08.12.2007

Nouvelles du journal Le Monde

Le Nouvel Observateur et Challenges donnent des nouvelles du journal Le Monde. Elles ne sont pas bonnes. Les déficits se creusent et il n’y a aucune perspective de retournement de la situation : 

·         les recettes publicitaires continuent de décliner car les annonceurs se détournent de la presse écrite pour l’Internet ;

·         la dette de 140 millions d’euros sera réduite de moitié par la vente du Midi Libre mais les seuls frais financiers sont supérieurs au résultat opérationnel ;

·         le Monde Diplomatique, la presse pour enfants sont déficitaires ;

·         la seule location de l’immeuble du siège, Boulevard Blanqui dans le 13è, coûte 7 millions d’euros par an et plombe la trésorerie ;

Cette situation est intenable et conduit à la faillite si rien n’est fait. Les mesures sont prévisibles et il suffit de se rappeler ce qui s’est passé à Libération :

-         licenciements massifs. Les salariés savent ce qui les attend et ont débrayé le 3 décembre ;

-         la nouvelle charrette devra être encore plus importante que celle de 2005/2006 (130 départs) ;

-         vente probable des pépites qui rapportent de l’argent. Télérama après le Midi Libre devrait apporter un ballon d’oxygène ;

-         arrivée de nouveaux capitaux avec de nouveaux capitalistes mais, que restera-t-il de l’indépendance éditoriale du journal ?

L’avenir du Monde est sombre. La direction dit le contraire et veut rassurer le personnel en ne prévoyant aucun licenciement. Provocatrice, inconsciente, irresponsable au moment même où les nuages noirs arrivent,elle s’octroie quelques avantages : revalorisation de la prime de logement du président du directoire, un mal-logé sans doute, et augmentation de 55% du salaire du  directeur, Eric  FOTTORINO, cette conscience éclairée, ce romancier à succès.

Tout va très bien Madame la Marquise, tout va très bien…

 

13.09.2007

LE MONDE TOUJOURS ET ENCORE

Vincent BEAUFILS, directeur de la rédaction de Challenges, regrettait il y a quelques semaines le départ de J.-M. COLOMBANI de la direction du Monde (1994-2007). Pour lui, Le Monde était et restait le grand journal qu’il admirait depuis toujours et J.-M. COLOMBANI un homme plein de mérite et de talent. Il admonestait ses confrères de lui avoir refusé leur confiance, le contraignant au départ.

Je salue cette fidélité, cette amitié et le courage de les proclamer dans ces temps difficiles pour J.-M. COLOMBANI. La réponse faite par Marc et Alfred GROSSER dans le courrier des lecteurs du dernier numéro de Challenges aux louanges de V. BEAUFILS est intéressante parce qu’elle résume quelques uns des reproches que l’évolution du Monde sous la tutelle de J.-M. COLOMBANI a suscité. Ils ont d’autant plus de force qu’Alfred GROSSER, professeur, collaborateur de longue date au Monde est bien placé pour apprécier l’état du journal, ses dérives. Le réquisitoire est sévère :

« Vous passez sous silence :

- l’engagement pro-Balladur de 1995 de tout le journal ;

-la volonté de créer l’information et non de la rechercher (période de PLENEL)

- la situation économique catastrophique du journal malgré le siphonage de la trésorerie du groupe PVC ;

- l’endettement du journal et donc sa perte d’indépendance ;

- l’utilisation du journal par MINC qui ne fait jamais rien sans attendre des contreparties 

- …/… »

Il faut espérer que la nouvelle équipe de direction refera du Monde un journal fiable et viable.

