25.02.2008
LETTRE À UNE AMIE
Vous aviez raison ! L’activiste se transforme en agitateur, le réformateur ne réforme pas, il se déforme. Bavard frénétique il va rendre nostalgique du Grand Muet Immobile.
Son erreur est celle de ceux qui, comme moi, ont cru que la France était un dériveur léger qui virait de bord d’un petit coup de barre, sans effort, sans remous. Nous avions oublié que la France est un super-super-super paquebot de plus de 60 millions de passagers et lourd de milliards de tonnes. Son inertie est énorme. Avant qu’il puisse changer de cap de quelques degrés, il va sur son erre pendant des milliers de miles. Comme n’importe quel capitaine d’un supertanker il devrait s’entourer de pilotes, étudier les cartes, les courants, connaître les épaves, les écueils, les bas fonds, les hauts-fonds, la météo. Sinon il court le risque de s’échouer au mieux, de faire naufrage au pire.
Puisqu’il ne sait pas ce que l’on apprend en classe préparatoire à Navale, je crains qu’il ne soit qu’un capitaine de fortune et qu’il ne sache pas redresser la barre.
14:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bavard, muet, réforme, erreur, dériveur, paquebot, échouage
24.02.2008
PAS DE CLERC
Les journalistes informent par définition mais sont aussi de grands donneurs de leçons. Ils dénoncent, fustigent et accusent à l’occasion avec l’ardeur de procureurs sans peur ni reproches.
On en voit un à l’œuvre dans le numéro du 31 janvier 2008 du Nouvel Observateur. 4 pleines pages sont consacrées au scandale de la Société Générale et Airy Routier décrit par le détail le scénario de la catastrophe. On y apprend comment le trader a échappé à tous les contrôles et a joué à la hausse dans un marché en baisse. Il termine gravement en soulignant le discrédit qui entache la réputation de la Banque et pronostique l’obligatoire démission du président, responsable suprême des défaillances en série du système de contrôle. Une autre pleine page est consacrée à décrire la chute du symbole qu’aurait été le brillant, brutal, habile et arrogant Daniel Bouton.
Très bien, bravo, quel talent !
Las! Le Nouvel Obs. publie sur son site Internet, le 6 février 2008 un SMS relevant de la vie privée du président de la République qui a déposé une plainte à l’encontre du journal pour faux, usage de faux et recel.
Le journal, dans son numéro du 21 février, fait amende honorable : « Nous aurions dû retirer ce SMS du site ». Il donne la parole à des lecteurs qui expriment vertement leur colère : « journal de merde, journalistes de merde ».
Jean Daniel, la grande âme directrice du journal se désolidarise du journaliste en disant : « si j’avais eu l’information dont Airy Routier (le même que celui qui a fait l’article sur la Société Générale) a disposé, je me serais empressé de m’en détourner ».
On constate donc que cet hebdomadaire laisse passer une information alors même que sa réglementation l’interdisait : « notre charte interne stipule que nous sommes tenus : au respect de la dignité des acteurs de la vie publique ».
Mais il s’en excuse en ajoutant que, sur le site Internet du Nouvel Obs., les instances d’arbitrage et de filtres sont moins nombreux que pour la fabrication du magazine papier.
Le Nouvel Observateur, par manque de contrôle interne laisse commettre à l’un de se principaux journalistes, le rédacteur en chef du service «Enquêtes» une erreur. Il s’en excuse, promet que cela ne se reproduira pas.
On remarquera que :
1/ Le Nouvel Obs. a une surveillance interne non fiable, qui permet à chacun de faire ce qui lui plaît ; sa qualité est identique à celle de la Société Générale dont il se gaussait quelques jours plut tôt sur 4 pages ;
2/ Le directeur, responsable du magazine, n’a pas présenté, lui, sa démission ;
3/ Le Nouvel Obs. s’exonère du discrédit en rejetant la responsabilité sur l’autre, la victime, par la voix de Jean Daniel qui dit dans un éditorial : « C’est précisément parce qu’il [Sarkozy] faisait tout pour nous entraîner dans son univers qu’il ne fallait pas s’y laisser conduire ».
Gérer une banque, un journal, une église, un hôpital, un état n’est jamais facile. La défaillance prend d’autant plus de relief, d’éclat que le coupable est censé être comptable de notre argent, de la vérité, de notre conscience, de notre santé, de notre vie.
La faute devient insupportable, intolérable car elle ébranle le fondement de ces grandes institutions : la confiance.
Le journaliste occupe une place privilégiée - à côté du banquier, du prêtre, du médecin, du ministre - et qui fait la grandeur du métier. Il est celui qui rend compte, qui fait connaître ce qui se passe d’important, de vital pour que le corps social soit conscient des courants, des évènements qui l’agitent. On réclame donc de lui des qualités exceptionnelles : humanité, perspicacité, moralité, objectivité, courage, intégrité, humilité. Chacune de ces exigences est, je l’espère, détaillée dans les écoles de journalisme comme elles devraient l’être dans toutes celles où l’on apprend à éduquer, à soigner, à gouverner, à juger, à prêcher.
Comment s’étonner que là comme ici la réalité soit loin du rêve et que la paix soit armée et la guerre larvée partout, toujours ?
21:15 Publié dans Presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Journaliste, magazine, SMS, président, contrôle, erreur








