995 de tout le journal ;

-la volonté de créer l’information et non de la rechercher (période de PLENEL)

- la situation économique catastrophique du journal malgré le siphonage de la trésorerie du groupe PVC ;

- l’endettement du journal et donc sa perte d’indépendance ;

- l’utilisation du journal par MINC qui ne fait jamais rien sans attendre des contreparties 

- …/… »

Il faut espérer que la nouvelle équipe de direction refera du Monde un journal fiable et viable.

17.07.2007

LE SUCCÈS FAIT MIEUX VENDRE QUE L’ÉCHEC

CHALLENGES a publié un article dans son numéro du 28 juin dernier sur les Eldorados de l’emploi. Neuf exemples étaient montrés de jeunes ayant réussi leur expatriation en Grande-Bretagne, Irlande, les U.S.A., Chine, etc. De façon adjacente les difficultés et les échecs sont indiqués – pour le Québec, le Brésil, l’Australie, la Chine – mais le ton est plutôt à l’enthousiasme. Mais si pour certains, l’installation à l’étranger est un succès, pour d’autres c’est le cauchemar. L’expérience malheureuse de ceux-là est moins "glamour" mais plus instructive. Pour cette raison j’ai adressé à Challenges le mail suivant. Sans résultat pour le moment.

 

Vous venez de publier un article intéressant sur les Eldorados de l’emploi. J’attends avec impatience le chapitre 2, celui que vous allez certainement consacrer, dans un souci d’objectivité, aux échecs de l’expatriation. Ces Français qui sont partis pour ces pays de rêve que sont l’Australie, le Canada, les USA, etc. et qui se sont retrouvés plongés dans un cauchemar où ils ont perdu leurs illusions, leur argent et leur moral. Cela ne doit pas être difficile à faire, ils sont majoritaires. Ces témoignages seront plus démonstratifs et instructifs que les quelques "succes stories" du chapitre 1.

 

Dans cette attente, avec mes sentiments les meilleurs,