28.04.2007

POURQUOI JE NE LIS PLUS LE MONDE

Pourquoi je ne lis plus le Monde
Lecteur du Monde pendant plus de 50 ans, je me suis décidé, il y a quelques mois, à l’abandonner. Mes raisons étaient anciennes mais je tenais bon : violation institutionnalisée du secret de l’instruction, création à répétition de pseudo-affaires (baudis, grippe aviaire, procès pédophiliques), médiocrité des pages spectacles, envahissement des pages sportives ou consacrées à de pseudo-célébrités, censure pour tout ce qui est politiquement incorrect dès lors que le sujet est l’immigration, l’insécurité, refus de débattre au grand jour des accusations portées par Pierre Péan et Philippe Cohen.
Avant de le faire, j’avais écrit à André Fontaine, personnalité éminente et historique du Monde pour lui faire part de mes griefs. La goutte qui avait fait déborder le vase était un dessin paru à la page gastronomique à l’occasion de la présentation des nouvelles étoiles du guide Michelin. Il montrait un bibendum dans une pose acrobatique regardant une étoile à la place de son trou du cul et que j’avais trouvé obscène.
Voici la lettre adressée à Monsieur A. Fontaine :

Monsieur,
Vous devez, encore plus qu’un vieux lecteur comme moi, être attentif à l’évolution du Monde.
Je vous écris parce que le dessin obscène paru dans la page «gastronomie» du journal daté du 23 février 2006 et censé illustrer le nouveau guide Michelin, m’a «étonné».
La volonté de choquer à tout prix fait sans doute partie du nouvel esprit de la rédaction. Si l’objectif recherché est de se débarrasser d’un lectorat qui ne correspond plus à son esprit, c’est un succès. Je crois néanmoins que c’est une erreur qui sera mortelle. Elle est le complément, en effet, d’une politique éditoriale qui, si elle a pour ambition de ratisser plus large, ne s’accompagne pas de la qualité qui serait nécessaire pour y parvenir.
Le Monde s’est ouvert aux sports, aux tendances du moment, aux jeux, à des hommes ou des femmes à la mode (ainsi un certain Monsieur Attias, ami éphémère d’une célébrité a eu droit à une pleine page), consacre facilement aux réalisateurs ou acteurs de films américains, des pleines pages en forme de publicité rédactionnelle pour des supposés chefs d’œuvre. Tout cela est superficiel, vain, sans intérêt.
Plus claires, plus lisibles devraient être les qualités du nouveau Monde. Il est pour moi, surtout, de moins en moins intéressant.
Même les pages politiques sont critiquables. Sa manipulation des statistiques pour prouver la lepénisation des français, témoigne d’un sectarisme idéologique dont je ne saisis pas la finalité mais qui fait le jeu de l’extrême droite. Mais, l’extrême droite et l’extrême gauche n’ont-elles pas beaucoup de points communs ? Après l’avoir promis, M. Robert Solé a renoncé à en parler.
Je crains que les difficultés financières du Monde aient des répercussions en interne qui créent des tensions et un état d’esprit négatif et déplaisant. Il se répercute, à mon avis, dans la teinture qui est donnée à l’information. Compte tenu de l’importance qu’a encore le Monde dans l’espace médiatique, politique, cette vision pleine de pessimisme a une responsabilité dans le détestable climat moral qui prévaut aujourd’hui dans notre pays.
Je ne sais pas si votre analyse rejoint la mienne. Si cela était, même partiellement, je me demande si votre autorité morale ne pourrait pas s’exercer en interne pour que le suicide collectif dans lequel me paraît engagé ce journal soit arrêté.
Avec mes sentiments respectueux,

N.B. A titre d’exemple, le Monde du 22 février 2006 consacrait :
- ¾ de page à deux inconnus décédés (p. 29) ;
- ¾ de page à un gangster rappeur américain inconnu (p. 36) ;
- ¾ de page au projet d’un musée campagnard hypothétique de Mme S. Royal (p. 27) ;
- 1 page tendance aux hommes qui aiment se balader en slip (p. 25) ;
- 1 page à la maison qui s’habille en couleur ;
- 3 pages au sport ;
- 1 page à la grippe aviaire (le Monde est particulièrement actif dans le développement de cette psychose, comme il l’est de façon constante dans tous les emballements médiatiques dont il est parfois l’initiateur, telle l’affaire de Toulouse) ;
- 1 pleine page pour montrer un escroc russe ex-milliardaire en prison.
Si l’on compte la publicité, 17 pages sur 32 du Monde sont sans intérêt.
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Monsieur Fontaine m’a répondu avec élégance mais en témoignant d’une totale solidarité avec la ligne éditoriale actuelle. Le divorce était consommé.
J’espère que ce journal redeviendra celui que je lisais avec plaisir et profit. Qu’en pensez-vous?
28 avril 2007