25.02.2008

LETTRE À UNE AMIE

Vous aviez raison ! L’activiste se transforme en agitateur, le réformateur ne réforme pas, il se déforme. Bavard frénétique il va rendre nostalgique du Grand Muet Immobile.

Son erreur est celle de ceux qui, comme moi, ont cru que la France était un dériveur léger qui virait de bord d’un petit coup de barre, sans effort, sans remous. Nous avions oublié que la France est un super-super-super paquebot de plus de 60 millions de passagers et lourd de milliards de tonnes. Son inertie est énorme. Avant qu’il puisse changer de cap de quelques degrés, il va sur son erre pendant des milliers de miles. Comme n’importe quel capitaine d’un supertanker il devrait s’entourer de pilotes, étudier les cartes, les courants, connaître les épaves, les écueils, les bas fonds, les hauts-fonds, la météo. Sinon il court le risque de s’échouer au mieux, de faire naufrage au pire.

Puisqu’il ne sait pas ce que l’on apprend en classe préparatoire à Navale, je crains qu’il ne soit qu’un capitaine de fortune et qu’il ne sache pas redresser la barre.

23.04.2007

Réformer les réformateurs

Il y a plus de 20 ans j’avais écrit un petit billet « Réformer les réformateurs ». Aujourd’hui il me paraît toujours pertinent tant au fil des décennies nous avons vu des soi-disant réformes préparées dans la précipitation avortées avant même d’être nées. Ces échecs successifs - enseignement, sécurité sociale, emploi, etc. - ont établi ce qui passe pour une vérité : en France les réformes seraient impossibles. Et si le problème venait de ceux qui proposent des réformes plutôt que des français ?

Réforme, contre-réforme, ont façonné notre histoire. La révolution de 1789 a été une apothéose. Ces réformateurs ne travaillaient pas dans le mesquin. Leurs discours parlaient du ciel et de l’enfer, de la grâce, de la justice, de la liberté, de l’égalité, de l’enseignement et de la sécurité pour tous, de l’indépendance. Ils créaient des ordres nouveaux. Leurs voix résonnent encore.
Héritiers futiles, les doctrinaires d’aujourd’hui plagient un vocabulaire. Le temps d’un pouvoir ils essaient de se hisser aux côtés des Calvin, Robespierre, Ferry, De Gaulle. Mais la comparaison leur sied mal. La différence tient peut-être à leur origine. Hier, ils avaient une foi, parfois laïque. Ils se donnaient une mission, parfois guerrière. Aujourd’hui ils sortent de l’ENA. Ils ont une politique, de droite ou de gauche, selon la circonstance. Le besoin de réformes existe pourtant.
Il a été créé par les conditions que les anciennes ont promues et qui ont permis le progrès et l’évolution que la société a connus. La plus urgente devrait s’attacher à changer les rapports de l’homme avec la nature puisqu’il y va de la survie du monde.
Cette tâche immense n’est pourtant pas leur cible. Il est plus facile de s’attaquer à la forme qu’au fond, à l’accessoire qu’au nécessaire.
Réformateurs de circonstance, pressés par les échéances, leur projet n’est plus qu’un leurre et suscite ennui et mépris. Si la contrainte est un peu forte, la classe touchée pas assez faible, le grand homme se réforme lui-même très vite et sombre dans le grotesque.